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Dans le ventre du moulin en DVD
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Dans le ventre du moulin, le documentaire de Mariano Franco et Marie Belzil sur la création du Moulin à images par Robert Lepage et Ex Machina, vient de sortir en DVD. J'ai trouvé le film de 52 minutes de facture bien classique mais néanmoins captivant. On découvre avec émerveillement le travail de Réné Lussier, compositeur et concepteur sonore, Paul Souverbie, concepteur technique des projections, Steve Blanchet, coïdéateur du spectacle et coconcepteur des images, mais aussi des nombreux cracks d'informatique, infographistes, programmeurs, coordonnateurs et techniciens qui travaillent sur la fresque historique. Plus on se rapproche du jour de la première, plus la tension s'accroît. Est-ce que tout sera prêt? Est-ce que la plus grande projection architecturale au monde sera vraiment impressionnante? La réponse est oui! Plus réussie encore que tout ce qu'on aurait pu imaginer.
La plus belle qualité de ce film, c'est de nous faire revivre l'expérience unique du Moulin à images, d'en raviver en nous le souvenir. Quelle superbe réalisation! Quel hommage à la ville de Québec, et par conséquent au Québec. Tout cela est fait sans jamais tomber dans le didactisme, sans jamais même frôler ce que Lepage lui-même appelle «le Parcs Canada». Si vous ne l'avez pas vécu en direct, vous vous en mordrez les doigts! Cela dit, on vous suggère quand même de voir le film. Pour vous donner une idée de la chose, c'est bien mieux qu'un calendrier ou un livre de photos. En bonus: les entrevues intégrales avec Lepage et Lussier, mais aussi des images impressionnantes du Moulin à images captées par Sagafilm.
Je vous invite à lire ou relire la critique de mon collègue de Québec David Desjardins, publiée au moment où le film sortait en salles.
Photo Nicolas Ruel
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Sextett et Espace Go en Bretagne : 1er billet
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Je vous écris depuis Lorient, en Bretagne. Hier soir, au Grand Théâtre, une salle de 1034 fauteuils, j'ai assisté à la générale de Sextett, une pièce de Rémi De Vos mise en scène par Éric Vigner, une production du CDDB - Théâtre de Lorient, coproduite par le CDN Orléans/Loiret/Centre, la Comédie de Reims et l'Espace Go. La création, croyez moi des plus enthousismantes, sera notamment présentée au Théâtre du Rond-Point, à Paris (du 15 octobre au 14 novembre), et à l'Espace Go, à Montréal (du 12 janvier au 6 février).
Au cœur du spectacle il y a Simon (Micha Lescot), bouleversé par la mort de sa mère. De retour dans la maison de son enfance, le jeune homme est hanté par cinq femmes aux désirs pour le moins souverains: son insistante collègue de travail Claire (Anne-Marie Cadieux), la synthétique et putassière Sarah (Johanna Nizard), les étranges voisines lesbiennes, Jane et Blanche (Maria de Medeiros et Jutta Johanna Weiss), et la dernière et non la moindre, la chienne Walkyrie (Marie-France Lambert), agressive mais pas indomptable.
Dans le dossier on résume ainsi l'intrigue: «Simon s'autorise en s'affranchissant de toute contrainte au réel, à pénétrer dans le royaume des femmes où désir et imaginaire, fantasme et réalité se confondent en une projection délirante. Ce faisant, il découvrira la vérité sur ses origines familiales. Sextett est une comédie érotique, déjantée et musicale où le rire, le sexe et les larmes font bon ménage.»
La distribution est, à tout le moins sur le plan culturel, joliement éclectique: Lescot et Nizard sont Français d'origine juive, Weiss d'origine autrichienne, de Medeiros d'origine portugaise, et Cadieux et Lambert, Québécoises. Après avoir assisté à la générale, je peux vous dire qu'il s'agit d'un collier de perles. Mené par cette distribution hors pair, le spectacle est ravissant et subversif, grinçant et raffiné, chic et choc. Le désir et la sexualité innervent librement la représentation. La musique est partout et de plusieurs styles; les chants, en différentes langues. Le décor est une œuvre d'art d'inspiration sixties que les éclairages dévoilent peu à peu. Le voyage, plongée dans l'inconscient bouillonnant d'un jeune homme particulièrement perturbé, est intrigant et prête à de multitples interprétations. La finale est des plus percutantes, riche en révélations.
À mon avis, c'est une petite bombe qui est en route vers l'Espace Go. Rappelons qu'Éric Vigner a déjà offert entre les murs de Go deux spectacles: La Bête dans la jungle, d'après un texte de Marguerite Duras lui-même inspiré d'une nouvelle de Henry James, et un somptueux Savannah Bay, toujours de Duras, avec Françoise Faucher et Marie-France Lambert.
Ce soir, j'assiste à la création de Sextett, première représentation devant public. Je vous en parle demain...
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Opéra de Montréal : en direct de la Place des Arts
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L’exercice est original. De s’y prêter est peut-être plus périlleux que je le pensais. La représentation vient de se terminer. Je dois trouver la concentration dans la foule. On m’interpelle. La réaction des spectateurs à la première partie du doublé, Pagliacci, de Leoncavallo, est très perceptiblement favorable. Les applaudissements ont été nourris. Il faut dire que la mise en scène d’Alain Gauthier est tout à fait réussie. Dans cette histoire d’amour et de jalousie, le vrai et le faux s’entremêlent, la vie et le théâtre s’entrelacent de manière comique, mais aussi tragique. Nedda a maille à partir avec trois hommes : Canio, son mari, Tonio, qui lui déclare son amour avec insistance, pour ne pas dire violence (un comportement bien humain qui teinte la mise en scène plus souvent que d’ordinaire à l’Opéra de Montréal), et Silvio, son amant, qu’elle aime de tout son cœur. Vous avez là tous les ingrédients pour que la tragédie naisse. Si la drôlerie est aussi au menu, c’est que Nedda, Canio et Tonio sont les comédiens d’un théâtre ambulant spécialisé dans la commedia dell’arte. Quand les villageois sont tous rassemblés pour assister au spectacle, la comédie se teinte de gravité, mais surtout de vérité. C’est que les amants ne jouent plus, ou alors ils jouent leur propre vie. La scène de ménage n’aura jamais si bien porté son nom. La pièce révèle le drame des amoureux, comme La Souricière au cœur du Hamlet de Shakespeare. Nous sommes en présence d’un très beau cas de mise en abyme, c’est-à-dire de théâtre dans le théâtre. Les voix de Marie-Josée Lord et Marc Hervieux ne sont plus à vanter. Celles de Grégory Dhal, Étienne Dupuis et Pascal Charbonneau sont tout aussi belles et puissantes. Le décor d’Olivier Landreville est une pure splendeur. Scénographe de théâtre, Landreville trouve ici tous les moyens dont il a besoin pour déployer son imaginaire. Le temps qui m’était imparti pour écrire tire à sa fin. La suite dans le journal de jeudi...
Photo Frédéric Lago
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Opéra de Montréal : je bloguerai en direct le 26 septembre
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L'Opéra de Montréal donne le coup d'envoi de sa 30e saison en invitant 5 blogueurs à livrer en direct leurs impressions du doublé Pagliacci/Gianni Schicchi, des opéras qui mettent en vedette Marc Hervieux, Marie-Josée Lord, Etienne Dupuis, Marianne Fiset, Antoine Bélanger, Marie-Nicole Lemieux et Gregory Dahl. Le samedi 26 septembre, à l'entracte, je serai donc, tout comme Françoise Davoine de la chaîne Espace classique de Radio-Canada, Pierre Cayouette de L'actualité, Alain Brunet de La Presse et Thomas Leblanc du magazine Nightlife, dans foyer de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, installé à un poste clairement identifié, pour livrer, sur ce blogue, mes impressions concernant le spectacle. Soyez-y!
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Festival d'Avignon : Pippo Delbono en quête de vérité
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L'Italien Pippo Delbono a profité du Festival d'Avignon pour dévoiler aux Français sa nouvelle réalisation: La Menzogna. Créé à Turin en octobre 2008, le spectacle aborde bien entendu le mensonge, sous toutes ses formes, mais plus précisément encore celui de la politique et de l'entreprise, celui qui unit horriblement les riches et les pauvres. En prenant pour point de départ l'incendie qui a éclaté dans une grande aciérie italienne en décembre 2007, et révélé les conditions de travail totalement inadéquates des ouvriers, Delbono signe un spectacle dérangeant, souvent insoutenable, parcouru de rage. La scène est habitée par des pauvres et des nantis, des prostituées et des clients, des bêtes de cirque et des spectateurs réjouis, des pécheurs et des curés, des victimes et des mafiosos.
Ici, les images ont encore plus de place que dans Questo buio feroce, la production qui était de passage à Montréal lors du plus récent FTA. Hormis une voix hors champ, quelques séquences vidéo et un extrait de Roméo et Juliette, le spectacle est pour ainsi dire entièrement composé d'images. Des images qui sont d'abord banales, voire naïves, et qui deviennent rapidement cruelles, violentes. En fait, la représentation dévoile, met à nu, donne à voir la véritable teneur du monde dans lequel nous vivons. L'expérience n'est pas réjouissante, elle est parfois même aride, voire irritante. Mais elle laisse une impression forte, des images qui ne nous quittent plus et auxquelles on ne cesse de trouver davantage de signification. Voilà qui resume bien la démarche de Delbono: concevoir des œuvres baroques et bigarrées, des aventures atypiques qui ne séduisent pas, à tout le moins pas au sens où on l'entend généralement, mais qui font très certainement et durablement leur chemin en nous. C'est peut-être ça, le contraire du mensonge.
Photos Jean-Louis Fernandez
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Festival d'Avignon : Wajdi Mouawad remue Ciels et Terre
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Ça s'est passé hier soir. Dans un hangar situé à Châteaublanc, non loin d'Avignon. En première mondiale, Wajdi Mouawad dévoilait Ciels, un spectacle très attendu. Après Littoral, Incendies et Forêts, l'auteur et metteur en scène referme avec superbe ce cycle que l'on peut d'ores et déjà considérer comme son magnum opus: Le Sang des promesses.
Ciels, c'est à la fois une œuvre emblématique de la démarche de Mouawad et un renouvellement. C'est-à-dire qu'il est encore une fois question de guerre, d'exil, de filiation, de mort et de naissance, mais il y a dans la forme et la densité de cet ouvrage la preuve irréfutable que le créateur s'est engagé sur une voie nouvelle. Ce changement, c'est celui que Seuls annonçait. Ainsi, la peinture joue un rôle crucial dans Ciels, elle cristallise la grandeur et la décadence du genre humain, elle recèle, ni plus ni moins, les origines et le destin de l'humanité.
Si les trois premiers volets du quatuor mettaient en scène des personnages engagés corps et âmes dans la quête de leurs complexes origines - Wilfrid, Jeanne, Simon et Loup -, le dernier chapitre déploie une quête (pour ne pas dire une enquête) qui a des ramifications bien plus vastes. Les cinq espions de Ciels s'affairent à décoder les conversations téléphoniques. Leur objectif: prévenir un attentat terroriste d'une ampleur inégalée. Leurs éléments de preuve: des phrases absconses et un tableau de Tintoret. Chaque minute compte. Vous me direz que tout cela évoque fortement Da Vinci Code. C'est vrai, mais ce n'est pas gênant. Pas gênant parce que le spectacle entrelace d'une manière bouleversante cette mission plus grande que nature à la vie personnelle des protagonistes, transcende largement l'aspect suspense, tout en sachant en tirer profit.
Grâce à un dispositif scénique particulièrement efficace, la scène et la salle ne font qu'un. Rivé sur son tabouret, le spectateur est littéralement captivé, captif. Les sons et les images entourent, englobent. Impossible de se soustraire à la fascination qu'exerce cette boite, ce bunker de fureur et de beauté. La poésie de Mouawad est plus souveraine que jamais et le jeu de Stanislas Nordey, dans la peau du plus incandescent des espions, fascine, emporte, happe. Quelques bémols tout de même: le jeu encore disparate de certains comédiens, deux ou trois scories techniques et l'invraisemblance de certains accessoires. Somme toute, des détails.
Je le dis sans ambages: je suis sorti de la salle sous le choc. J'étais en larmes, mais le sourire aux lèvres. J'étais bouleversé par les décès et les naissances, la beauté et l'horreur, les cris de révolte et ceux de la création, parfois si semblables.
Photo Jean-Louis Fernandez
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Festival d'Avignon : Warlikowski et les horreurs millénaires de notre monde
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Ces jours-ci, Krzysztof Warlikowski fait son entrée dans la cour d'honneur du Palais des papes. Le metteur en scène polonais, que les spectateurs du FTA ont découvert avec Purifiés, de Sarah Kane, et ceux du Théâtre français du CNA avec Krum, de Hanock Levin, offre cette fois (A)pollonia, un collage de textes, une juxtaposition de mythes, une succession plutôt inégale d'images, de figures et de récits. Les images, qui naissent souvent entre les parois de vastes cubes de verre, sont plusieurs fois percutantes. Les figures sont tragiques, mythologiques, mais aussi profondément humaines; des individus capables du pire et du meilleur. Les récits sont nombreux, peut-être trop nombreux, voire redondants, mais ils ont le mérite de croiser les tons et les époques, de multiplier les éclairages sur une violence millénaire.
Créé à Varsovie le 16 mai dernier, (A)pollonia est une réflexion sur les pages les plus noires du 20e siècle, celles de la Seconde Guerre mondiale. Au menu: viols, meurtres, exterminations et sacrifices. À coup de musique, de chansons, de projections vidéo en direct, le spectacle s'attaque aux dérives du pouvoir, qu'il soit politique, médiatique ou autre. Si le spectacle de Warlikowski partage des thèmes avec la trilogie de Mouawad, présentée au même endroit quelques jours plus tôt, il fait surtout office de contrepoint. Alors que Littoral, Incendies et Forêts sont des spectacles fondés sur le récit, (A)pollonia est une suite de bribes, un assemblage de fragments, quatre heures et demie de théâtre sans une seule histoire fondamentale, fédératrice. Ainsi, notre intérêt fluctue. La représentation fascine, puis déconcerte, bouleverse, puis ennuie.
Pour aborder l'holocauste, les camps de la mort, mais surtout l'immense culpabilité que ces événements ont laissée (ou devraient avoir laissée) dans l'âme des citoyens du monde, Warlikowski cite l'Indien Rabindranath Tagore, les Grecs Eschyle et Euripide, l'États-Unien Jonathan Littell, la Polonaise Hanna Krall et le Sud-Africain J. M. Coetzee. Sans pathos, sans faire la morale, le metteur en scène plonge avec ses extraordinaires comédiens dans les abimes de l'âme humaine. Suprenamment, le résultat n'est pas dénué d'espoir. On sent, principalement dans les intermèdes musicaux - menés avec conviction par l'auteure-compositrice-interprète Renate Jett - un appel à la révolution, à la fraternité, à l'amour et à la guérison. C'est sur cette note que la soirée se termine. Il y a donc possibilité de résurrection, à nous de la saisir.
Photos Christophe Raynaud de Lage
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Festival d'Avignon : Christophe Honoré s'approprie Victor Hugo avec brio
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Ce soir, entre les murs de l'Opéra-Théâtre d'Avignon, une salle magnifique datant de 1846, le cinéaste Christophe Honoré a dévoilé sa relecture d'Angelo, tyran de Padoue, un drame romantique de Victor Hugo créé en 1835. Si le lieu est chargé d'histoire, la mise en scène ne l'est pas du tout. Le spectacle, l'une des premières incursions théâtrales du réalisateur de Ma mère, Dans Paris et Les Chansons d'amour, est truffé de références au cinéma. Il y a des plateaux sur rails, d'imposants projecteurs, des échafaudages sur trois niveaux, des écrans, des perches et des microphones. Honoré prend aussi plaisir à se citer lui-même: romantisme exacerbé, scènes de comédies musicales, transposition plus ou moins contemporaine d'un texte classique. Les têtes d'affiche, Emmanuelle Devos, Marcial di Fonzo Bo, Clotilde Hesme et Julien Honoré, livrent la marchandise. Hesme, dans la robe de Tisbe, la comédienne volage, et Honoré, dans les habits d'Homodei, l'espion, impressionnent tout particulièrement. Plein d'humour, de clins d'œil, le chassé-croisé amoureux est captivant. Sans tordre la pièce, la mise en scène met en relief sa légèreté, son côté eau de rose, presque vaudeville par moments. Aussi, dans les bas-fonds de Venise, jamais loin des amants, le metteur en scène fait rôder des sbires, des loubards que Genet et Fassbinder n'auraient surement pas reniés. Malgré la diversité des influences, le spectacle est cohérent, et surtout extrêmement vivifiant. Pour insuffler une vie nouvelle au drame de Victor Hugo, une pièce avec poisons et portes dérobées qu'on ne monte pour ainsi dire plus, Honoré était tout désigné. Le spectacle parcourra la France de janvier à mars 2009. Gageons que ce sera avec succès.
Photo Christophe Raynaud de Lage
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Festival d'Avignon : renouer ou faire connaissance
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Au cours des deux derniers jours, le Festival m'a permis d'entrer en contact avec de nouvelles démarches créatrices, en plus de renouer avec des voix familières. J'ai d'abord assisté à Photo-Romance. Les Libanais Lina Saneh et Rabih Mroué, que je découvrais, parlent société et politique tout en interrogeant les codes du cinéma et de la représentation théâtrale. Une cinéaste expose son projet de film à un censeur chargé de faire régner l'originalité et la légalité. Le projet est en fait un remake, un photo-roman (suite d'images fixes sur grand écran) inspiré d'Une journée particulière, célèbre long-métrage d'Ettore Scola avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni. L'intrigue est transposée à Beyrouth, en 2006, peu de temps après l'attaque israélienne. Le dialogue entre l'artiste et le fonctionnaire est savoureux, plein d'ironie, mais la représentation devient vite didactique et redondante.
Ensuite, je suis entré dans l'univers de l'auteur et metteur en scène français Hubert Colas. Le livre d'or de Jan est un spectacle qui multiplie les tons, les registres et les médias pour exprimer le deuil, la perte, le vide laissé par la disparition d'un homme, d'un artiste. Durant deux heures, ceux qui l'ont aimé viennent témoigner en images, en mots, en musique, en actions, je serais tenté de dire en performances. Ils inscrivent leurs souvenirs dans le livre d'or de Jan. C'est un hommage à l'art, à son pouvoir salvateur, un hommage aussi à l'artiste hollandais Bas Jan Ader, perdu en mer en 1975. Un vrai beau moment de théâtre. Drôle et grave, comme la vie et la mort. J'ai ensuite revu le C.H.S. de notre Christian Lapointe. Dans la Chapelle des Pénitents blancs, le rapport scène-salle n'était pas aussi «confrontant» qu'il l'était à la Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, mais la méditation de Lapointe sur la polysémie du feu n'a rien perdu de sa force de frappe. Certains aspects de la représentation - sciemment agressants - n'ont pas semblé laisser les spectateurs français de glace. Je pense qu'ici comme au Québec, C.H.S. va diviser. Puis finalement, hier soir, j'ai vécu une autre inoubliable incursion dans l'univers incomparable de Claude Régy. Avec Ode maritime, un poème de Fernando Pessoa, un hommage à la mer qui n'est rien d'autre que la formidable et courageuse introspection d'un homme trop humain, le metteur en scène français de 86 ans a fabriqué une merveille. Précision. Lenteur. Rigueur. Tout cela inspire de la fascination, du vertige. Au bout d'un quai, pour ainsi dire immobile, suspendu entre ciel et mer par des éclairages qui sont une œuvre d'art en soi, le comédien Jean-Quentin Chatelain, qui faisait parti de la distribution d'Homme sans but, présenté en février 2008 à l'Usine C, est plus qu'impressionnant. Au bout de voyage, qui dure deux heures, on est à la fois exténué et énergisé. Cette présence de Régy au Festival d'Avignon - il n'y est pas venu depuis de nombreuses années - est un incontournable. Ne reste qu'à souhaiter que le spectacle passe par l'Usine C dans les mois qui viennent.
Photo Le livre d'or de Jan
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Festival d'Avignon : la grande traversée de Mouawad
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Je prends enfin un peu de temps pour vous parler de ma nuit avec les personnages de Wajdi Mouawad, plus précisément ceux de Littoral, Incendies et Forêts. Revoir, entre les murs de la cour d'Honneur du palais des Papes, c'est-à-dire dans une version repensée pour l'endroit, trois pièces qu'on a déjà vues et aimées dans leur version originale, se consacrer à cela pendant 11 heures consécutives, c'est ce que j'appelle une expérience rare, pour ne pas dire unique.
La nuit a été immense, comme la scène de la cour d'Honneur. Elle a été blanche, mais aussi bariolée de rouge et de bleu, parcourue de câbles, silencieuse et bruyante, drôle et tragique. En somme, riche en émotions. Tout d'abord, il y a l'endroit. Impressionnant. Chargé. Monumental. Puis il y a ces apparitions percutantes, des apparitions qui vous font spontanément monter les larmes aux yeux: voir Annick Bergeron, Andrée Lachapelle et Marie-France Marcotte, des comédiennes exceptionnelles, voir leur talent se déployer sur une scène pareille, entendre leurs voix profondes résonner dans un espace aussi vaste, aussi mythique. Je vous jure que je ne suis pas près d'oublier ça. Pas près d'oublier non plus l'aplomb d'Emmanuel Schwartz, son souffle et sa justesse, dans tous les rôles qu'il a endossés.
Ensuite, ce qui frappe, c'est la cohérence de ce cycle que Mouawad a appelé Le Sang des promesses. On en avait déjà pris conscience, mais assister aux trois pièces, l'une derrière l'autre, permet de gouter à toutes les obsessions du créateur, à ses révoltes, à ses angoisses, à ses espoirs, en somme à sa foi, qui est aussi la nôtre. Il y a les motifs récurrents, les destins qui se répondent, parfois même des répliques qui réapparaissent. Dans les trois pièces des individus qui sont à un carrefour, au cœur d'une crise identitaire fondamentale. Au bout de la nuit, l'adhésion du public à cet univers tragique, épique, plus grand que nature, poignant, semble totale. Les applaudissements sont longs et nourris.
L'aventure comportait bien entendu quelques ralentissements - sur une traversée de onze heures, la chose est compréhensible -, mais tellement plus d'émerveillements, de gorges nouées et de communions. On reprochera peut-être à Littoral sa débauche de peinture (qui n'est évidemment pas sans évoquer Seuls) et quelques faiblesses dramaturgiques, mais on devra admettre qu'Incendies est une pièce dont la structure est quasi irréprochable. Certains trouveront que Forêts mise trop sur le pathos et que son intrigue est inutilement emberlificotée. Il faut dire que de ce côté-ci de l'océan, plusieurs critiques et un bon nombre de spectateurs se méfient du théâtre narratif, fondé sur le récit. J'ai même entendu des gens évoquer, à propos de Forêts, le cinéma plein de coïncidences tragiques de Claude Lelouch. Faut-il préciser qu'il ne s'agissait pas d'un compliment? Plusieurs spectateurs français auront aussi trouvé la langue québécoise ardue à décrypter. Personnellement, je me suis parfois ennuyé des éclairages et des scénographies initiales. Afin d'harmoniser les trois parties, Mouawad a opté pour un certain dénuement scénographique. Un choix qui se défend, mais amoindrit l'impact de certains passages, de certaines images. Ajoutons qu'on retrouve des comédiens avec un immense bonheur et on en découvre d'autres, convaincants et parfois même soufflants, comme Valeriy Pankov. Dans la peau de Nihad, le tireur d'élite d'Incendies, le jeune comédien russe est particulièrement troublant.
J'ai le sentiment d'avoir vécu une odyssée, un périple, un moment qui pourrait bien tenir une place importante dans l'histoire du théâtre québécois. Chose certaine, ce voyage offert par Mouawad et sa tribu valait bien mon voyage de ce côté-ci de l'océan. La bonne nouvelle, c'est que la trilogie sera, selon toute vraisemblance, de la programmation du prochain Festival TransAmériques et du Carrefour international de théâtre de Québec, en mai ou juin 2010. Probablement avec au même menu que Ciels, la nouvelle création de Mouwad, dernier volet du quatuor, un spectacle sur lequel, bien entendu, je vous livrerai bientôt mes impressions puisqu'il sera dévoilé à Avignon le 18 juillet prochain. En première mondiale. En attendant, lisez la critique de la trilogie par Brigitte Salino du Monde et celle d'Armelle Héliot du Figaro.
Photo Christophe Raynaud de Lage
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Festival d'Avignon : Wajdi Mouawad et les condamnés à mort
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Cette nuit, dans la cour d'Honneur du palais des Papes, Wajdi Mouawad et ses
comédiens ont offert Littoral, Incendies et Forêts, les trois premières
parties d'un quatuor intitulé Le Sang des promesses, à une foule de
mortels avides de communion. J'étais des leurs. Ça a débuté à 20h pour
se terminer autour de 7h du matin. Une expérience sans pareil. On peut
parler d'un accueil triomphal, du moins de la part du public. Reste à
voir ce que la critique va en penser. Je vous donne les détails demain.
Sans fautes. Je vous laisse avec une éloquente déclaration de Mouawad à Didier Mereuze du journal La Croix: «La pensée de la mort me met dans un état d'émotion fabuleuse. Elle me libère de tout ce qui est lié à la petitesse de notre être. Sans elle, le monde et la beauté ne pourraient exister. La consolation n'aurait plus sa place. Tant que des personnes ressentiront un vide et du chagrin parce que d'autres ont disparu, notre monde demeurera profondément joyeux. Lorsque je suis face au public, je me retrouve confronté à une infinité d'individus dont je ne sais rien, surtout pas leurs réactions. Ma seule certitude est qu'ils sont condamnés à mourir et que des gens en auront de la peine. C'est pour eux que je raconte des histoires. C'est pour eux que j'écris.»
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Festival d'Avignon : Mouawad sur tous les fronts
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Un mot sur la couverture médiatique du Festival d'Avignon. En arrivant, histoire de prendre le pouls, je me suis procuré les journaux et magazines culturels parus en France au cours des derniers jours. C'est impressionnant. D'abord parce que tous abordent le Festival et même que plusieurs lui accordent une place d'importance, mais ce qui impressionne tout particulièrement c'est qu'au cœur de cette vaste couverture médiatique, Wajdi Mouawad, notre Wajdi Mouawad, occupe une place de choix. L'artiste associé de la 63e édition du Festival a accordé des entretiens à une foule de médias: Le Monde, Libération, Le Figaro, La Croix, Télérama, Les Inrockuptibles, Le Matricule des anges, Ubu, et j'en passe. On lui pose surtout des questions sur le Liban, la guerre et l'exil, mais on lui parle aussi de l'avènement crucial du théâtre dans sa vie, du caractère narratif de son art, ce qui n'est pas courant sur les grandes scènes d'Europe par les temps qui courent, et de son rôle d'artiste associé. On dresse quelque chose comme un portrait, du moins on commence à le faire. Cela dit, on n'échappe pas à quelques inexactitudes. Notamment dans Le Monde, où on amalgame André Brassard et Claude Gauvreau. Viennent aussi de paraître à propos de Mouwad: un livre-conversation intitulé Voyage, chez P.O.L. (téléchargeable sur le site du Festival) et un autre, aux éditions joca seria, intitulé LesTigres de Wajdi Mouawad. On y trouve des témoignages de Lino, Stanislas Nordey et Isabelle Leblanc, entre autres. Un petit bijou.
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Festival d'Avignon : Jeanne Moreau au cœur d'une carrière
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Il n'y a pas vingt-quatre heures que le 63e Festival d'Avignon a pris son envol et déjà tant de choses se sont produites. Il y a eu l'accueil chaleureux de l'équipe du service de presse, des conférences avec Claude Régy, Hubert Colas, Rabih Mroué et quelques autres, mais surtout le troublant spectacle d'ouverture signé par Amos Gitai: La guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, créé d'après La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. La trouvant pleine de résonances contemporaines, le cinéaste israélien revient à cette partition historico-poétique dont il avait déjà fait un spectacle il y a plus de quinze ans. Malheureusement, cette fois du moins, il ne parvient pas à en faire surgir la théâtralité. On assiste plutôt à ce qu'on pourrait appeler - aussi antinomique que cela puisse paraitre - une mise en lecture à grand déploiement. En effet, au cœur de la carrière de Boulbon, celle-là même ou Peter Brook a créé son Mahabharata, Jeanne Moreau (posée là, toute propre et distinguée au milieu des horreurs de la guerre) et quelques autres comédiens se bornent à lire ou à réciter leurs textes, en diverses langues. Heureusement, il y a la magie du lieu, celle des éclairages de Jean Kalman, de la musique (notamment de très efficaces percussions sur échafaudages) et des chants yiddish, mais aussi le talent du comédien Eric Elmosnino, qui incarne un incandescent Eléazar (et qui jouera bientôt Gainsbourg dans un film réalisé par le bédéiste Joann Sfar). En somme, un spectacle d'ouverture qui est loin d'être sans qualité, mais qui, néanmoins, déçoit. Décoit parce qu'il ne parvient pas à restiter, par le truchement du théâtre, l'ampleur, la profondeur et la gravité de son sujet.
Photo Christophe Raynaud de Lage
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Festival d'Avignon : bientôt à destination
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En juillet 2001, je vivais l'une des expériences les plus extraordinaires de ma vie d'homme, de spectateur et de critique de théâtre: le Festival d'Avignon. Cette année, je remets ça! Lundi qui vient, en après-midi, je prends l'avion pour Paris, puis un autre pour Marseille, puis un train pour Avignon, la ville par excellence du théâtre. Du 7 au 29 juillet, c'est le 63e Festival d'Avignon! J'y serai durant deux semaines pour vous livrer les moindres détails de cette édition pas comme les autres.
Pas comme les autres parce que cette année l'artiste associé du Festival est Wajdi Mouawad, une figure de proue du théâtre québécois, un créateur pertinent, engagé, à la tête d'une œuvre qui renoue brillamment avec la tragédie et la narration. Bien entendu, l'œuvre de Mouawad sera à l'honneur: Littoral, Incendies et Forêts renaîtront dans la Cour d'honneur du Palais des Papes et Ciels verra enfin le jour. C'est un rendez-vous important. Une consécration. Mais la programmation donne plusieurs autres raisons de s'enthousiasmer. Seront de la partie: Krzysztof Warlikowski, Joël Jouanneau, Amos Gitai, Christophe Honoré, Denis Marleau, Claude Régy, Hubert Colas, Jan Lauwers, Rachid Ouramdane, Rabih Mroué, Stefan Kaegi, Christoph Marthaler, Pippo Delbono, Maguy Marin, Jan Fabre, Dave St-Pierre, Christian Lapointe et plusieurs autres. Pour tout savoir à propos des spectacles, des créateurs, des rumeurs, des moments de grâce, des déceptions, sans oublier la réception critique française et étrangère, suivez ce blogue et celui de mon collaborateur Philippe Couture. La prochaine fois, je vous écris de là-bas!
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Festival TransAmériques : bilan du jour 6
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Hier, jour 6 du Festival TransAmériques, entre les murs de l'Usine C, l'irrévérencieux Flamand Jan Fabre présentait L'Orgie de la tolérance, sa plus récente réalisation. Pour le Festival, c'est l'atteinte d'un premier sommet. Tout simplement galvanisante, cette féroce critique de notre société de consommation, de sa tyrannie, est un coup de fouet, un électrochoc, une irrésistible démonstration par l'absurde. Grâce à neuf extraordinaires interprètes, on rit, on s'amuse, on s'emballe, on tape du pied... tout cela sans s'arrêter une seule seconde de réfléchir à nos comportements, à notre rapport tordu à l'art, à l'autre, au corps et à l'objet. Ce spectacle, plus près du théâtre que de la danse, plus facile d'accès que la plupart des spectacles de Fabre, nous lance, sans condescendance aucune, une question cruciale: qui êtes-vous sans votre pouvoir d'achat? À voir ce soir et demain à 20h.
Photo Jean-Pierre Stoop
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