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Les carnets de Daniel Bélanger
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Richmond, 26 avril, solo
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Manquer d'essence... Parti avec tout juste un quart/réservoir ( à l'exemple de Madame Distasio qui dit "un quart/tasse") de Montréal, me disant que je ferais le plein plus tard, j'allais, innocent, bon temps bon chemin, vers cette belle destination: Richmond. Prenant la 20 E et puis la 55 à Drummondville ( je sais, il y a chemin plus court) je commence à connaître des sueurs froides à L'Avenir où je m'arrête in-extremis pour faire le plein... la station ferme à midi, il est 16h45... Pour m'informer, j'arrête une charmante jeune femme qui m'indique que la prochaine station la plus proche est effectivement à Richmond, à 19 km... elle me souhaite bonne chance et je me dirige scrupuleusement vers Richmond qui, dès lors, me semble être à l'autre bout du monde. Commence une lutte infernale contre la combustion de combustible. J'ai cette intuition qu'il ne me reste plus qu'un dé à coudre de sans-plomb et de ce fait, je roule à roue de souris. Je suis parfois chanceux et ferme le moteur du haut d'une côte longue de deux ou trois km, me laissant aller au neutre accompagné du chant des oiseaux, du meuh d'une vache, mon cou baigné d'une brise nauséabonde des terres engraissées avoisinantes. Quel spectacle! J'ai cette impression de vol plané où le silence vous fait roi du monde. L'angoisse revient aussitôt avec cette route qui remonte et sur combien de mètres remonte-t-elle et y aura-t-il enfin apparence de Richmond et tatati et tatata... non, encore un kilomètre en descente et je referme encore mon moteur affamé... au compteur, je ne vois que trois ou quatre kilomètres parcourus... évidemment : pas de moteur en marche, pas de compteur en marche... je suis con, je ne suis pas con, je n'ai aucun réflexe sur la mécanique, je n'y connais rien... Arrive enfin au loin, ce vieux couvent où je joue, majestueux sur la rivière St-François et je cri victoire! victoire! victoire! J'ai l'air d'un vrai fou.
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Waterloo, 25 avril, SOLO
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Vroum vroum vroum jusqu'à Waterloo, petite ambiance de la Nouvelle-Angleterre, on sent que c'est très vieux comme village. La salle se trouve encore dans une ancienne église. J'y étais il y a dix ans en solo et on me dit que tout y a été rénové: scène plus grande, débarquadaire amélioré enfin bref, remise à jour pour les besoins du jour. Personnel sympathique. Je n'ai pas d'éclairagiste dans cette tournée puisque dans chaque salle se trouve quelqu'un habilité à le faire. Mathieu doit donc donner mes directives à chacun de ceux-ci: pas trop de fumée, les spots à au moins 12 centimètres de ma tête (!) et pas plus chaud qu'à "broil"... Se trouvent partout des éclairagistes plus que bien, d'autres moins, d'autres encore indifférents et encore encore d'autres têtus. Mathieu négocie sans le faire et de façon délicate: soyez attentifs à ces directives sans quoi Daniel risque une sévère hospitalisation. Délicat je vous dit. Une belle soirée à Waterloo.
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Ste-Geneviève, 18 avril, Ouest de Montréal, solo no 2
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Quand on fait deux spectacles de suite au même endroit, malgré l'expérience, on entame toujours le deuxième soir avec le souvenir de celui de la veille. Or si la veille s'est terminée tout le monde tout nu, on recommence le lendemain en pensant que tout le monde va être tout nu dès le début. Ai-je besoin de dire que c'est une erreur?!? On oublie qu'il faut recommencer à neuf avec des gens neufs. C'est idiot non? En première partie donc, après le choc de devoir recommencer à zéro, je me suis placé. En deuxième partie, j'étais fluide. On me demande parfois pourquoi faire un entracte, c'est simple: les salles peuvent ainsi vendre de la bière et arrondir leur fin de mois. Je préfère de loin faire mon spectacle d'une seule pièce. Bon j'ai une semaine de libre jusqu'à mon prochain spectacle... composer de nouvelles chansons peut-être? Pas facile au printemps, plein soleil sur terrasse... pendant que j'y pense, avez-vous des questions?!?
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Ste-Geneviève, 17 avril, Ouest de Montréal, solo
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La salle Pauline-Julien est jolie, sur le bord de la rivière des Prairies. C'est tellement bucolique.
C'est mon ancien patelin en fait. Le CEGEP GÉRALD-GODIN était auparavant un centre de désintoxication si je ne m'abuse. Le temps a passé là comme ailleurs mais c'est joliment moderne et vieux à la fois. Il y avait trois semaines que je n'avais donné de spectacle en solo. Je suis toujours un peu rouillé dans ces conditions. Mais tout a baigné. Mes parents étaient dans la salle, de retour d'une Floride hivernale. Ça fait étrange ça aussi. Alors les anecdotes que je raconte, les souvenirs évoqués du West-Island de mon passé prennent une saveur différente puisque tout le monde sait d'emblée de quoi il est question. C'est presque une fête de famille! Je blague beaucoup entre les chansons sauf pour la présentation de DIT TOUT SANS RIEN DIRE où je me fais plus sérieux. Hier, une fille semblait ne pas faire la différence et rigolait à tout ce que je disais au sujet de la maladie mentale. Pourtant, je démarquais bien l'humour du sérieux mais elle me trouvait très drôle... C'était bizarre, ça faisait comme si on était elle et moi à rigoler sur le sujet et que personne ne trouvait ça drôle! Aïe! Les shows prennent parfois de ces twists... et puis les abonnés, les plus septiques toujours et encore dans les premières rangées...un petit garçon trouvait ça long hier,10 ans pas plus et semblait vraiment avoir hâte de quitter, c'était attendrissant. À la fin de Spoutnik, je lui ai offert mon pick de guitare pour lui donner un peu de courage, cela a fonctionné: il est resté enjoué jusqu'à la fin du spectacle. C'était une belle soirée, un public alerte et très très présent. Merci Ste-Geneviève, ce soir on remet ça encore une fois.
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LONGUEUIL, 12 AVRIL, BAND
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Étrange... belle foule... tout allait bien mais quelque chose me turlupinait... et puis j'ai vu: une Mamie qui se plaint à papi que la musique est forte en se bouchant les oreilles. Ils sont en face de moi, première rangée, droit dans ma face. Sans doute des abonnés... ils m'essaient pour voir s'ils ne m'aimeraient pas! ils détestent de toute évidence: ils ne rient pas, n'applaudissent pas, ne me regardent pas... "If looks could kill, they probably will..." Papi fait à mamie un gros zéro avec ses doigts et ce n'est pas le zéro des boites à pizza... dans ma face, dans la première rangée. J'essaie de rester concentré. Pas facile parce que j'ai un fou-rire presque incontrôlable. Je regarde mes potes musiciens, ils voient aussi! Ça nous fait rigoler. " On a payé, on reste!" se disent sans doute mamie et papi. Quelle tristesse. Je ne les ai pas revu en deuxième partie. Je ne suis pas sûr qu'ils aiment quoi que ce soit en fait. Je les imagine aller manger chez le grec pour se consoler. Je les vois demander un doggy bag pour la toute petite pointe de pizza restante et pas à leur goût au fond de l'assiette... et je me vois, moi sur la boite à pizza, avec mon chapeau de chef, leur profilant à mon tour un joli zéro. Mais leurs places ne sont pas restées vides très longtemps: ironiquement un charmant couple du même âge s'y est installé, heureux et lumineux, tout mamie et tout papi.... Je savais bien que ce n'était pas une affaire d'âge...
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LONGUEUIL, 11 AVRIL, BAND
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Je suis de retour de Paris où j'y ai plongé trois jours. C'est court mais quand même bien. Le temps de ne rien faire lentement, tout doit l'être à cent à l'heure! Je logeais dans un hôtel charmant, façon Disney avec ses mansardes et sa vue sur les toits. Un peu de business mêlée à beaucoup de plaisir enfin bref, beau petit voyage. Je vous glisserai un mot de ce que j'y ai tramé si ça abouti un jour. Puis retour à Longueuil avec le band, avec ma première partie encore très longue... Beau public, pointu, affuté. Mon décalage horaire m'a donné cette nervosité de débutant, contraignant parfois ma mémoire à des soubresauts de deniers instants. Puis les forts applaudissements venaient me rassurer...ne croyez jamais vaine leur intensité! Ce soir encore à Longueuil, on remet ça.
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JUNOS, ALBUM FRANCOPHONE DE L'ANNÉE.
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Je me suis levé tard ce matin, un record en fait. En ouvrant mon ordi, je recevais les félicitations de quelques amis par courriel: " Bravo pour ton JUNO"... je n'arrivais pas à savoir de quel JUNO il s'agissait. En fouillant sur le net j'ai appris: album francophone de l'année. Cool! J'était en spectacle à St-Jérôme hier soir et d'annuler ce spectacle pour Calgary où avait lieu la remise des prix m'était impossible. Nous n'avons malencontreusement pas prévu ces nominations et donc Québec et St-Jérôme sont sur mon horaire de tournée depuis des lustres. Mon deuxième JUNO.
Chouette. Très chouette. Merci à tous.
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Le Grand Théâtre de Québec, 4 avril, band
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Le Grand Théâtre, quel plaisir. Le grand luxe en fait. Une espèce de giboulée lourde et désagréable est venue empoisonner mon trajet vers Québec. Un peu passé Drummondville, la chaussée était sèche, archie sèche. Beau spectacle, deuxième partie plus efficace, plus rapide.
J'aime. À la fin du spectacle la nouvelle est tombée: en face du Château Laurier où les musiciens logent le Manège Militaire est en feu!!! Ça sent la fumée dans tout l'hôtel, les clients sont amassés dans le lobby et regardent la catastrophe devant. Il fait un temps affreux, comme celui sous lequel j'ai quitté Montréal. Des flocons emplis d'eau mais qui ne semblent pas aider les pompiers pour autant. Pas de morts, pas de blessés...mais l'histoire partie en fumée.
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Baie-du-Febvre, 3 avril, Solo
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Trente-deux kilomètres à faire en sortant de la 20. On croit pas être si loin du fleuve quand on est eu peu dépassé Drummondville. Une longue route longiligne, sur un plat pays, des fermes, une autre ferme et puis pour faire changement encore une autre ferme. C'est joli. Tout au bout, le fleuve et Baie-du-Febvre. Paisible, tranquille. Le St-Laurent y semble à son aise. La baie gelée montre des signes d'activités printanières. La salle Belcourt est simple, adéquate. Les gens qui m'y accueillent sont chaleureux et "naturels" ,vous voyez ce que je veux dire? Ils me font aimer mon métier parce qu'ils semblent aimer le leur. Règne dans cette salle une douceur intelligente. Il y avait près de trois semaines que je n'avais chanté en solo. J'avais le trac. Le public n'a pas tardé à me rendre confortable. Et puis c'est parti, le temps d'un éclair et c'était terminé. J'ai pris ma veste, mon sac et j'ai serré la main de Mario, le remerciant de l'invitation, en lui souhaitant bonne chance pour la suite de sa programmation. Il m'a présenté ensuite à cette fille sans nom qui voulait me rencontrer: une jeune et belle grande femme venue me donner un peu de son temps désormais précieux, émue, souhaitant un peu partager cette lourde inquiétude que représente quatre mois à venir de chimiothérapie. Ce n'était pas lourd. Juste naturel. En quittant, de loin elle me dit: " Merci et je t'embrasse" comme si elle craignait la contamination, disparaissant derrière une porte. J'ai, roulant sur trente-deux kilomètres sans réverbères, sur un plat pays,bordé d'une neige blanche déclinante et sous un dôme parfaitement étoilé, pensé, pensé et repensé. Pas triste, pas joyeux. Naturel.
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29 novembre 2008, PDA
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Je chante à la salle Maisonneuve de la Place des Arts le 29 novembre prochain. Je sais plus si ce sera ma dernière fois en band à Montréal, je verrai. La dernière fois que j'y ai joué, c'était avec Marc Déry, Arianne Moffatt et Jean-François Lemieux. Quel plaisir j'avais eu! J'aime bien ces salles de concert et me les approprier me donne beaucoup de satisfaction. Le CNA d'Ottawa me fait le même effet. Le Grand Théâtre de Québec aussi ( j'y suis vendredi le 4 avril...). Je n'y suis pas intimidé. Le bout de la chose serait de présenter mon spectacle solo dans ces grandes salles... ça vous dirait vous? j'aimerais bien mais y'a rien de moins sûr en fait...faudrait que je fasse le prochain album non?
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