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September 2004 - Messages
30 septembre 2004, 12:00
Des sandales acu-massage pour la conscience
Pour certains, j'aurais perdu le "sens de l'émerveillement". Pour d'autres, c'est mon cœur d'enfant qui ferait défaut.

Une poignée de mots désobligeants, à peine quelques centaines, à propos de tous les zozos qui se font triturer le cerveau par les faiseurs de nouvelles et se découvrent ainsi une passion tardive pour l'architecture navale, et hop, je suis un cynique. Un blasé. La vie ne doit pas être drôle tous les jours en votre compagnie, m'a même écrit l'une d'entre vous.

Bon, c'est vrai. Pas tous les jours. Le lundi et le mardi, je ne suis pas vivable. Je grogne, je peste, je tourne en rond, je fais de l'insomnie et puis je ronfle plus fort qu'à l'habitude. Mais vous, vous êtes quoi? Des Pico le clown? Des Mary Poppins?

Ça tombe mal, j'hayiis supercalifragilistiquement les clowns.

Et puisque vous n'avez pas bien compris, ce n'est pas le bateau qui m'emmerde dans cette histoire, ni que ça vous intéresse et moi pas. Ce qui me fait grincer des dents, c'est l'attention démesurée qu'on porte à toutes les bebelles du même ordre. Mais surtout, notre propension collective à prendre le vent dans nos voiles, peu importe d'où il souffle, du moment qu'on nous affirme dans les journaux, à la télé et à la radio que la direction est bonne.

Comme pour Haïti, tiens.

Je n'irai certainement pas vous dire que vous avez tort d'offrir vêtements, denrées et fric pour les sinistrés des Gonaïves. Encore moins qu'on a tort d'en parler. Bien au contraire.

Ce qui m'ennuie, c'est la ponctualité de cette générosité.

"De grâce, ne focalisons pas uniquement sur les Gonaïves. Haïti est devenu lui-même une catastrophe naturelle", écrivait Dany Laferrière samedi dernier, exposant qu'il aura fallu le spectacle de cette catastrophe monstre pour que nous nous préoccupions sérieusement d'une situation désastreuse qui s'étend par ailleurs bien au-delà des limites de la zone sinistrée par l'ouragan. À longueur d'année, depuis trop longtemps.

Encore une fois, il aura fallu un gros show médiatique pour éveiller les consciences.

Images passées en boucle du scénario catastrophe: cadavres humains et animaux gonflés, flottant sur une eau boueuse, survivants affamés, assoiffés, privés de toutes ressources, réduits au pillage des convois humanitaires, mères éplorées, orphelins larmoyants...

Comme lors du chaos entourant la fin du "règne" d'Aristide, on dépêche journalistes et chroniqueurs sur place - les mêmes! - à la recherche d'une échauffourée dans une file d'attente, interviewant ceux qui ont perdu le plus de membres de leur famille, ceux qui sont au plus bas et qui donnent le meilleur spectacle de human interest.

C'est comme ça: quand les pays meurent tranquillement, dans le silence des sécheresses et des démocraties qui tardent à naître ou clamsent à petit feu, on leur préfère de loin les gros bateaux de passage et leur luxe ostentatoire. Quand ils explosent, crèvent de faim à s'en montrer les côtes ou s'entretuent, on accourt en sauveurs de l'humanité.

Alors, je souligne, histoire que toutes les Mary Poppins ne me reviennent pas avec un insupportable chapelet de courriels bien-pensants: il est impératif de venir en aide à ce pays tristement magané par le destin, et ce, par tous les moyens possibles.

Mais cette espèce d'opportunisme de bon aloi ne m'émeut pas outre mesure. Et s'il ne me fait pas rire ni pleurer, il me rappelle plutôt l'absurde des publicités des sandales acu-massage.

Peut-être vous souvenez-vous de ces sandales de caoutchouc, objet d'une vaste campagne de pub il y a une quinzaine d'années. Des gougounes qui devaient masser les pieds avec leurs tentacules et, à l'aide d'aimants, rééquilibrer les "énergies" de notre organisme.

Eh bien, l'aide qu'on offre à Haïti ces jours-ci est exactement comme ces sandales.

Le rapport? C'est que dans un cas comme dans l'autre, le peu d'argent ou d'intérêt qu'on y "investit" a l'effet d'un placebo.

Le premier sur nos rhumatismes. Le second sur nos consciences.

Et peu importe les effets réels, le long terme, ce qui compte, c'est de se sentir soulagé, non?

23 septembre 2004, 12:00
Maman, les p'*** bateaux...
De toutes les relations d'une extrême ambiguïté que j'entretiens, celle que j'ai avec ma ville et ses habitants est sans doute la plus étrange.

Et ce n'est pas peu dire. Dans le joyeux monde du journalisme où mes confrères, consœurs et moi évoluons, on a trop souvent l'impression de serrer la main du diable, ou de sourire à son bourreau en trinquant avec deux onces de rouge dans un verre sur pied en plastoc.

Alors les rapports équivoques, je connais.

Mais comme j'aime mon métier, j'aime Québec malgré tous ses défauts. Je l'aime comme on aime une vieille maîtresse: dans les habitudes et les certitudes qui la rendent rassurante, confortable, mais aussi, parfois, tristement prévisible.

Comme lorsque le gros bateau se profile au sud de l'île d'Orléans et que la population, encouragée par des médias désœuvrés, s'excite comme des hordes de fillettes à un concert de Corneille.

Sans surprise, les trois bulletins de nouvelles s'ouvrent sur l'événement, la communauté médiatique de toute la ville se retourne sur un dix cennes pour s'ajuster au changement d'horaire de la monstrueuse bête qui craint la queue des ouragans. Les journaux et les bulletins de télé envoient leurs chroniqueurs faire le tour de l'endroit, les émissions de radio courent littéralement après des couples vivant ici qui auraient voyagé à bord de l'engin pour nous en parler, tandis que le Vieux-Port s'engorge de centaines d'automobilistes, tous prêts à se faire chier des heures durant dans un trafic impossible afin d'apercevoir l'immensité de l'hôtel flottant dont les cheminées paraissent menacer la haute-ville.

Ayant éteint la télé, la radio, vivant à quelques kilomètres de là, j'étais presque parvenu à l'oublier, ce putain de bateau, quand je me suis pointé dans le Vieux-Québec, au volant de mon vélo. C'est l'embouteillage de la côte Lamontagne refoulant jusqu'à la rue D'Auteuil, sur Saint-Louis, qui l'a rappelé à ma mémoire. Je découvrais quelques minutes plus tard les terrasses de la rue Saint-Paul encore bondées à 22 h, ce premier mardi soir d'automne, tandis que le quai avoisinant le débarcadère bourdonnait comme une ruche tellement la foule y était dense.

Au risque de vous choquer, surtout si vous y êtes allés, cette foule est pour moi le symbole de notre désespoir. Quand on pense que le mardi, personne ne met le nez dehors habituellement, qu'il faut un miracle, même en plein été, pour attirer autant de monde au même endroit, de voir tant de gens prêts à tout cela pour se coller à un mur d'acier peint en noir qui se perd dans le ciel, ça dépasse l'entendement.

Parce que bon, c'est quand même juste un bateau, non? Le plus gros des navires de croisière, vous dites? So what? Allez-vous monter à bord? Aimez-vous seulement les croisières? Et si je vous amenais le plus gros des plus immenses beignes à l'érable du monde, conçu avec toutes les réserves de farine de chez Robin Hood et tous les surplus de sirop d'érable du Québec, du Vermont et du Maine réunis, vous viendriez aussi nombreux?

Je crains bien que si... Vous feriez sans doute comme la madame qui hurlait devant la coque de l'immense coquille de noix lorsque j'y suis passé: "Oh mon Dieu! C'est pas possible, c'est le plus gros beigne du monde! Vous imaginez tout le sucre qu'il y a là-dedans? Paraît que ça pourrait sauver le Darfour de la famine..."

On dit que les hommes font la guerre par ennui, mais on parle trop peu de ce que les humains sont prêts à faire pour mener la guerre à l'ennui.

Car de voir tout ce beau monde converger vers les quais vous donne non seulement une idée du niveau de préoccupations des gens de notre ville, mais il est aussi le baromètre de notre lassitude devant le quotidien.

Comme je vous le disais, j'aime ma ville, même si elle s'excite un peu trop pour un bateau, un escalier, une station de radio ou le prolongement d'une autoroute.

C'est seulement que son confort est traître. Il nous fait baisser notre garde, et puis du coup, on ne voit pas le spleen s'installer insidieusement jusqu'au plus profond, la connerie prendre la place de l'essentiel, le futile prendre le pas sur le vital. Et du jour au lendemain, on s'extasie pour des bêtises ou on descend dans la rue pour porter aux nues des morons glorifiés.

Au cœur de ces temps modernes, dans la plus tranquille des villes moyennes du monde, l'humain n'a plus à se battre pour sa survie physique.

Il se bat désormais pour garder toute sa tête.

Mais il semble que le combat soit perdu d'avance.

Allez, tout le monde ensemble: "Maman, les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes? Mais oui mon gros bêta..."


16 septembre 2004, 12:00
Fillion strikes again!
Ah et puis merde!Ça fait trois jours que j'essaie de trouver un autre sujet. De tout faire pour éviter d'en parler.

J'ai même pensé aborder les inquiétantes dérives de certains nationalistes qui souhaiteraient qu'on ne désigne plus les athlètes olympiques québécois comme étant canadiens, ou pire, vous endormir lentement mais sûrement en vous baratinant sur le financement du système de santé.

Rien n'y fait, je suis obsédé par une chose: les damnés X.

C'est qu'il paraît qu'il y en a des vrais et des faux.

Vous ne savez pas de quoi je parle? Je n'en suis pas trop sûr moi-même puisque j'écoute CHOI comme j'écoute les autres stations: je loge à leur fréquence jusqu'à ce qu'elles m'ennuient, me tombent sur le casque ou dépassent mon seuil de tolérance en dilatant indûment le log publicitaire.

Mais chaque fois que j'y atterris, j'entends parler des X.

Si j'ai bien saisi, il s'agirait d'auditeurs de CHOI, de gens qui partagent les idéaux libertariens de Fillion, d'amateurs de sports professionnels, de détenteurs du sacro-saint sticker, ou mieux, du t-shirt, et de gens qui n'ont que faire de la secte rivale: celle de la gang de chums de l'ADISQ, de Radio-Canne, du Journal de Mourial et de tout Quebecor, de Radio-Énergie, de Cogeco, du Devoir, de la grosse Presse et du Soleil, du Voir, bref, de tout ce qui reste ou presque en termes de médias.

Jusque-là, pas de problème. On peut bien adhérer à une ligne de pensée ou à une autre, on peut bien trouver qu'il existe une sorte de pensée unique au Québec et en dénoncer les inepties, je n'en ai rien à battre.

Là où ça se gâte, c'est quand on commence à départir les vrais des faux dévots, comme lundi matin, alors que Fillion jugeait que n'étaient pas de vrais X ceux qui avaient écouté Tout le monde en parle plutôt que de se taper la game de football. Z'y pensez pas, écouter la station d'État, la gang de Montréal qui vomit sur Québec et sa radio numéro uno!

Remarquez, dans un sens, il avait bien raison de faire cette sortie, puisque je peux vous nommer quelques inconditionnels de la liberté d'expression à tout prix qui ont fléchi les genoux en entendant les extraits diffusés à l'émission de Guy A. Lepage. Pas qu'ils aient choisi de renier leurs principes, mais ils ont constaté, comme le dit mon ami Fred, qu'"il faut savoir jusqu'où aller trop loin".

Mais attendez, ce n'est pas à ça que je souhaite en venir.

En fait, ce qui me révolte dans cette histoire de clans, c'est de voir quelqu'un renier ses propres principes pour sauver sa peau. Au diable, la liberté d'écouter ce que vous voulez, si vous ne faites pas ce que je dis, vous n'êtes plus dans la gang, dit-il?

Je sais pas pour vous, mais moi, je trouve que la liberté des X commence à sérieusement s'étioler, et que cette fois, ça n'a rien à voir avec le CRTC.

Quand on oppose à la pensée unique une autre pensée cloisonnée, on se retrouve devant un gouffre. Un fossé idéologique où il n'y a plus de débat ni de solution envisageable, mais un inévitable conflit. Une guerre.

Et comme chaque guerre s'accompagne de son lot de propagande, Fillion remonte tranquillement ses troupes, allant désormais jusqu'à leur refuser le droit de faire partie de ses supporters et d'aller voir chez le voisin si le gazon est plus vert, ou même d'aller constater si l'information qu'on y diffuse en vaut la peine.

En voulant défendre sa cause, il aura finalement cédé à l'envie d'être le gourou qu'il se refusait pourtant de devenir, formant une véritable secte de yes men qui recrachent toutes ses assertions, formant non pas des libres penseurs, mais des perroquets auxquels il interdit désormais toute volonté contradictoire à ses desseins.

Faudrait savoir ce qu'il veut: des gens libres et allumés qui réfléchissent, qui ne prennent pas pour du cash les dogmes syndicaux-nationalistes de la société québécoise, ou une autre gang de suiveux qui, sans suggérer de solution, ne ferait que s'inscrire en faux devant toute proposition venant des démoniaques institutions en place?

Tout le monde peut changer d'avis, c'est même plutôt sain, mais on ne peut pas entretenir deux idées contradictoires à ce point-là en même temps.

Ça, ce n'est pas une question de liberté, c'est de la schizophrénie.


9 septembre 2004, 12:00
Conte de la folie extraordinaire
Je viens tout juste de terminer le nouveau roman de Nelly Arcan: Folle.

Et vous savez quoi? J'ai honte.

Honte, en tant que journaliste, du traitement médiatique pauvrissime réservé à ce livre et son auteure qui méritent pourtant beaucoup mieux.

On a parlé avec une telle abondance de la vie de Nelly Arcan, des rapports entretenus entre le réel et la fiction ainsi que du contenu supposément scabreux de ce second roman, qu'au final, on a presque complètement évacué l'essentiel.

Impudique aveu de vulnérabilité, déversement d'une âme qui se répand à travers une fissure du cœur s'étalant sur plus de 200 pages, Folle est aussi un constat sociologique d'une terrifiante justesse sur l'état du couple, sur nos rapports à la famille, au divin, à la littérature, au néant de notre avenir qu'on ne peut envisager sans trembler. Et aussi, ça vous le savez sans l'avoir lu, à la pornographie.

En n'égratignant que la surface, en donnant plus de poids au contenant qu'au contenu, en traitant du sexe dans cette œuvre comme d'un élément de marketing, non seulement nous ne rendons pas justice à ce récit d'écorchée vive, mais nous ratons un important rendez-vous avec nous-mêmes.

Ne serait-ce que pour discuter de la place de la pornographie, du narcissisme qu'engendre sa consommation à outrance ou de l'importance de certains tabous comme régulateurs de l'humanité.

Ne serait-ce que pour parler de toutes ces jeunes femmes qui souhaitent et se paient une paire de zeppelins pour ressembler aux pornstars que fréquentent virtuellement leurs amoureux lorsqu'elles dorment.

Comme ces filles que j'ai connues: déjà magnifiques, mais qui veulent quand même atteindre l'inatteignable, comme dans la fable de La Fontaine. Des jeunes femmes qui tendent vers une beauté fardée, retouchée par Photoshop, une armure cosmétique qu'elles peuvent désormais obtenir en quelques coups de bistouri. Ce qu'elles font, sans se douter du désastre naturel qu'elles provoquent.

Aussi, on aurait encore pu profiter de ce prétexte littéraire pour faire notre examen de conscience devant les dérives du sexe jusqu'à plus soif, devant les fillettes qui apprennent à faire des pipes dans les cours d'école et auxquelles on a dérobé leur enfance, et surtout devant l'impossibilité de vraiment aimer sans prêter le flanc, ou devant ce qui apparaît parfois comme le déclin d'une civilisation.

Pourtant, saluant poliment la qualité du texte, on s'est plutôt tournés vers le spectacle, s'acharnant dans un étrange paradoxe à capitaliser sur l'apparence et le passé de l'auteure tout en dénonçant plus ou moins subtilement son exhibitionnisme.

Comme c'était le cas pour son premier roman, au sujet duquel Arcan écrit aussi brillamment: "Souvent je te disais que le problème avec ce premier livre, était que tout le monde l'avait aimé mais que personne ne l'avait lu jusqu'au bout et que la démission de mes lecteurs devant Putain m'empêcherait peut-être de terminer le second; disons qu'entre mes lecteurs et moi, il y avait une grande complicité, je leur ai appris que vomir pouvait être une façon d'écrire et ils m'ont fait comprendre que le talent pouvait écœurer."

Mais peut-être qu'il est là, le nerf de la guerre? Peut-être que cette obsession pour le contenant vient de l'insoutenable qualité de son contenu?

Car ce roman de Nelly Arcan n'est pas, comme on le prétend, un travail de marketing réfléchi, conçu pour vendre. En réalité, il est l'expression, voire le miroir, d'une culture, la nôtre, où le sexe, la drogue et la séduction instantanée font partie du quotidien. Où l'amour ressemble plus à une impossibilité ou à une statistique accablante qu'à un rêve vers lequel il faudrait tendre.

Ne pas l'aborder tiendrait donc plus de l'imposture que de la retenue.

Et refuser de le voir, c'est non seulement refuser notre époque, c'est refuser jusqu'à son existence.

***

Un p'tit truc en terminant. Que faisiez-vous mardi matin à 7 h? Ne mentez pas, vous y étiez aussi, à écouter l'acte de contrition de Robert.

Ne vous en faites pas, vous n'êtes pas seuls. Le voyeurisme n'est pas une tare individuelle, c'est un phénomène de société.

Remarquez, des fois, ça a du bon puisque c'est aussi ce qui permet à Nelly Arcan de trôner en deuxième place du palmarès des ventes de livres cette semaine.

Notre monde est vraiment tordu, vous trouvez pas?


2 septembre 2004, 12:00
Le meilleur ennemi
Le monde des médias est peut-être sans pitié. Il est aussi parfaitement amoral.

À titre d'exemple, prenez l'ahurissante rentrée radio de cet automne à Québec.

Avec l'hécatombe annoncée par le renvoi d'à peu près tout ce qui ronchonnait sur les ondes de CJMF, les performances pour le moins ordinaires de Mario Grenier à CHIK, l'échec de Josey Arsenault à CHRC et le retrait de CHOI - qui ne se fera vraisemblablement pas avant un bon moment, s'il survient jamais -, la plupart des suppositions et prédictions paraissaient bonnes.

On les a d'ailleurs toutes entendues depuis les coulisses, tout au long de l'été: Arthur serait de retour au 93, Parent retournerait à CHIK, Gillet irait à CFOM, etc.

Au diable les querelles, les renvois, les procès médiatisés et les poursuites. Depuis des semaines, le milieu de la radio grouille de suppositions, toutes plus farfelues les unes que les autres, mais qui semblent presque toutes plausibles malgré leur apparente improbabilité.

La dernière en lice, depuis qu'on sait finalement que CHOI profitera d'un sursis: Robert Gillet reprendrait la barre de son émission matinale à la station qui a coulé avec lui, le FM 93. Une rumeur tellement forte dans ce cas-ci qu'on la jouait même en page frontispice du Journal de Québec, mardi dernier.

Si la nouvelle n'était pas encore confirmée au moment d'écrire ces lignes - nous avons contacté Steve Hayes, directeur de la programmation, qui a refusé de commenter ce qu'il qualifie de rumeur -, et bien qu'on puisse douter de la crédibilité de son auteur, qui a la fâcheuse tendance de ressusciter les morts, l'article a généré de vives réactions.

"Je ne peux pas croire, comment peuvent-ils l'engager s'il a été trouvé coupable?" se sont demandé certains en apprenant la "nouvelle". "Et qui va vouloir acheter de la pub?" ont-ils ajouté du même souffle.

En réponse à la première question: Ils n'ont plus rien à perdre.

À la seconde: Tout le monde.

Et à cela, j'ajouterais: bande de naïfs, va!

Car si la radio est amorale, imaginez le milieu de la publicité.

Les commanditaires se contrefichent de ce qui se dit, ou de qui le dit en ondes, du moment qu'il y a un auditoire à la clé.

Donnez-leur de la cote d'écoute et ils vous donneront leur fric. Point à la ligne. Et de la cote d'écoute, Gillet risque d'en avoir s'il revient, que ce soit au FM 93 ou ailleurs. Car le public est au moins aussi voyeur que la radio privée et la publicité sont dépourvues de valeurs autres que le fric.

D'ailleurs, imaginez, s'il revient, le nombre de personnes qui syntoniseront la station pour son premier matin en ondes. Ne serait-ce que pour entendre la première phrase, pour partager le malaise, pour se dire: "Crisse, il a du front", sans même faire de joke plate.

Ce qui m'amène tout de même à me demander dans quelle sorte de climat Gillet reviendrait. Car rien ne serait plus comme avant. Finies les jokes de cul qui étaient légion dans son ancien show. Finis les appels pris en ondes, de peur que quelqu'un en profite pour le traiter de salaud. Finies les pubs live pour annoncer des voyages en Thaïlande et à Prague.

Et surtout, finie l'extraordinaire assurance dont disposait Gillet et qui faisait de son show, nonobstant tout ce qu'on peut penser de ses actes, une émission de radio informative et divertissante au possible.

Aussi, il faudrait peut-être penser à renommer l'émission qu'il animerait: la précédente portait le nom de La Bande à Gillet...

Mais malgré toutes nos réticences, et que cette rumeur de retour en grâce soit fondée ou non, il appert, selon le courrier d'un célèbre lecteur d'un quotidien de Québec, qu'il faille donner sa chance au coureur. En effet, "je répète depuis des mois que son talent force son retour et qu'il faut laisser les auditeurs décider de sa place à l'antenne", affirme son auteur.

Et de qui s'agit-il?

De nul autre que son meilleur ennemi: André Arthur.


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