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Arts de la scène
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July 2007 - Messages
31 juillet 2007, 4:17
Ingmar Bergman 1918-2007

Ingmar Bergman
 
Lundi dernier, on apprenait que le Suédois Ingmar Bergman, cinéaste et metteur en scène, l'un des plus grands créateurs de notre temps, était mort à l'âge de 89 ans dans sa maison sur l'île de Faarö. Au moins autant que le cinéma, le créateur se passionnait pour le théâtre. «Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux pas exister sans faire de théâtre», avait-t-il déclaré. Toute sa vie, l'homme a effectué de féconds allers-retours entre la scène et l'écran. En 2002, il mettait en scène Les Revenants d'Ibsen, son 125e et ultime spectacle. L'influence de Bergman sur la pratique théâtrale mondiale est incommensurable.
31 juillet 2007, 2:09
Michel Serrault 1928-2007
Le 29 juillet dernier, à l'âge de 79 ans, Michel Serrault est décédé à la suite d'une longue maladie. Grand acteur de cinéma - il est apparu au générique d'environ 150 films -, il était aussi un homme de théâtre accompli.


Michel Serrault
Il apprend son métier au Centre d'art dramatique de la rue Blanche, à l'école de mime d'Étienne Decroux et au Conservatoire Maubel, tout en faisant de la figuration à la Comédie-Française. Plus à l'aise chez Molière que chez Claudel, son goût des singeries lui vaut d'être recalé au Conservatoire. Ce qui ne l'empêche pas de faire ses classes chez Charles Dullin et Jean-Marie Serreau.

La Cage aux folles au cinéma
 
En duo avec Jean Poiret, il a fait les belles heures des cabarets parisiens dans les années 50 et 60. En 1973, La Cage aux folles, une pièce de Poiret joué sept ans à Paris, lui apporte la consécration. L'adaptation au cinéma par Édouard Molinaro lui vaut le premier de ces trois César du meilleur acteur.

C. Thouvenin et M. Serrault dans L'Avare (2006)
 
En 1986, sous la direction de Roger Planchon, il est L'Avare de Molière, un rôle qu'il reprend vingt ans plus tard dans un téléfilm de Christian de Chalonge. Pour en savoir plus sur l'exceptionnel parcours de Michel Serrault, lisez Vous avez dit Serrault? (Pocket, 2002) et Les Pieds dans le plat! (Pocket, 2005). Le comédien y livre remarques, pensées et critiques éclairantes.
27 juillet 2007, 3:34
Un gala pas comme les autres
 
Mercredi soir, j'ai assisté à L'Autre gala, celui d'Arturo Brachetti et Franco Dragone. Je vous le dis d'emblée, j'ai passé une très belle soirée. Chargé de clore le 25e Festival Juste pour rire, le spectacle est un pur divertissement, un feu roulant de numéros à couper le souffle.

Brachetti et une marionnette de Soma International
Photo: Martin Alarie
 
Ici, enfin, l'humour est spectaculaire et cricassien, mais surtout universel et rassembleur. Franchissant la barrière des langues, transcendant la banalité du quotidien, la soirée est portée par le talent, l'agilité et le savoir-faire de ses multiples interprètes. Pour créer des liens entre les quelque vingt numéros du spectacle, Dragone (épaulé par le metteur en scène Pierre-Philippe Guay et le scénographe Michel Crête) a choisi de situer l'action dans un asile psychiatrique, une maison de fous où on rêve d'être enfermés. Des personnages étranges, des créatures intrigantes peuplent la scène, entrent et sortent, interagissent et font tourner en bourrique le maitre de cérémonie, l'attachant Brachetti, au demeurant très effacé. Une douce folie règne sur le plateau, une véritable complicité agit entre les membres de la troupe (dont plusieurs, il faut le dire, sont issus du populaire spectacle La Clique).
 
David O'Mer
Photo: SPG
Le Français Salah a démontré sa grande maîtrise du breakdance. Le Québécois Charlypop, une véritable boîte à rythmes, a créé avec sa bouche une panoplie hallucinante de sons. Je n'en croyais pas mes oreilles! Les marionnettes endiablées de Soma International (Serge Deslauriers et Énock Turcotte), il faut se retenir pour ne pas danser avec elles.

The English Gents
Photo: SPG
 
L'acrobate David O'Mer a une fois de plus utilisé les sangles aériennes (et sa baignoire) de manière extrêmement sensuelle. The English Gents, les acrobates britanniques, ont offert un numéro de main à main époustouflant. Juché en hauteur, l'équilibriste Dany Daniels a mis le feu à la salle. Et que dire de Captain Frodo, ce contorsionniste qui se glisse presque facilement à travers deux raquettes de tennis? En plus, il est drôle.
 
The English Gents
Photo: SPG
Voilà le genre de production qui pourrait tenir l'affiche d'un endroit comme le Casino de Montréal des mois durant. Il est d'ailleurs question d'une tournée. Pour le moment, le spectacle est au Théâtre St-Denis 1 jusqu'au 29 juillet. Sautez-sur l'occasion! Rés.: 514 845-2322.
25 juillet 2007, 5:09
Saltimbanco de retour au Québec

Photo: Céline Courchesne
 
Hier après-midi, le Cirque du Soleil invitait la presse à visiter les coulisses de Saltimbanco, une production qui s'installera au Centre Bell (Montréal) du 19 au 30 décembre et au Colisée Pepsi (Québec) du 3 au 8 janvier. Il faut savoir que le spectacle a été adaptée à la taille des arénas. Il peut maintenant être présenté devant 4000 à 5000 spectateurs.
 
Photo: Céline Courchesne
Créé en 1992, Saltimbanco, un spectacle hautement acrobatique inspiré du métissage et de l'urbanité des grandes villes, applaudi par plus de 9,5 millions de spectateurs dans le monde, n'a pas été présenté au Québec depuis 1994. Le Cirque du Soleil décrit le spectacle ainsi:
Saltimbanco - de l'italien saltare in banco, qui signifie littéralement «sauter sur un banc» - explore l'environnement urbain et ses multiples facettes: les gens qui y vivent, leurs différences et leur ressemblances, la famille et le groupe, le grouillement de la rue et les hauteurs vertigineuses des gratte-ciel. Entre cohue et harmonie, prouesse et poésie, Saltimbanco invite à un voyage allégorique et acrobatique au coeur de la cité.

Photo: Céline Courchesne
 
J'ai donc pu assister à une séance d'entraînement de la troupe, peu de temps avant son départ pour London en Ontario, première station d'une tournée qui visitera 40 arénas canadiens et états-uniens. Une bonne vingtaine des 51 artistes de la distribution, très internationale (20 pays), étaient présents. J'ai pu assister aux répétitions d'un impressionnant numéro de mâts chinois. À quelque 8 mètres du sol, des acrobates vêtus de couleurs vives se sont hissés, élancés et immobilisés avec grâce, force et rapidité. En somme, voilà une répétition qui met en appétit.

Photo: Céline Courchesne
 
Rés.: 514 790-1245, 418 691-7211 ou www.cirquedusoleil.com.
25 juillet 2007, 11:34
Les hommes viennent de Mars... en supplémentaires


Paul Dewandre
Le conférencier, écrivain et formateur Paul Dewandre, que ma collègue Fabienne Cabado a rencontré (lisez son article), prolonge les représentations de son solo Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, une adaptation officielle du livre à succès du psychologue états-unien John Gray. Selon le communiqué de presse:
L'originalité de ce spectacle tient au fait qu'il décrit les différences auxquelles chacun est confronté, mais en apportant aussi les pistes pour améliorer la qualité des relations. Avec humour et réalisme, avec beaucoup de vérité humaine et de sensibilité, Paul Dewandre, dans le rôle du sexologue-psychologue décalé, nous fait toucher à ces différences si réelles, à ces petits côtés de nous, innocemment féminins, typiquement masculins...
Au Lion d'Or (1676, rue Ontario Est), du 1er au 19 août, du mardi au dimanche à 20h. Rés.: 514 844-2172, 514 790-1245 ou www.admission.com.
24 juillet 2007, 11:39
Robert Lepage, auteur de théâtre

Robert Lepage
 
En Grèce, il y a quelques mois, alors qu'on lui remettait le prix Europe pour le théâtre, Robert Lepage déclarait assumer de mieux en mieux le titre d'auteur. Il faut savoir que pendant de nombreuses années le créateur d'images a considéré ses textes comme des partitions indissociables de la scène, des mots ne trouvant leur sens qu'au sein de la représentation. Maintenant réconcilié avec cette part de lui-même, Lepage publiait en juin dernier, aux éditions L'Instant même, les textes de ses deux derniers solos: La Face cachée de la lune et Le Projet Andersen. Comment ne pas se réjouir d'une telle initiative? Outre La Trilogie des dragons, écrit en collectif et paru, en 2005, à L'Instant même, aucun des textes de Lepage n'avait jusqu'ici fait l'objet d'une publication. La parution de deux d'entre eux, en plus d'être une excellente nouvelle, démontre que les pièces valent, à elles seules, leur pesant d'or. «Le spectacle de ce soir s'inspire en quelque sorte de la compétition entre ces deux peuples pour raconter celle de deux frères cherchant continuellement dans le regard de l'autre un miroir pour y contempler leurs propres blessures, ainsi que leur propre vanité.» (La Face cachée de la lune, p. 15)
 
La Face cachée de la lune
Dans La Face cachée de la lune, un solo créé en 2000 et transposé au cinéma en 2003, Robert Lepage établit un parallèle entre la lutte que se livrent les Russes et les États-Uniens pour la conquête de l'espace et celle qui oppose Philippe et André, deux frères on ne peut plus différents, dans les jours qui suivent la mort de leur mère. Si André incarne la réussite sociale absolue et Philippe, une utopie intellectuelle détachée du monde matériel, les deux frères parviennent à transcender leurs différences. Le livre est ponctué par des illustrations tirées du spectacle original, de sa reprise sur scène dans l'interprétation d'Yves Jacques, de même que du film. On trouve également des croquis réalisés par Lepage. Malheureusement, l'impression ne rend pas justice aux photos.

 
Mais ce n'est pas très grave puisque ce sont les mots qui nous intéressent ici. Par exemple: «Je me souviens que c'est à ce moment précis que j'ai pris conscience que j'étais fait de la même matière que les étoiles que je pouvais voir briller dans la nuit, que chaque atome de mon corps faisait partie d'un système pas mal plus complexe et pas mal plus vaste. Comme si j'avais un rôle à jouer dans l'univers, comme si j'étais moi-même une petite idée à l'intérieur d'un immense cerveau.» (La Face cachée de la lune, p. 61) En refermant le livre, on se prend à souhaiter, comme André Brassard dans la préface, «que ce texte circule et qu'un jour, un autre fou souhaite le remonter à sa façon, juste à partir des mots». «La morale? Je ne sais pas. J'imagine qu'Andersen tente de nous dire qu'il y a, en chacun de nous, une part d'ombre et que, si nous la laissons nous dominer, elle finit par nous détruire.» (Le Projet Andersen, p. 69)
 
Le Projet Andersen
Dans Le Projet Andersen, un solo créé en 2005, Frédéric Lapointe, le héros, débarque dans la Ville Lumière, un univers de contrastes, de labyrinthes absurdes et de bureaucratie internationale déshumanisée. Il vit au-dessus d'un peep-show, prend soin d'une chienne dépressive, tente d'entretenir une relation amoureuse par delà l'océan, tout ça en écrivant le livret d'un opéra qui n'intéresse finalement personne. Avec ce solo, une commande de la Fondation H. C. Andersen, Robert Lepage explore les territoires troubles de l'identité sexuelle, des fantasmes inassouvis et de la soif de reconnaissance, des thèmes récurrents dans son oeuvre mais aussi dans le destin et les contes d'Andersen.

 
Le livre, de bien plus belle facture que le précédent, est accompagné d'un DVD sur la création du spectacle. Lepage explique le fonctionnement de certains dispositifs, dévoile les coulisses en pleine action (grâce à une caméra infrarouge), présente quelques scènes rejetées et élabore sur les nécessaires adaptations du spectacle en langues étrangères. C'est intéressant, mais trop court, on en voudrait beaucoup plus. Lars Seeberg, secrétaire général de la Fondation H. C. Andersen en 2005, signe la préface.
20 juillet 2007, 2:46
Anne Roumanoff, Pierre Richard et une biographie

 
Il ne reste plus que neuf jours au 25e Festival Juste pour rire. Jusqu'ici, on ne peut pas dire qu'il s'agit d'une édition faste. Les spectacles sont nombreux, mais bien peu d'entre eux élèvent le débat au dessus des inépuisables rapports hommes-femmes. Certains humoristes ont même choisi de livrer de leurs vieilles blagues, à peine dépoussiérées.

Anne Roumanoff
Photo: William Let
 
Heureusement, mercredi soir, je suis allé voir l'irrésistible Anne Roumanoff au Théâtre St-Denis 1. Sa manière de rendre compte des bouleversements sociaux actuels, ses personnages si attachants, son jeu si convainquant. tout cela ne cesse de m'enchanter. Dans son spectacle, Anne a 20 ans, elle aborde des sujets comme la mondialisation, la surconsommation, la vieillesse et la chirurgie esthétique. Elle nous ramène aussi la désopilante poivrote et sa mordante critique sociale, sans oublier la bouchère pétri d'insécurité. Pas de doute, on a ici affaire à une vraie comédienne. Vivement qu'elle décroche un rôle au cinéma, elle le mérite pleinement!


Pierre Richard et Pierre Palmade
Photo: Anne Gayan
Hier soir, je me suis beaucoup moins amusé entre les murs de L'Olympia (une salle qui ne convient d'ailleurs pas du tout au théâtre) alors que Pierre Richard et Pierre Palmade défendaient leurs personnages caricaturaux dans Pierre et fils. Dans cette pièce à sketches truffée de blagues convenues et de clichés (notamment sur l'homosexualité), sur le fil bien mince d'une intrigue on ne peut plus prévisible, les deux comiques ennuient. Mieux vaut, je vous le dis, louer ou acheter l'un des nombreux films du roi des gaffeurs qui viennent de faire leur apparition en DVD.
 
En terminant, mentionnons que Jean Beaunoyer vient de publier aux Éditions La Presse un ouvrage intitulé Juste pour rire. La Biographie. Sur le quatrième de couverture on peut lire:
Gilbert Rozon a lancé, il y a de cela vingt-cinq ans, un événement qui est devenu le plus grand festival d'humour au monde. Raconter ces vingt-cinq ans du Festival Juste pour rire, c'est raconter l'une des plus spectaculaires success story du Québec. Juste pour rire. La biographie, rigoureusement documenté, retrace l'évolution du Festival depuis sa naissance, en 1983, alors que Charles Trenet sortait de l'oubli pour donner le coup d'envoi à cet événement annuel qui deviendra la fête internationale que l'on connaît aujourd'hui.
Le journaliste, à La Presse depuis plus de trente ans, qui a déjà consacré de semblables ouvrages à Céline Dion, Jacques Villeneuve, Alys Robi et le Cirque du Soleil, relate cette fois les faits saillants du Festival Juste pour rire, mais aussi les événements importants de la vie de son fondateur Gilbert Rozon et sa famille. Pour vous rafraichir la mémoire, c'est l'outil tout désigné.
17 juillet 2007, 12:41
Gad Bless America!

Gad Elmaleh
 
Hier soir, à la Salle Wilfrid-Pelletier, Gad Elmaleh a commencé son spectacle avec un peu plus d'une heure de retard. Les spectateurs, nombreux et gonflés à bloc, frappaient des mains pour que leur héros entre enfin dans la lumière. Ce qu'il finit heureusement par faire. Je sais bien que les Français n'en sont pas à un paradoxe près, mais quand même. Alors qu'une vague d'anti-américanisme est censée balayer l'Hexagone, les humoristes français se passionnent pour tout ce qui est «made in USA»? En effet, comme son compatriote Jamel Debbouze, Gad Elmaleh donne dans le stand up, un genre auquel nos voisins du sud ont donné ses lettres de noblesse. Quelle tristesse si les Français se mettent à imiter les comiques à l'américaine en nous restituant leurs banales observations quotidiennes!
 
Gad Elmaleh
Les affres du succès, de la technologie et, surtout, de la vie de couple... voilà les sujets de prédilection de Gad Elmaleh. On échappe pas non plus à la panoplie de gags sur les expressions et les habitudes des Québécois. Si j'ai bien plus souvent souri que ri, la foule, oserais-je dire conquise à l'avance, en redemandait. Ah oui, il est aussi question de son désir "refoulé" d'être chanteur. Avec un piano de concert et une guitare, le performeur s'en donne à coeur joie et livre, il faut le dire, le moment le plus dynamique de la soirée. Charismatique, Gad Elmaleh chante, danse, mime et raconte avec une énergie peu commune. Qu'il se rassure, ses galons de stand up comic, il ne les a pas volés. Seulement, tout cela manque d'esprit, de sarcasme, de profondeur et, osons le dire, de subtilité. Si la mode est à l'humour engagé, le moins que l'on puisse dire c'est que Gad Elmaleh est un artiste à contre-courant. En comparaison, Jamel Debbouze et sa bande sont de vrais socio-politologues. Ce matin, une lectrice m'a téléphoné pour me dire qu'elle avait le sentiment d'avoir été trompée. Dans l'entrevue qu'il a accordé à ma collègue Christine Fortier, Gad Elmaleh annonçait qu'il allait livrer à Montréal un spectacle tout neuf, une primeur intitulée Papa est en haut. Personnellement, je ne peux pas comparer puisque je voyais l'homme pour la première fois sur scène hier soir. Mais, à en croire la lectrice offensée et ma collègue férue d'humour, le spectacle présenté à la Place des Arts est en majeure partie composé d'extraits de L'Autre c'est moi, le précédent solo de Gad Elmaleh présenté à Montréal en septembre 2006. Dites-moi ce que vous en pensez. Avez-vous le sentiment d'avoir été trompé? Si vous aviez su, auriez-vous acheté des billets ou seriez-vous resté à la maison pour visionner le DVD?
16 juillet 2007, 5:11
Le Jamel Comedy Club

Jamel Debbouze
 
Hier soir, la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts était pleine à craquer. Venus des quatre coins de la ville, les admirateurs de Jamel Debbouze étaient bien décidés à rire haut et fort. À leur gourou, ils ont réservé un accueil digne d'une vedette rock. Il faut dire que le comédien français est particulièrement charismatique. Improvisant plus vite que son ombre, interpellant sans cesse les spectateurs, se déplaçant constamment, il prend littéralement possession de l'immense scène qui lui a été attitré. Après seulement quelques minutes, celui que tout le monde appelle simplement Jamel avait mis le public dans sa poche. Du parterre au paradis, on n'avait d'yeux et d'oreilles que pour lui.
 
Le Jamel Comedy Club
Cela dit, l'homme n'était pas seul. Au Jamel Comedy Club, les jeunes humoristes français se bousculent, brulent d'impatience de livrer leurs stand up. Les origines états-uniennes du genre ne sont d'ailleurs pas pour leur déplaire. Il faut entendre Jamel scander avec conviction "Everybody is an American!". Au coeur des brefs numéros dont la soirée est faite, il y a les origines (marocaine, algérienne, chinoise, malienne...) des humoristes, mais surtout l'enchevêtrement souvent délicat des us et coutumes de chaque peuple. Quand on ajoute à ce mélange déjà détonant un contact récent avec le Québec et une fascination pour le pays de l'Oncle Sam, on obtient un cocktail satirique et parfois même terriblement irrévérencieux. Dans cette soirée, il y a, il faut le dire, beaucoup de gags faciles, mais on entend aussi des remarques particulièrement crues, des vacheries qui n'épargnent personne, des observations triviales mais irréfutables qui remettent (drôlement) les grands conflits de notre monde en perspective. S'il y a des coups vraiment bas, il y a aussi entre les membres du Jamel Comedy Club une complicité palpable, une fraternité réconfortante. C'est probablement elle qui assure à la caravane autant de succès partout ou elle s'arrête. Ne la ratez pas, elle se pose une dernière fois ce soir à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Rés.: 514 845-2322.
16 juillet 2007, 1:34
La Belle bête (suite)

Photo: Carole Beaudry
 
Tout l'été, la troupe équestre Luna Caballera présente, sur le Site de la Nouvelle-France, dans le fjord du Saguenay, Terra, les chevaux du Nouveau Monde. Dirirgé par Alain Veilleux, le spectacle met en scène Marie-Claude Bouillon, Sébastien Chanteloup, Frédérique Foiret, Rachel Gauthier et Olivier Vidal, ainsi que dix chevaux et poneys. Avec cette production, la compagnie poursuit sa recherche autour du lien historique et symbolique entre le cheval et l'humain.

Photo: Carole Beaudry
 
Dans leur communiqué de presse, il est écrit:
Comment les chevaux et les habitants venus du Vieux Continent se sont-ils transformés au contact du climat, de la géographie et des premiers peuples de ce Nouveau Monde? Comment se sont-ils affranchis l'un et l'autre, dans leur quête de fierté et de liberté? Voilà le fil conducteur de cette aventure inédite, le vaisseau par lequel chevaux et artistes vous transporteront là où vous n'êtes encore jamais allés!
Les représentations ont lieu jusqu'au 19 août, du mardi au dimanche à 11h, et du 23 août au 2 septembre, du jeudi au dimanche, toujours à 11h. Info: www.sitenouvellefrance.com. Rés.: 1 888 666-8027.
16 juillet 2007, 11:31
Brèves de comptoir
En 2001, le Groupe Audubon en avait fait un spectacle mémorable. Cet été, c'est au tour des Enfants de la balle, une jeune compagnie composée de finissants de l'École nationale de théâtre et du Collège Lionel-Groulx, de concocter un délicieux moment de théâtre avec les Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio. Au quatrième de couverture de L'intégrale des brèves de comptoir, quatre tomes parus aux Éditions J'ai lu, on peut lire:
Durant quinze ans, Gourio a hanté les bars pour y saisir à la volée les phrases les plus saugrenues, les plus improbables, les plus irrésistibles, qu'il a consignées avec le soin d'un entomologiste dans ses Brèves de comptoir (également interprétées au théâtre et qui lui ont valu le grand prix de l'Académie française du jeune théâtre 2000). Journaliste et scénariste, il se consacre aujourd'hui exclusivement à la littérature. Il est l'auteur de nombreux romans, dont Chut! et L'Eau des roses.

Alexandre Préfontaine
 
Avec ces petits bijoux de bistrot, ces perles de taverne, ces merveilles de café enfumé, Catherine Vallée-Grégoire a construit un spectacle absurde, une aventure bondissante placée sous le signe de la gymnastique, celle du corps aussi bien que celle de l'esprit. Entre ces moments d'illuminations, dans cette véritable fête du langage, foisonnement d'inventions verbales et de jeux de mot, il n'y a pas véritablement de fil conducteur. Pourtant, les observations de ce groupe de clients avinés semblent se répondre, se faire écho, s'éclairer les unes les autres. Elles disent plus sur notre monde, sur nos rapports et sur la condition humaine que bien des traités savants. Certaines répliques sont drôles, d'autres sont d'une indéniable perspicacité et d'autres encore sont carrément poétiques.
 
Étienne de Santis Savoie
Dans le bar du Complexe du Montagnard, un lieu auquel Fanny Bisaillon-Gendron s'est efforcé de donner des allures parisiennes, Sarah Desjeunes, Josianne Dicaire, Alexandre Préfontaine, Étienne de Santis Savoie et Gabriel de Santis Caron donnent corps et âmes à cette bande de joyeux lurons. Leurs personnages (le soûlon de services, la serveuse qui rêve de devenir actrice, le lutin qui envie le Père Noël...) sont truculents, leurs répliques font mouche à tout coup. La mise en scène est si enlevée, si judicieusement chorégraphiée, qu'on ne voit pas le temps passer. Ce sera sans nul doute l'une de mes plus belles soirées au théâtre cet été. Si vous visitez Saint-Donat avant le 28 juillet, ne manquez pas de vous arrêter au Complexe du Montagnard (514, rue Principale, 819 424-1755), on y rit et on y réfléchit de bon coeur.
13 juillet 2007, 11:44
En tête à tête

Stéphane Bureau
 
À l'occasion des 25 ans du Festival Juste pour rire, Stéphan Bureau bombarde des humoristes québécois et français de questions. Son objectif: découvrir leur face cachée, révéler des anecdotes croustillantes et provoquer des confessions émouvantes. Destinées à être diffusées en août prochain sur les ondes d'ARTV et un peu plus tard en rediffusion sur les ondes de Radio-Canada, ces Grandes entrevues sont enregistrées en public, jusqu'au 16 juillet, à 12h et 15h. Michel Boujenah: vendredi 13 juillet à 12h Denise Filiatrault: vendredi 13 juillet à 15h Anthony Kavanagh: samedi 14 juillet à 12h Lévesque et Turcotte: samedi 14 juillet à 15h Jean-Guy Moreau: dimanche 15 juillet à 12h Daniel Lemire: dimanche 15 juillet à 15h Yvon Deschamps: lundi 16 juillet à 12h Gad Elmaleh: lundi 16 juillet à 15h Selon le journaliste-interviewer, la présence du public modifie en profondeur sa relation avec l'humoriste. Pour assister - gratuitement - aux dix enregistrements des Grandes entrevues, rendez-vous à la Cinquième salle de la Place des Arts (175, rue Sainte-Catherine Ouest).
11 juillet 2007, 12:05
La Belle bête
Saviez-vous que Gilles Ste-Croix, l'un des plus fertiles créateurs du Cirque du Soleil, l'homme derrière Cheval Théâtre, un spectacle présenté dans dix villes en Amérique du Nord qui mettait en scène 30 chevaux et autant d'acrobates, venait de fonder une nouvelle compagnie? Avec elle, Les Nouveaux Cavaliers, il présente Saka, un spectacle qui doit son nom à un peuple nomade qui a vécu dans les plaines eurasiennes 4000 ans avant notre ère, et qui a été le premier à domestiquer les chevaux pour s'en faire une monture ou un attelage. Saka, c'est du cirque à cheval, du théâtre équestre, un mélange d'art et d'athlétisme, de force et d'agilité, aussi bien de la part de l'homme que de celle de la bête.


Liberté
À peine arrivé sur le site du marché aux puces de Bromont que déjà on entre en contact avec les chevaux. En traversant l'écurie, on visite les vedettes dans leurs loges (ou, si vous préférez, leurs stalles), on admire leur superbe, cette force brute qui ne demande qu'à se déployer. Sous le grand chapiteau où 1000 personnes peuvent s'asseoir, on trouve une piste de 13 mètres, le terrain de jeu des chevaux et des acrobates-dresseurs. Au programme, les techniques les plus diverses: dressage, voltige, liberté, carrousel, poste hongroise, garotcha, cosaque et comique. La garotcha est un ballet raffinée et sensuel entre un cavalier, une perche, un cheval et une acrobate, une des plus beaux moments du spectacle. Le cosaque est sans conteste le passage le plus angoissant. Quand le cavalier passe sous le cheval en plein galop, on retient son souffle. À côté de tous ces exploits, le numéro des contorsionnistes et certains intermèdes comiques laissent, il faut le dire, plutôt froid.


Garotcha
Les spécialistes s'entendent pour dire que le spectacle, sobrement mis en scène par Fernand Rainville, n'a pas la poésie de Cavalia ou celle de Cheval Théâtre. Cela dit, les costumes de François Barbeau sont éclatants et raffinés, la musique électro-tzigane d'Alain Vinet, entraînante à souhait. Malgré l'absence de faste, la séduction opère incontestablement. Petits et grands sortent du chapiteau un grand sourire aux lèvres et leur coeur d'enfant encore tout palpitant. Jusqu'au 29 juillet, les vendredis, samedis et dimanches sous le grand chapiteau installé sur le site du marché aux puces de Bromont (Sortie 78 de l'autoroute 10). Rés.: 514 790-1245 ou www.admission.com.
10 juillet 2007, 11:17
Le 12e prix Europe est remis à...
 
Patrice Chéreau
Dans les champs qui nous intéressent, bien entendu, c'est ce qu'il est convenu d'appeler LA nouvelle du jour! Le 12e prix Europe pour le théâtre, l'une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine, a été décerné au metteur en scène français Patrice Chéreau. La cérémonie et les activités l'entourant se tiendront à Thessalonique, en Grèce, du 9 au 13 avril 2008.

Stefan Kaegi (Rimini Protokoll)
 
Depuis les années 60, Chéreau a démontré rigueur et audace dans toutes les fonctions qu'il a assumées. Acteur, metteur en scène (au théâtre aussi bien qu'à l'opéra), directeur artistique, pédagogue et cinéaste. tout ce qu'il touche se transforme en or. Le créateur français, qui a travaillé aux quatre coins du globe, était tout désigné pour ce prix.
 
Sasha Waltz
En parallèle, le 10e prix Europe Nouvelles Réalités Théâtrales sera remis à Rimini Protokoll, le passionnant collectif suisse (Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel) qui a présenté Mnemopark dans le cadre du dernier FTA, Sasha Waltz, la fascinante chorégraphe allemande, et Krzysztof Warlikowski, le metteur en scène polonais qui a impressionné les spectateurs du FTA en 2003 avec Purifiés de Sarah Kane.

Krzysztof Warlikowski
 
En avril dernier, j'ai eu la chance d'être invité à Thessalonique pour assister à la remise de ce prix à Robert Lepage. J'en garde de merveilleux souvenirs, pour la plupart gravés dans le blogue que j'ai tenu durant mon séjour sous le ciel de la Grèce. Rappelons qu'en 2008, au moment où Chéreau recevra son prix, Robert Lepage présentera à Thessalonique une nouvelle création en primeur mondiale.
4 juillet 2007, 11:55
Complètement Roumanoff

Anne Roumanoff
 
Le 19 juin, je vous parlais des DVD de trois humoristes. Après les avoir tous visionnés, je peux vous dire que l'un d'eux se démarque clairement du lot. J'ai été complètement séduit par Anne Roumanoff. Avant de regarder le DVD de Follement Roumanoff, un spectacle créé en 2003, je ne connaissais d'elle que quelques numéros attrapés au vol à la télévision. Maintenant, j'oserais dire que cette femme qui roule sa bosse depuis 1987 (elle avait 22 ans) est la digne héritière de Muriel Robin. D'abord, son humour est beaucoup plus fin que la moyenne. Puis ses personnages, nombreux et contrastés, plus vrais que nature, sont toujours attachants. La bouchère, la blonde, le chauffeur de taxi, la standardiste d'hôpital, la vieille dame... on ne veut plus les quitter. En bonus, on trouve des capsules «Comment mieux comprendre...», mais surtout le journal vidéo d'une escapade au Québec et une entrevue délicieuse et d'une honnêteté peu commune entre l'humoriste et sa soeur. En somme, j'ai été charmé et attendri par la femme et l'artiste, je compte bien aller la voir le 18 juillet à 19h au Théâtre St-Denis 2 (514-845-2322). Y serez-vous? Si on est chanceux, elle nous fera quelques extraits de son nouveau spectacle, Anne a 20 ans, présenté aux Bouffes Parisiens à compter du 26 juillet.
Christian Saint-Pierre
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