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Un disque incontournable
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Ce disque de Cream, c'est de la très grande cuvée, d'une classe indiscutablement à part. On ne saurait par ailleurs dire qu'il ait été en avance sur son temps car rien d'approchant n'a jamais suivi. Plutôt, il est d'un caractère intemporel, un heureux accident de parcours, un événement unique ne pouvant être subséquemment reproduit. C'était en 1967, "c'était l'année de l'Amour, c'était l'année de l'Expo" l'a plus tard rappelé Beau Dommage. Et aussi l'année de l'autre disque monumental de tous les temps, l'extraordinaire Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles.
Tout comme je me remémore où j'étais lorsqu'on tira sur le président Kennedy, ou quand j'ai appris l'horreur du 11 septembre 2001, je me revois encore en train d'acheter, dans un magasin où je n'avais encore jamais mis les pieds, ce 33 tours dont j'avais entendu des extraits m'ayant laissé pantois. J'ai aujourd'hui des centaines de disques mais Disraeli Gears demeure un de mes préférés.
Voici quelques minutes, j'ai été le chercher et sa pochette m'apparaît toujours aussi fascinante qu'il y a près de quarante ans. Et l'indication au verso "Stereo also playable mono" témoignant d'une autre époque, je pense que je ferais bien de me procurer la nouvelle réédition. Et vous aussi, d'ailleurs. Parce qu'il s'agit d'un disque incontournable.
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Madame est servie!
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Oui mais, servie ou pas, ce n'est pas une garantie que cela lui convienne... Évidemment, je me rends compte que je marche ici sur des oeufs, que je suis en terrain miné en m'aventurant avec de tels propos... Mais d'autres ont, bien avant moi, constaté le comportement souvent capricieux de Madame. Ainsi, l'écrivain français Georges Courteline déplorait dans "La Paix chez soi" (1893) que "La femme ne voit jamais ce qu'on fait pour elle, elle ne voit que ce qu'on ne fait pas". Voilà qui ne date pas d'hier, n'est-ce pas?
Et pourtant, il paraît que "Ce que femme veut, Dieu le veut". Heureusement, comme Il sait tout, Il arrive à s'y retrouver Lui. Il sait ce qu'elle veut, tandis que nous... Et puis, le sait-elle elle-même ce qu'elle veut? Parce que tout le cafouillis provient vraisemblablement de là. Comme la principale intéressée dérive continuellement d'un côté à l'autre, jamais prévisible sauf dans son imprévisibilité, allez donc savoir sur quel pied danser! Pas étonnant si on lui danse parfois sur les pieds, puisqu'on ne sait jamais où les placer...
Bon, avant d'aggraver encore mon cas, je vous dis donc que le livre de Christopher Lasch "Les femmes et la vie ordinaire" me semble beaucoup plus intéressant que l'autre, "Le livre noir", davantage un recueil de récriminations. Le premier se présente comme une ouverture alors que le second a des allures de repli. Et, vu que je préfère le premier, ma femme - et la vôtre - optera sans doute pour le second. Rien à faire...
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Le bonheur est dans le pré...
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La recherche du bonheur est un peu comme une obsession, bien difficile à satisfaire. C'est une autre quête du mythique Saint-Graal. De tout temps, on a creusé ici et retourné les pierres là, espérant toujours le trouver et se l'accaparer. Même Dalida, je crois me rappeler, nous a parlé de ce petit bonheur, rencontré par hasard, qu'elle eut un jour la chance d'héberger avant qu'il ne la quitte. Le bonheur fascine, mais peut-être sa réputation est-elle un peu surfaite. En effet, Stendhal dans son Journal nous met en garde en écrivant "Il est difficile de ne pas s'exagérer le bonheur dont on ne jouit pas".
Et, d'ailleurs, c'est quoi au juste le bonheur? Sénèque, qui fut notamment le précepteur de Néron (quel bonheur, ça...) s'est penché sur la question, tout comme le polyvalent Augustin, évêque de Hippone, près de quatre siècles plus tard. L'un et l'autre décortiquent donc cette notion élusive, pour le plus grand bonheur du poète québécois Marc Vaillancourt, lequel a ainsi mis sa passion des langues anciennes à contribution en nous présentant de nouvelles traductions de leurs écrits.
Une initiative qui en réjouira certes plusieurs, sans pour autant régler nos interrogations relatives au bonheur, ce qu'il est vraiment ni où il se cache. Toujours, on se l'imaginera ailleurs, comme cette Blanquette, la chèvre de ce brave monsieur Séguin, que celui-ci avait installée "au plus bel endroit du pré", mais qui préféra la montagne. Pauvre sotte! Comme quoi on peut l'avoir enfin trouvé, le bonheur, et ne pas s'en rendre compte...
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Tous derrière le Star-Spangled Banner
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Ce qui caractérise les Américains, plus encore que la tarte aux pommes ou la célébration du Thanksgiving, c'est sans doute qu'ils se rangent tous spontanément derrière leur drapeau, leur symbole d'unité nationale. Mais, pour le reste, c'est une autre affaire... Car nos voisins du sud sont loin d'être homogènes. Comme le signale si justement Tristan Malavoy-Racine ci-haut, aux États-Unis "tout semble cohabiter avec son contraire". Ce pays est une foire des idéologies les plus diverses, depuis cette idée attardée de créationnisme aux avancées scientifiques les plus spectaculaires.
Et vers où tout cela mène-t-il? Vers des tiraillements de plus en plus marqués à l'interne, résultant de l'exacerbation des disparités, surtout régionales - car l'endroit n'est pas le même au coeur du Bible Belt ou à Silicone Valley, sur Wall Street ou sur une montagne isolée du Montana. L'essayiste Bernard-Henri Lévy y va presque d'une somme pour nous dire que l'Amérique change. Un bouquin remarquable nous donnant l'occasion de voir où en sont rendues les choses en ce début de millénaire. Mais ce changement, qu'en est-il? Probablement la continuation - si la tendance se maintient, selon l'expression consacrée - des démesures en cours. Un peu plus haut ou plus bas, un peu plus loin ou plus près, selon le cas. Mais, tous unis derrière le drapeau.
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À qui la faute?
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On rouspète, semble-t-il, à propos des conditions dans lesquelles les journalistes doivent parfois accomplir leur travail. Alain Gravel, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, va même jusqu'à déplorer "la multiplication des obstacles dans la cueillette d'informations". Il est en effet possible que, selon le sujet, ce soit devenu moins facile d'obtenir des réponses satisfaisantes. Mais c'est peut-être, aussi, parce que beaucoup de questions sont elles-mêmes insatisfaisantes.
Parce que la surenchère qui prévaut depuis ces dernières années dans le secteur de l'information fait en sorte que c'est le plus souvent sans retenue, ou même de compétence, que l'on assaille celui-ci ou celle-là pour lui soutirer quelques mots. L'industrie de la nouvelle fonce dans le tas et tant pis si quelqu'un se fait bousculer ce faisant. Et on voudrait ensuite se plaindre que plusieurs rechignent à présent à collaborer avec le sourire, à s'offrir en proie à la meute excitée et affamée?
Au Québec, il y aurait quatre relationnistes pour chaque journaliste, nous dit-on. Et Jean-Claude Leclerc, professeur de journalisme à l'Université de Montréal, ajoute "que tous ces relationnistes travaillent dans l'intérêt de leur client, pas dans l'intérêt du public". Soit. Mais on pourrait poursuivre en précisant que ce n'est pas forcément non plus au détriment du public. Ne soyons pas bêtement paranoïaque...
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Ce n'est pas "écrit"...
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Mais voyons donc... Qu'est-ce qu'il va chercher là cet éminent spécialiste de l'Asie, Jean-François Susbielle? Se serait-il récemment heurté la caboche sur une lanterne chinoise suspendue un peu basse? Parce qu'il y a un monde entre dire qu'un conflit pourrait éclater ou affirmer catégoriquement qu'un conflit va éclater. Il y a une nuance, un pas à ne pas franchir trop allègrement. Mais l'expert en géopolitique a peut-être ses raisons d'enjamber avec autant de désinvolture la kyrielle d'objections possibles à son assertion.
Ainsi, ne serait-il pas du genre à sélectionner et interpréter des éléments de façon à ce que ceux-ci cadrent avec son hypothèse, plutôt que de laisser les faits établir sans influence intempestive leur véritable signification? Cette guerre annoncée serait-elle un dada sur lequel il planche depuis des lustres, rêvant de présenter le tout dans un beau petit paquet bien ficelé? Chercherait-il à vendre quelques bouquins et à faire parler de lui ici et là, à faire la tournée des talk-shows de la planète?
Personne ne saurait prétendre que les Américains ou les Chinois, ou qui que ce soit en fait, pourront sans problèmes et frictions diverses s'entendre jusqu'à la fin des temps. Par contre, tous seront d'avis qu'il est de loin préférable de régler à l'amiable les différends. C'est meilleur pour les affaires. Ce que raconte Jean-François Susbielle est une déplaisante possibilité mais, soyons réalistes, ce n'est pas "écrit"...
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Avec une douzaine de gros suçons, peut-être?
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Si ce petit conte baroque a pour but de calmer ou même de consoler ces petits dont les parents n'ont pas cru de leur responsabilité de s'entendre malgré leurs différends, faudrait peut-être ajouter quelques bébelles en plus, une trottinette ou un baladeur, des certificats cadeaux de chez Toys R Us, et bien davantage encore. Parce que pareille utilisation du livre de Lolita Séchan et de Lino me semble assez déplacée, voire odieuse. Quand une situation demande une explication claire, ce n'est pas en la contournant que l'on pourra régler le problème.
Alors, puisque ce livre "fait subtilement allusion au drame bien contemporain de ces enfants dont les parents vivent séparés", ceux-ci devraient éviter de se défiler et ne recourir à ce conte que de façon accessoire - et non pas l'utiliser comme faux-fuyant. Qu'on le dise franchement, que rien ne va plus, que les choses devront à l'avenir se passer de telle manière. Et peut-être trouvera-t-on la perspective d'avoir à s'expliquer de la sorte tellement difficile que les deux parents, reconnaissant alors leur moment d'égarement, choisiront de revenir sur leur triste déni de responsabilité. Et "Les Cendres de maman" prendra la poussière... chez le libraire.
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Penser à rétablir le courant
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Ainsi, quelqu'un d'autre a remarqué qu'on n'avançait plus qu'à tâtons, dans l'obscurité de surcroît! Enfin, pas tous. Certains foncent et bousculent tout le monde, une lampe arborant un gros logo corporatif à la main. Parmi ceux-là, ces dangers publics, il y en a qui vendraient leur propres mères, s'ils en avaient le temps, si le prix obtenu s'avérait suffisant. D'ailleurs, je soupçonne ces affairistes pas du tout recommandables d'être eux les responsables de la panne généralisée nous ayant plongé dans le noir. Eux ou un de leurs hommes de main, car la sale besogne, ça se délègue.
Tant qu'à aller nulle part en particulier, faute d'y voir, et comme on n'a pas vraiment mieux à faire, on devrait sans doute se mettre à la recherche de l'interrupteur de secours. Au nombre que nous sommes, il y en aura bien un qui finira pas le trouver. Et là, on pourra mieux les voir venir ces corporatistes et enfin parer leurs charges.
L'historien Tzvetan Todorov nous rappelle que c'est Montesquieu, Voltaire, Rousseau et tutti quanti qui nous ont mené où nous étions juste avant la panne, tandis que le philosophe et journaliste Wade Rowland nous indique qui a probablement coupé le courant. Voilà des informations intéressantes, utiles même. Et on se fera un plaisir de soupeser les tenants et aboutissants de tout ça, mais plus tard. Après qu'on se sera avec succès occupé de la priorité: rétablir le courant. Avant qu'on ne se fasse terriblement mal à force de n'y voir goutte - ou si peu.
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Jetable ou recyclable?
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Là est la question qui se pose de nos jours, de plus en plus souvent. La poubelle ou le bac? Ce roman de Monique Le Maner, aux effluves étranges, nous amène par l'absurde à nous mettre le nez dans le gros sac vert de nos comportements, particulièrement ceux qui ne se distinguent pas par leur intelligence. Nos petites manies, quoi. Sans doute parce que, pour l'observateur attentif, ces manies trahissent qui nous sommes vraiment, comment nous pensons. Rien ne révèle plus sûrement la personnalité réelle que les manies. Et sur cet "obscur bout de rue" dont nous entretient la romancière, les résidants nous en jettent plein la vue.
C'est que, voyez-vous, la vie pour ces gens tourne autour des rebuts, ceux à jeter et ceux à recycler. Cette situation s'enfonce dans l'absurde alors que chacun s'épie et trouve à redire sur l'autre selon sa bonne maîtrise ou pas de l'art de sortir ses ordures. J'ai jeté avec une certaine inquiétude un coup d'oeil par la fenêtre, question de m'assurer qu'il ne s'agissait pas de mon bout de rue. On ne dirait pas et c'est tant mieux. Parce que les voisins dont nous parle Monique Le Maner ne me plaisent pas vraiment... Tandis que les miens, ceux que je connais du moins, ils sont bien équilibrés. Enfin, je pense. Mais, juste au cas où quelque chose m'aurait par distraction échappé, j'y regarderai de plus près à la prochaine collecte du jetable et du recyclable. En attendant, je me croise les doigts...
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Sans oublier le lecteur...
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Puisque la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur m'en donne le prétexte, je vous touche donc quelques mots à propos du destinataire, le bon et gentil lecteur, si fidèle au poste depuis plus de six cents ans déjà. Depuis Gutenberg. Pourquoi? Tout simplement parce qu'il ne serait peut-être plus aussi bon et gentil, et aujourd'hui davantage fidèle au poste de télé ou d'ordinateur. Lire, quelle corvée! Surtout quand on ne sait plus lire, qu'on n'a pas le temps et encore moins l'envie de lire.
Parce qu'on ne sait plus écrire, peut-être. On sort de l'école presque comme on y est entré, ignorant et confus. Et des mots tels que dictionnaire, grammaire ou vocabulaire ont pris un solide coup de vieux. Bientôt, ce seront des archaïsmes. En fait, des langues parallèles se sont développées permettant à des multitudes d'illettrés de dire n'importe quoi n'importe comment. On semble trop souvent ne plus avoir le respect du lecteur. Des textes bourrés de fautes, et alors? Des propos creux et peu compréhensibles, et alors?
La prochaine fois que vous aurez l'occasion d'écrire, placez donc un dictionnaire à portée de votre main, vous savez ce gros bouquin qui se feuillette selon un ordre alphabétique, comme un bottin téléphonique. Ce sera déjà ça de fait pour tenter de ralentir la débâcle en cours. Ensuite, vous reviendrez me parler de cette Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Commençons par sauver ce qui reste du lectorat - en le respectant.
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Tout remuer, encore et encore
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Jamais je ne comprendrai en quoi il peut être bon, ou utile, et encore moins souhaitable, de ressortir des horreurs pour se lamenter à nouveau sur celles-ci. S'imagine-t-on que le fait de montrer des atrocités pourra faire en sorte que leur répétition puisse être évitée? Mais, depuis le temps que l'on se comporte en barbares, je ne crois pas remarquer que la cadence dans la monstruosité ait jamais ralentie. Malgré toutes les photos, tous les films et tant d'autres témoignages pénibles, malgré tout cela qui devrait mettre un frein à notre démence, rien n'y fait. On n'a rien compris, rien appris.
Alors ce livre sur le Rwanda me paraît terriblement déplacé. Qui veut se mettre le nez là-dedans? Et comme on sait fort bien que ce livre ne va rien changer, sauf peut-être ajouter aux tourments de certains qui se seraient bien passés d'un tel rappel, il aurait beaucoup mieux valu qu'il ne paraisse pas. À tout remuer, encore et encore, on n'aide en rien la situation, on n'ébranle nullement les tyrans sanguinaires. Et on risque de replonger dans un immense chagrin d'impuissantes victimes qui voudraient bien arriver un jour à oublier.
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L'autre barman
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L'époque des barbiers est presque révolue et ceux qui restent ont souvent l'âge d'être à la retraite. Ils ont été remplacés par des coiffeurs, avec pour seule véritable différence relativement à la coupe, le prix, soit le double ou davantage... Auparavant, on pouvait arriver au salon, sans rendez-vous, et feuilleter en attendant son tour un magazine de pêche ou d'automobiles. Souvent, le mobilier ne payait pas de mine mais on ne le remarquait même pas.
Puis, notre tour venu, on s'installait sur la chaise sans avoir à dire le moindre mot concernant la coupe. C'était convenu depuis des années déjà. Alors, on se laissait aller à parler de nos petits tracas du moment, de nos espoirs, ou de cette nouvelle voiture qu'on comptait acheter bientôt. Avec, dans notre dos, le cliquetis des ciseaux et les grognements d'encouragement sporadiques du barbier. Mais tout cela touche à sa fin. Et ce documentaire de Claude Demers risque fort d'être un dernier témoignage de l'époque du barbier, celui qui savait écouter, cet autre barman...
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Dialectique de salon...
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Les frères Khan seraient un tantinet déconnectés, sans peut-être sans rendre vraiment compte, que cela ne me surprendrait pas. Parce que si d'un côté ils arrivent à analyser le cheminement politique depuis l'époque des dinosaures à celle du présent, un petit côté pratique et réaliste semble leur échapper. En fait, les considérations qu'ils empilent à une bonne cadence ne peuvent que semer la confusion. On suit difficilement ce qu'ils racontent et, après un moment, on n'a plus la moindre idée d'où ils en sont rendus.
C'est ainsi qu'ils nous parlent de politique, de réflexion éthique, de génétique, d'idéologie, de pensée libérale et de système démocratique. Et aussi de stratégies décisionnelles du monde économique, de monétarisation, de capitalisme, de communisme et de socialisme. Sans bien sûr oublier le progressisme classique. Si, arrivé à ce stade, vous savez encore épeler votre propre nom, c'est que vous devez être un as dans l'art de suivre le fil de raisonnements et d'exposés super alambiqués. Mais vous êtes l'exception.
Toutes ces contorsions sémantiques qu'enfilent les frères Khan, si brillantes fussent-elles, ne sont d'aucune utilité car inutilisables pour personne. C'est de la dialectique de salon, sans plus. On souhaiterait davantage d'éthique en politique? Alors, trouvons des politiciens habiles à nous présenter de beaux emballages, du genre auxquels on ne peut résister, et que ces politiciens soient par nature intrinsèquement éthiques. De la sorte, on sera massivement convaincus et, pour une fois, ce sera pour la bonne chose.
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Et que ça saute!
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L'imagination fertile des uns fera-t-elle donc toujours le bonheur des autres? Quand il s'agit d'une intrigue bien ficelée dans un roman au goût du jour, de surcroît d'un auteur réputé, on répond oui sans hésitation. Cet État d'urgence signé Michael Crichton remplit parfaitement la commande. Par contre, il s'en trouve certains ayant eux aussi une imagination exacerbée mais qui, cependant, n'écrivent pas de romans. Pas le temps. Pas intéressés. Plutôt, ceux-là s'appliquent à tenter de faire sauter la baraque. Et ça, ce n'est à coup sûr pas pour le bonheur des autres.
Curieuse situation que celle dans laquelle nous nous trouvons, alors. Nous avons tous peur du loup et, jamais au grand jamais ne voudrions le rencontrer mais, d'autre part, nous aimons beaucoup en entendre parler et, bien en sécurité dans un fauteuil confortable, épier ses sombres manigances et être témoin de ses mauvais coups. Ce roman de Michael Crichton répond donc admirablement bien à notre insatiable soif de voir en nous en envoyant plein la vue. On en frémit de pages en pages - et on adore. Un excellent bouquin pour trembler dans ses pantoufles...
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Une bouffée de...
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Oups... j'ai failli aller écrire une bouffée de fraîcheur... C'est que ce film, comme le souligne avec tant d'à-propos Kevin Laforest dans son compte rendu, "demeure délicieusement politiquement incorrect". À l'heure où il est en effet de bon ton pour chacun de s'ériger en vaillant défenseur de la veuve et de l'orphelin, du phoque sur la banquise ou d'une écologie tous azimuts, à dénoncer la paille dans l'oeil du voisin sans toujours remarquer la poutre dans le sien, eh bien il est rafraîchissant de pouvoir de temps à autre échapper à la même rengaine moralisante.
Et cette approche à contre-courant pourrait bien s'avérer plus efficace pour convaincre les fumeurs récalcitrants d'écraser que tous les beaux discours jouant sur la culpabilité et l'arsenal de mesures contraignantes déployé. D'ailleurs, pourquoi ne pas pousser l'audace d'un cran en insérant, à mi-chemin au cours de la projection du film, un petit intermède, une pause d'une quinzaine de minutes, afin que les fumeurs puissent sortir en griller une. Voilà possiblement une attention "délicate" qui pourrait en faire réfléchir plus d'un sur sa vilaine habitude... Qui sait, cela vaudrait peut-être la peine d'essayer.
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