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Le blogue de Béatrice André
Le blogue de Béatrice André
Coups de coeur, coups de gueule. Tout ce que j'aime ou qui me gonfle, je le partage avec vous.
17 octobre 2008, 11:22
Fotheringay : l'improbable suite

 

En 1969, l'exceptionnelle chanteuse anglaise Sandy Denny quittait Fairport Convention pour fonder son propre groupe, Fotheringay. Entourée de son futur mari Trevor Lucas, de Gerry Conway, Jerry Donahue et Pat Donaldson, elle grava un seul album sous ce nom avant de dissoudre finalement la formation pour se consacrer à sa carrière solo. Cet unique disque est considéré à fort juste titre comme l'un des témoignages les plus essentiels du génie qui éclairait la scène folk britannique de cette période. Il est aussi peut-être bien la plus belle réussite de Sandy.

Trois décennies plus tard, nous apprenions que Jerry Donahue avait l'intention de rassembler quelques inédits du groupe enregistrés au début des années 70 afin de confectionner ce qui aurait pu être le deuxième album de Fotheringay si Sandy avait choisi de poursuivre la belle aventure. Nous pouvions alors trépigner d’impatience devant la suite annoncée à cette perle folk tant écoutée, mais aussi craindre que le musicien décide de dénaturer les maquettes originales en les habillant d’arrangements modernes racoleurs. Mais il n’en est rien. Jerry a plutôt choisi de restaurer ces vieux enregistrements en démontrant un respect remarquable envers ses artisans. En résulte un disque magnifique, un complément essentiel à cet unique album que Fotheringay publia lors de son existence.

Seules deux chansons ne parviennent pas à s’harmoniser avec le reste du répertoire du groupe : les trop country-popisantes Knights Of The Road et I Don't Believe You. Le reste de l’album se compose en partie de morceaux qui ont certes été repris par les musiciens du groupe pour leurs projets musicaux de l’après Fotheringay, mais ce disque nous offre d’en découvrir les premières moutures, vibrantes et princières.

Je vous propose de faire connaissance en musique avec ce qui s’annonce déjà comme l’une des plus belles surprises folk de 2008 en allant sur mon blogue à cette adresse :

http://www.rock6070.com/blog


18 septembre 2008, 10:53
Entrevue avec Jim McCarty des Yardbirds



Ils étaient cinq garçons dans le vent, cinq jeunes anglais passionnés par le blues de ces vieux musiciens noirs de la lointaine Amérique qu’ils découvraient par la radio. Lorsqu’ils décidèrent de fonder leur groupe en ce mois de mai 1963, ils ignoraient alors qu’au fil des deux décennies suivantes, ils se partageraient l’honneur d’être à l’origine de quelques-unes des formations les plus extraordinaires de toute l’histoire du rock (Cream, Led Zeppelin, Jeff Beck Group...) ! Jim McCarty, batteur des mythiques Yardbirds, qui fondera plus tard Renaissance, m'a accordé un entretien exclusif. Micro !

Béatrice : Enfant, quels sont les musiciens qui vous ont donné envie de faire de la musique ? Qu’est-ce qui vous a poussé vers la batterie ?

Jim McCarty : Lorsque j’étais enfant, j’aimais tous les styles de musique, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Je faisais partie de la Boys Brigade, une sorte d’organisation semi-militaire comme les Scouts. J’y ai appris à jouer du tambour de marche. C’est là que tout a commencé. Puis j’ai assisté à une répétition d’un groupe de rock dans une maison voisine, et j’étais totalement sous le charme !

Béatrice : On parle beaucoup de plagiat ces dernières années, mais il semble que c’était une pratique courante dans les années 60 et 70. Les Yardbirds ont eux-mêmes repris Dazed and Confused de Jake Holmes sans le créditer. Comment les musiciens percevaient-ils cette pratique à l’époque ? Avaient-ils le sentiment de voler un confrère ou trouvaient-ils simplement que ça faisait partie des règles du jeu

Jim : Je suppose que nous « volions » certaines chansons, ce qui n’était pas correct. Mais nous avons aussi joué des morceaux d’autres musiciens que nous créditions. Nous en changions tellement les arrangements qu’ils en devenaient différents des originaux. Nous les yardmerisions ! On a joué avec Billy Boy Arnold la semaine dernière. À l’époque, nous avions repris deux de ses chansons et lui avons fait gagner de l’argent (à condition bien sûr que les éditeurs l’aient payé !)

Béatrice : Selon vous, lequel des quatre guitaristes a le plus apporté aux Yardbirds ?

Jim : Je pense que Jeff Beck a vraiment mené les Yardbirds là où le groupe est devenu légendaire. C’est en grande partie à lui qu’on doit les arrangements que nous avions faits à cette époque.

Béatrice : Quel était votre sentiment quand les Yardbirds se sont séparés en 1968 ? Étiez-vous soulagé? Amer ?

Jim : J’étais très heureux de mettre fin au groupe. J’étais épuisé et j’en avais assez de tout ça. Peut-être que si nous avions fait une pause, nous aurions pu nous ressourcer, mais nous étions brûlés à force d’être toujours sur la route. C’était la seule façon de gagner de l’argent à l’époque. Quelques mois après notre rupture, quelqu’un est venu me voir avec des photos de Led Zeppelin jouant devant 50 000 personnes. C’était un sentiment étrange...

Béatrice : Avez-vous gardé de bons contacts avec Anthony Topham, Eric Clapton, Jeff Beck, Paul Samwell-Smith et Jimmy Page ?

Jim : Je suis principalement en contact avec Jeff, qui est resté un bon ami. Jimmy est venu nous voir quand nous sommes allés jouer à Reading en juin dernier. Et Top, je le vois de temps en temps. Eric, ça fait un moment que je ne l’ai pas vu.



Béatrice : Parlez-nous de Knowing that I’m losing you (ndlr : cette chanson sera reprise par Led Zeppelin qui en fera Tangerine sans créditer les Yardbirds). Comment la chanson a-t-elle été créée ? Qui y a principalement collaboré ? Qu’avez-vous pensé quand vous avez entendu Tangerine pour la première fois et constaté que Jimmy Page ne créditait que lui pour ce morceau ?

Jim : Knowing that I’m losing You est l’une des cinq chansons que nous avons enregistrées avant la séparation du groupe, probablement en 1968. Je ne pensais pas grand chose de ce matériel jusqu’à ce que je l’entende récemment. Jimmy est certes beaucoup à l’origine de ce morceau, mais c’est Keith qui en a écrit les paroles. Et il me semble qu’elles ont été en partie reprises pour Tangerine. Jimmy n’écrivait pas de paroles, alors vous pouvez en tirer vos propres conclusions…

Béatrice : Quels musiciens écoutiez-vous à l’époque où vous avez fondé Renaissance ? Lesquels vous ont inspirés ?

Jim : Pour Renaissance, nos influences allaient de Simon and Garfunkel à Hair en passant par le jazz, et évidemment la musique classique que John Hawken a ajouté à l’équation.

Béatrice : Pourquoi n’avez-vous enregistré qu’un seul album avec Shoot ?

Jim : Je souhaitais en enregistrer un autre avec Shoot, mais le succès était si mince que la maison de disques n’a pas souhaité y donner suite.

Béatrice : Les années 60 et 70 ont été un terrain propice à l’expérimentation de toutes sortes de drogues. Puis vint la mort de Jimi Hendrix, de Janis Joplin, de Jim Morrison, l’intérêt du public pour d’autres musiques qui vous poussaient hors de la scène. Comment les musiciens ont-ils vécu cette difficile période de transition ?

Jim : Cette période était très autodestructive ! Un jour, j’ai eu une si mauvaise expérience en prenant de l’acide que j’ai rejeté tout ça pour de bon. Mais d’autres n’ont pas eu autant de chance…

Béatrice : Parlez-nous de Keith Relf. Comment a-t-il vécu l’après Yardbirds ? Dans quel état d’esprit vivait-il dans les années 70 ? On lit ici ou là qu’il était ruiné, déprimé. Rumeur ou réalité ?

Jim : Keith s’est vraiment perdu avant de mourir en 1976. Il était très fauché, se droguait et devait s’occuper de ses deux fils. Je ne pouvais plus travailler avec lui. Il était trop lourdement dépressif.

Béatrice : Quel est l’album dont vous êtes le plus fier (que ce soit avec un groupe ou en solo) ?

Jim : Je pense que Roger the Engineer (The Yardbirds, 1966) a été l’album le plus amusant à enregistrer. Nous composions beaucoup dans le studio, avions l’occasion de rire. Nous avons enregistré les parties de batterie plutôt chouettement, alors j’étais satisfait du résultat. C’était aussi une belle expérience d’enregistrer Out of the Dark, mon album solo. Il y a tellement de personnes qui m’ont encouragé, et quand c’était terminé, j’étais heureux d’avoir mon propre CD.



Béatrice : Quels sont vos projets sur le plan artistique ?

Jim : Je suis en train de terminer un autre album solo que j’enregistre à Toronto, avec quelques excellents musiciens locaux. Un disque de meilleure qualité que Out of the Dark, mais bientôt, je vais devoir me heurter au problème de la distribution...

Béatrice : Arrive-t-il qu’on vous aborde en vous confondant avec le Jim McCarty de Cactus ? Si oui, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Jim : Je n’ai vécu qu’une situation où on m’a confondu avec l’autre Jim McCarty. Quelqu’un m’a envoyé un email pour me commander des enregistrements de rockabilly, et j’ai réalisé qu’il pensait s’adresser à l’autre Jim McCarty. Je suis aussi allé à un concert de Steely Dan dans les années 70, et Jeff Baxter a annoncé que la prochaine chanson était dédicacée à Jim McCarty, mais je ne sais pas s’il parlait de moi !

Béatrice : Quels sont les disques que vous aimez écouter en ce moment ?

Jim : J’écoute toujours tous les styles de musique, mais pas trop en ce moment. J’ai un CD de Ali Farka Toure que j’aime beaucoup. Il n’y a plus beaucoup de chanteur comme ça aujourd’hui !

Béatrice : Parlons de Renaissance... Quel rôle avez-vous réellement joué entre les albums Illusion et Prologue ? On sait qu’en 1970, les membres fondateurs se sont retirés un à un et que John Hawken a pris le destin du groupe en mains, réunissant de nouveaux membres, dont quelques-uns recrutés chez les Nashville Teens. On sait qu’Hawken ne s’est finalement pas reconnu dans la formation avec Binki Cullom et qu’il s’est retiré. Vous êtes alors revenu. Quel était alors votre rôle dans ce groupe ?

Jim : Au départ, Keith et moi avions décidé de cesser de jouer dans le groupe et de nous contenter de rester dans l’ombre, en écrivant ou en produisant. Puis Keith a vite disparu, et j’ai continué à travailler sur mes idées de chansons. Jane Relf m’a parlé d’une poétesse de Cornwall, Betty Thatcher, qui souhaitait écrire des chansons. Elle m’a proposé de m’envoyer les poèmes que je pourrais essayer de mettre en musique. Je pense que le meilleur exemple de cette collaboration est Bound for Infinity, qui n’était pas vraiment une réussite sur l’album de Renaissance. Ma version était meilleure, mais personne ne l’entendra jamais ! Par la suite, ils ont écrit leurs propres chansons avec Mickey Dunford, et comme je ne faisais plus partie du groupe, j’ai fini par perdre contact avec eux...

Béatrice

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Par quels albums commencer pour découvrir Jim McCarty en musique ?



Yardbirds
Roger the Engineer
1966
À écouter ici : http://www.rock6070.com/indexyards1.htm

null

Renaissance
Same
1969
À écouter ici : http://www.rock6070.com/KeithJim1.html

Renaissance
Illusion
1971
À écouter ici : http://www.rock6070.com/KeithJim2.html



Shoot
On the Frontier
1973
À écouter ici : http://www.rock6070.com/McCarty1.html



Illusion
Out of the Mist
1977
À écouter ici : http://www.rock6070.com/KeithJim3.html



Stairway
Moonstone
1988
À écouter : http://www.rock6070.com/McCarty2.html



James McCarty
Out of the Dark
1994
À écouter ici : http://www.rock6070.com/McCarty3.html


Jim McCarty Blues Band
Outside woman blues
2001
À écouter ici : http://www.rock6070.com/McCarty4.html


17 septembre 2008, 3:42
John Kay - L'après Steppenwolf


Dans sa chanson For the women in my life, John Kay se raconte :

I remember I was barely four
When mama told me "Daddy's gone : died in the war
He won't be home again"
I never knew him, a picture's all I had
Mama raised me all by herself through good and bad

Joachim Fritz Krauledat en 1944 dans l’Allemagne en guerre, John n’avait pas que de bonnes fées pour se pencher sur son berceau. Il avait un an quand son père est mort au combat. Encore bébé, il dut fuir l’arrivée des soldats russes dans les bras de sa mère par un rude hiver. Ils partirent vivre plus loin, tout en restant dans ce qui deviendra plus tard l’Allemagne de l’Est.

3 ans passèrent. L’enfant ne cessant de pleurer dès qu’il était exposé au soleil, on consulte un médecin. Son diagnostic est sans appel : Joachim souffre d’une maladie génétique qui provoque une très forte sensibilité à la lumière, sa vue est faible et il est daltonien. « L’enfant a besoin d’une bonne alimentation », soufflera le docteur à sa mère. Ce que, dans cette ville pauvre d’Arnstadt, celle-ci traduisit par « Partez à l’Ouest, pour le bien de votre fils ».

Fuir l’occupation soviétique fut un périple dangereux. Il permettra toutefois à Joachim (prononcer yoarim) de connaître une enfance plus paisible à Hannovre, en Allemagne de l’Ouest. Il grandira donc bercé par la culture germanique. Mais c’est le rock chanté en anglais qui le fascine dès son plus jeune âge, même s’il ne comprend pas encore un traitre mot de cette langue. 



À 14 ans, nouveau départ, nouvelle vie. Sa famille part s'installer au Canada. Joachim y apprendra l'anglais, changera son nom pour John Kay, jouera d'abord dans un groupe baptisé The Sparrows avant de connaître la gloire avec Steppenwolf, dont il emprunta le nom à un roman d'Hermann Hesse, ainsi que le lui suggéra le producteur du groupe, Gabriel Mekler (Der Steppenwolf, le loup des steppes, qui se prononce chtépène volf en allemand).

En 2001, John a enregistré un bel album pour lequel il renoue avec sa passion pour le blues (Heretics And Privateers). Et, sans se faire bêtement moralisateur, il y dénonce ce vers quoi notre monde s’oriente toujours de plus en plus. L’aveuglement lié à notre course vers la surconsommation, la culture du me, myself and I, l’aliénation du peuple dirigé par la pub et les médias. Dont il parle dans Endless Commercial :

Modern life's got you down? We got pills for all your ills
All you gotta do is buy a lifetime supply of magic potions
You won't know what to feel, what is fake and what is real
As they slowly take control of your mind and your emotions
Until you finally tow the line
You're not exempt, no you won't be forgotten
Take it from me, we know how to push your buttons
What you believe ain't subject to debate
We'll let you know what to love and what to hate
You'll be confused morning noon and night
We'll keep your senses occupied till your lobotomized
We'll entertain you till we drive you to drinking
Did you believe we want you to start thinking?


Récemment, un journaliste allemand a écrit un long et magnifique article sur John Kay. Plus précisément, sur John et lui… Ils se connaissaient quand John vivait encore en Allemagne. «Hannovre après la guerre : deux enfants jouent au foot. L’un d’entre eux chantera plus tard Born to be wild, l’autre deviendra journaliste et racontera leurs retrouvailles 50 ans plus tard ». Texte fort émouvant…

Si vous comprenez  l’allemand, vous pouvez le lire ici :

http://www.zeit.de/2008/08/Born-to-be-wild?page=1  
22 août 2008, 7:09
Argh ! Retenez-moi ou je fais un massacre !
Quelqu'un peut-il me dire pourquoi, dans cette gigantesque ville qu'est Montréal, il est impossible de trouver l'album de Fleet Foxes en vinyle quand certains de mes amis l'ont acheté au fin fond de leur contrée rurale en Europe ? Hein ? Pourquoi ? Même au 33 Tours, qui vend pourtant nombre de rééditions vinyles, même des illégales (Savage Resurrection chez Tapestry Records, par exemple) je ne l'ai pas vu ! Pas plus chez Beatnik où le vendeur m'a regardée comme si je débarquais d'une soucoupe volante verte quand j'ai demandé s'il avait ça en magasin. Il n'avait jamais entendu parler de ce groupe... Je ne veux pas me contenter des MP3 téléchargés il y a un moment déjà ! Je ne veux pas davantage l'acheter en petite galette insipide logée dans son lamentable étui en plastique avec sa pochette minuscule. Je l'exige en vinyle, puisque ça existe ! Pourquoi diable Montréal traîne-t-elle donc la patte quand le vinyle retrouve enfin ses lettres de noblesse ? Pourquoi Archambault se contente-t-il de vendre quelques rares et lamentables 33 tours planqués à la fin d'une quelconque section comme si c'était seulement pour remplir un espace vide ? Comment se fait-il que, lorsqu'on vit dans l'une des plus grandes villes du monde, il nous faille acheter nos disques sur eBay et payer des frais de port parce que les marchands d'ici préfèrent remplir leurs étalages de daube archi-commerciale ? Hein ? Pourquoi ?
2 juillet 2008, 9:29
Et l'histoire dans tout ça ? On s'en fout !




Je m'attendais à un navet. Je n'ai pas été déçue. C'est un navet. Il aurait toutefois été quelque peu surprenant qu'un réalisateur qui choisit un sujet aussi ambitieux que le règne et la chute d'Anne Boleyn pour son premier film puisse s'en sortir honorablement. S'il fallait se fier au récit maladroit de Justin Chadwick, le roi Henri VIII est un pauvre con qui n'a qu'un seul intérêt dans la vie : la baise. Et monsieur a du goût ! Il se fait successivement Scarlett Johansson et Nathalie Portman !

L'histoire d'Angleterre vue par Chadwick est digne d'un roman Harlequin. Henri VIII n'est pas un roi tyrannique qui, disent certains, aurait inspiré la légende de Barbe Bleue, c'est un bellâtre au sourire Émail Diamant qui se laisse manoeuvrer comme un deux de pique par Anne Boleyn, jouée par une Nathalie Portman tout aussi crédible qu'un rat d'égout qui jouerait MacBeth dans une décharge municipale. Scarlett Johansson s'en sort mieux grâce à un décolleté plongeant qui arrondit quelque peu l'intérêt microscopique du film.

Bien sûr, le réalisateur prend de grandes libertés avec l'histoire. Que Mary et Anne ne se parlaient plus avant la coupe têtesque de cette dernière, on s'en tape ! La ménagère de 50 ans et sa petite fille veulent des grands sentiments, des dentelles, des beaux bijoux. Pas la vérité ni un film ronflant sur l'importance capitale du règne d'Anne Boleyn sur l'histoire de l'Angleterre.

Énervant, clinique, académique, prétentieux et inutile...

Ma note : à chier !


7 février 2008, 11:18
Jackson C. Frank - Le blues gagne la partie

 

La vie est une enfant de chienne ! Le 2 mars 1943, elle s’est penchée sur le berceau de Jackson C. Frank, lui a fait don d’un talent inouï pour la musique, et le lui a fait ensuite payer en lui allouant un destin si misérable qu’il a dû lui en vouloir à mort de l’avoir mis au monde ! Il avait onze ans quand cette salope lui a asséné son premier coup bas. Jackson vivait alors à Cheektowaga, dans l’état de New York. Ce qu’il préférait de l’école, c’était les cours de musique qui se donnaient dans une petite annexe toute de bois bâtie. Ce jour-là, elle a flambé, emportant dans sa mort 18 gamins. Jackson a survécu à ce massacre, mais les sept mois de calvaire qu’il passera à l’hôpital et les cicatrices tant physiques que psychologiques qu’il en gardera lui auront peut-être fait regretter parfois de ne pas avoir ajouté ses cendres à celles de ses petits camarades en ce jour maudit.

Sa bataille contre le désespoir, il l’aura gagnée grâce à cette guitare que l’un de ses professeurs lui a apportée pendant sa convalescence. Jackson avait déjà une voix d’une beauté et d’une pureté rares. Il a vite appris à l’habiller d’accords. Et il a perfectionné plus tard son jeu lorsqu’il a pu convaincre sa mère de lui acheter une guitare électrique, une Gretsch Streamliner avec laquelle il pouvait s’éclater en reproduisant les chansons d’Elvis, sa grande idole. Cet Elvis qui n’aura pas su que l’inspirer, mais lui aura aussi offert l’un des plus beaux moments de sa vie, de ceux dont il se sera probablement souvenu quand, tout au fond du gouffre, il aura cherché désespérément une image à laquelle se raccrocher. Elle s’est imprimée dans sa mémoire quand il avait 13 ans. Sa mère l’a emmené visiter Graceland. Si Jackson caressait l’espoir d’entrapercevoir le King, celui-ci l’aura comblé bien davantage en allant à sa rencontre et en l’invitant à entrer chez lui.

À 16 ans, Jackson se lance dans le rock’n’roll avec un pote. Puis se découvre une passion dévorante pour le vieux folk, particulièrement celui chanté pendant la guerre de sécession. Peu de temps après, il fait la connaissance de John Kay, futur chanteur de Steppenwolf, et hante avec lui les clubs où se produit la scène folk locale. Révélation ! Il sera chanteur. Ou journaliste, si chanter ne le mène à rien. Il s’inscrit alors au Gettysburg College, mais laisse finalement tomber l’idée de se lancer dans les études lorsqu’un coup du sort le dédommage pour ce qu’il a enduré enfant. Il a 21 ans quand il perçoit 100 000 $ d’une compagnie d’assurances, une véritable fortune dans les années 60. Ne sachant que trop bien à quel point la vie peut être éphémère, Jackson décide d’en claquer le maximum, là, et s’achète immédiatement une Jaguar.

Avec Kay, il roule jusqu’au Canada, traîne dans les clubs de Toronto et y fait la connaissance de quelques musiciens qui, comme eux à ce moment-là, s’illuminent au son du blues de John Lee Hooker et de Muddy Waters. Mais Jackson ne s’enflamme pas que pour la musique. Il aime aussi les bagnoles. Il lit dans un journal que les ventes d’automobiles les plus alléchantes se font à Londres. Il ira donc en Angleterre !

C’est au cours de son voyage en mer que Jackson C. Frank compose sa toute première chanson. Celle qui l’immortalisera, qui sera reprise encore des décennies plus tard par des jeunes musiciens qui le découvriront et seront foudroyés par le génie exceptionnel de ce gars méconnu. Dans Blues run the game, Jackson se raconte, étale le bleu de son mal à l’âme, le noie dans l’alcool et le dépeint de cette voix si incroyablement mélancolique et douce qui caresse ces mots :

When I ain’t drinking, baby,
You are on my mind,
When I ain’t sleeping, honey,
When I ain’t sleeping, Mama,
When I ain’t sleeping
Well you know you’ll find me crying.

Arrivé en Angleterre au milieu des années 60, Jackson C. Frank découvre rapidement un monde plus fascinant encore que celui des bagnoles qui l’avaient attiré sur le vieux continent. Le Swinging London fourmille alors de jeunes musiciens folks pour lesquels l’excentricité est socialement acceptable. Le contraste avec l’Amérique rigide que Frank laisse derrière lui est si saisissant qu’il en est euphorique. Il se lie vite d’amitié avec trois musiciens, Al Stewart, Art Garfunkel et Paul Simon. Ce dernier, totalement subjugué par ce qu’il entend lorsque Jackson lui joue quelques-unes de ses chansons, lui propose sur le champ de produire son premier album, ce que son compatriote accepte bien sûr sans une seconde d’hésitation. Al Stewart, qui a assisté à l’enregistrement de l’unique disque de Jackson C. Frank en compagnie de Simon et de Garfunkel, racontera plus tard que le musicien doutait tant de lui et était si nerveux qu’il demanda qu’on le cache derrière un écran pour que personne ne puisse le voir chanter. « C’était assurément la session d’enregistrement la plus étrange que j’aie connue, ajoutera-t-il. Quand Paul disait « ok, on y va », il y avait d’abord deux ou trois minutes de silence absolu. Puis émergeaient cette voix et cette guitare magnifiques… »

L’album séduira grandement la communauté folk du Swinging London. John Peel le fera même jouer souvent lors de sa légendaire émission de radio à la BBC. La réaction des auditeurs est si fulgurante que Peel se décide à inviter Jackson à venir chanter en direct. La télévision emboîtera le pas, ce dont il ne reste malheureusement que trop peu de témoignages visuels.

En ce Londres de 1965, Jackson fait également la connaissance d’une jeune infirmière de 19 ans, Sandy Denny. Elle est aussi peu sûre d’elle qu’il l’est lui-même. Ils se lient d’amitié, puis s’aiment rapidement. Quand Sandy s’essaye à interpréter les nouvelles chansons de Jackson, il sait que son avenir ne peut être ailleurs que dans la musique. Il la persuade de laisser tomber son emploi pour se plonger corps et âme dans le folk. C’est devant lui, en privé, qu’elle interprètera Who knows where the time goes et Fotheringay pour la première fois.

Jackson C. Frank fascine le public et les artistes d’alors autant par sa musique que par cette belle extravagance derrière laquelle il cache son manque d’assurance. Si Nick Drake, Bert Jansch et quelques autres reprennent ses chansons en les enregistrant chez eux ou en les jouant en concert, Al Stewart se souvient encore de ces tenues délirantes que Frank se plaisait à porter, de cette volonté manifeste qu’il avait de dépenser tout l’argent qu’il possédait, peut-être parce qu’il l’associait à l’incendie dont il trimballait toujours les séquelles psychologiques.

Frank savoure à peine son succès en terre anglaise que Londres devient déjà incontournable pour les musiciens folks qui commencent à se faire nombreux à débarquer de leur lointaine Amérique, diluant ainsi l’intérêt des mélomanes qui ne savent plus qui aller voir en concert de Bob Dylan, John Baez, Tim Hardin, Ramblin’ Jack Elliot ou tellement d’autres fraîchement arrivés. Jackson les accueille tous à bras ouverts, paye le repas aux plus fauchés, introduit ses compatriotes musiciens auprès du propriétaire du club le plus fréquenté par les amateurs de folk, Les Cousins. Jusqu’en 1967, il attire lui-même des foules nombreuses à ses concerts.

Mais 68 marque le début d’une désillusion qui le plongera dans une dépression dont il ne se relèvera jamais. Il compose difficilement de nouvelles chansons. Elles reçoivent un accueil tiède de la part d’un public qui se laisse porter aveuglement par un courant musical qui s’éloigne du folk introspectif pour s’ouvrir au hardrock. Jackson comprend alors que son rêve d’enregistrer un deuxième disque sera d’autant plus irréalisable qu’il apprend que les ventes de son premier album n’ont jamais décollé en Amérique. Sa maison de disques le lâche. Ruiné, déprimé, il se décide à retourner vivre aux États-Unis. Là, à Woodstock, il dirige un journal local pendant quelques années. Mais ce chien de destin s’acharne encore sur lui, cassant l’union qu’il formait avec un mannequin anglais, lui enlevant le fils qu’elle lui avait donné, atteint d’une fibrose kystique dont il meurt. Jackson, brisé, s’effondre. On l’hospitalise.

Sa descente aux enfers durera jusqu’au début des années 90. Inhumainement longtemps, il errera d’une institution psychiatrique à l’autre. Quand il n’y sera plus le bienvenu, il végètera dans la rue, triste clochard que plus rien ne distingue d’un autre. En cette sombre époque où l’on ne sait pas faire la différence entre la maladie mentale et la dépression sévère guérissable, on lui colle l’étiquette de schizophrène paranoïaque, on le bourre de médicaments, on noie son âme et sa créativité dans des substances chimiques. Puis vient un miracle tardif ! Il s’appelle Jim Abbott, il est un passionné de musique et flâne dans une boutique de disques d’occasion. Là, il tombe sur un vinyle d’Al Stewart, son célèbre Year of The Cat. Sur la pochette, il déchiffre ces quelques mots écrits à la main : « Regards to Jackson. The Blues Run The Game. Al ». Intrigué, il demande au vendeur s’il comprend ce que ça veut dire. Celui-ci lui répond que le Jackson d’Al est un clochard qui vient parfois lui revendre des vieux disques qu’il trouve çà et là. Abbott part à sa recherche, ne le trouve pas, et finit par oublier la dédicace pendant quelques années.

Jusqu’à ce que sa curiosité soit de nouveau piquée lorsqu’il s’achète l’album So Clear de John Renbourn dans lequel il trouve une reprise de Blues Run The Game. Et lorsqu’il lit le nom de Jackson C. Frank dans une biographie de Paul Simon. Il demande alors à un professeur avec lequel il partage sa passion pour le folk s’il a déjà entendu parler de ce mystérieux musicien. Étrange coup du sort… Ledit professeur connaissait personnellement Jackson C. Frank qui venait de lui envoyer une lettre dans laquelle il le priait de l’aider à quitter New York et trouver un endroit où loger à Woodstock. « Te sens-tu prêt à venir en aide à un chanteur folk possédé par la malchance ? », demande-t-il à Abbott.

Il l’est ! Il prend contact avec Jackson, l’aide tout d’abord à trouver un endroit où dormir, puis vient lui rendre visite pour la première fois. S’il n’avait jamais rien vu d’autre de lui qu’une photo datant des années 60, il a un choc monumental en découvrant ce gros monsieur dont il racontera plus tard qu’il lui faisait penser à Elephant Man. « Il n’avait rien. C’était tellement triste ! Il sortait juste pour manger et retournait à sa chambre. J’en avais les larmes aux yeux. Je le retrouvais quinquagénaire, et tout ce qu’il possédait était une vieille valise et une paire de lunettes cassée. »

Avec l’aide d’Abbott, qui parvint à lui faire obtenir des droits d’auteur sur son seul album, réédité dans les années 70, Jackson part s’installer à Woodstock. Mais auparavant, le destin s’acharnera une fois de plus sur lui. Alors qu’il est assis dehors, tranquille, un dingue lui tire une balle dans l’œil gauche, l’éborgnant sans raison.

Jackson C. Frank vivra quelques années moins malheureuses jusqu’à ce que son cœur le lâche, le 3 mars 1999, le lendemain de son 56e anniversaire. Lourdement handicapé par des années à dormir dehors, obèse, gros fumeur, avec une balle toujours logée dans l’œil, la bienveillance d’Abbott n’aura pu le sauver d’un départ précoce. Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes artistes qui, comme Counting Crows ou Eddi Reader, le découvrent et reprennent ses chansons. Veulent en connaître davantage sur ce musicien exceptionnel. Prennent connaissance de ce destin sordide qui fut le sien. Et se disent que la vie est vraiment une enfant de chienne !

Pour écouter l'album complet de Jackson C. Frank :

http://www.rock6070.com/Frank.html

Béatrice André


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30 janvier 2008, 12:46
Lisa Portelli - Des bulles électriques

Lisa n’a que 20 ans. L’âge qu’ont quelques aspirants musiciens qui choisissent de se faire bâtir par d’autres une carrière facile, font trois petits tours à la télé, et puis s’en vont. 

Elle a enregistré un album surprenant, savant mélange de décharges électriques et d’émotions douces, aériennes comme des bulles de savon, limpides comme l’eau. Ses propres goûts musicaux n’ont pas de frontière, la promenant de Keren Ann à Noir Désir en passant par Bach, Joanna Newsom ou Gainsbourg.

De ce rare amalgame d’influences est né un premier disque formidablement original, riche. Je vous propose de le découvrir en écoutant trois chansons sur mon blogue :

http://www.rock6070.com/blog/

Pour en savoir plus sur Lisa Portelli :
http://www.myspace.com/lisaportelli

Béatrice


24 janvier 2008, 12:52
The song remains sacrément the same !

 

Eh oui, génial, super, encore un Led Zepp ! Ça manquait cruellement à l'amateur de musique. Une énième réédition, un remâchage, rabâchage de l'oeuvre de la bande à Page. Pendant que les majors se font des couilles en or en recyclant éternellement la musique à laquelle on a déjà accès depuis longtemps, l'oeuvre de ces musiciens fabuleux que Led Zeppelin a plagiés dort en partie encore sur des étagères poussiéreuses.

Page disait avoir été obsédé par Bert Jansch, à qui il a piqué quelques morceaux au passage en se les créditant à lui-même. Plusieurs albums de Bert n'ont jamais été réédités et finissent par se faire oublier. Il existe une multitude de disques absolument géniaux, enregistrés durant les années 70, qui appartiennent aux 4 principales maisons de disques qui les laissent moisir parce qu'elles préfèrent rentabiliser ad nauseam les Led Zepp, Stones et compagnie. Les musiciens de nombre de ces groupes oubliés ne peuvent rien y faire puisqu'ils n'ont souvent ni les maquettes d'origine, ni l'autorisation de rééditer eux-mêmes leur vieux disque.

Résultat : il existe un gigantesque trafic d'albums réédités illégalement, sans l'accord des musiciens, vendus partout sur la planète, parfois même par le biais de marchands virtuels sérieux comme Amazon qui ne savent même pas qu'ils offrent des bootlegs à leurs clients ! Presque tout le gigantesque catalogue des années 60 et 70 est en voie d'être réédité par des labels comme Progressive Line, Tapestry Records et des dizaines et des dizaines de labels frauduleux qui profitent de l'inertie des maisons de disques qui en possèdent les droits, et qui préfèrent s'enrichir encore avec les 10 plus grosses pointures du rock des années 60 et 70.

Génial ! Un grand pas pour la culture ! Je vais attendre la 392e compilation de Led Zeppelin pour me l'acheter peut-être. En attendant, je me contenterai de mes vieux vinyles et j'encouragerai financièrement des artistes qui le méritent vraiment.


23 janvier 2008, 3:34
Fred Vidalenc - l'entrevue sincérité

En théorie, le fait que Fred ait été le bassiste de Noir Désir aurait dû lui assurer de rencontrer une oreille publique attentive. Mais la direction qu’il a choisi de prendre pour enregistrer ses deux albums en solo le mène loin du manège médiatique. Sur le sentier à la fois paisible et tortueux des souvenirs de son enfance, ou au large, en mer, là où il est bien. Frédéric se fait habile conteur et nous chante d’une voix douce, à la singularité attachante, ses petites terreurs d’hier dans lesquelles on redessine les nôtres. Trop somptueux pour la radio, divine offrande pour le fin mélomane.

Fred Vidalenc a eu la gentillesse de m’accorder un peu de son temps pour me parler de sa musique, de celle des artistes qui l’ont inspiré, de son opinion sur le téléchargement illégal. Entrevue sincérité avec l’un des musiciens les plus attachants de la scène française actuelle.

Quand est né véritablement ton désir d’enregistrer en solo ? Était-ce alors que tu faisais encore partie de Noir Désir ?

Fred : Non, je ne faisais plus partie de Noir Désir quand j’ai commencé à écrire en solo. Noir Désir est un vrai groupe, avec une grande implication de chacun des musiciens. C’est un groupe fatiguant, avec lequel il y avait pas mal d’engueulades, de désaccords, mais aussi beaucoup de complicité, de fraternité, de complémentarité. Je n’avais pas envie alors d’écrire des choses pour moi-même parce que j’étais pleinement heureux au sein de cette grande famille.Écrire des chansons pour moi m’est venu peut-être un an après mon départ de Noir Désir, quand j’ai commencé à m’emmerder un peu. Au début, je trouvais ça assez chouette de faire autre chose que de la musique. Mais peu à peu, je me suis assis de nouveau à une table, pour jouer de la guitare et installer des ambiances. Puis j’ai écrit des textes sur ses ambiances, d’abord en me faisant aider par une amie dont j’apprécie beaucoup l’écriture. Et puis j’ai fini par lui faucher le stylo pour tout écrire moi-même.

Tes deux albums sont résolument plus orientés vers le folk que vers le rock. Tu collaborais à la composition des morceaux de Noir Désir. Qu’y apportais-tu précisément ?

Oui, effectivement, les deux albums sont plus folks. C’est quelque chose qui me convient mieux, que je fais assez naturellement. J’aime bien cette expression, elle rejoint ce que j’ai toujours écouté dans mon coin. Ça correspond bien au langage et au type de voix que j’ai. Je suis très sensible aux mélodies simples du folk, aux guitares sèches.Dans Noir Désir, c’était complètement différent. Je n’ai plus eu véritablement envie de faire du rock tout seul parce que je crois que le rock, c’est un truc de groupe. Je me suis toujours senti extrêmement à l’aise en groupe pour faire et écrire du rock. Ce que j’apportais à Noir Désir ? Peut-être justement des morceaux un peu plus mid tempo comme Septembre en attendant, par exemple. Mais vraiment, c’était plutôt mélangé. À l’intérieur de Noir Dez, j’avais une inspiration tout à fait rock. Et d’ailleurs, je pense que si je devais rejouer en groupe, j’aimerais probablement faire du rock.

Travailles-tu sur un troisième album ? Quels sont tes projets sur le plan musical ?

Oui, je travaille sur un troisième album. C’est un vrai bazar, parce qu’il faut à chaque fois repartir complètement dans le vide, se dire qu’une fois qu’on aura fini, on n’est pas sûr d’avoir un contrat avec une maison de disques. Même si ce n’est pas censé jouer un rôle sur le plan de la composition d’un album, malgré tout, ça travaille un peu au fil du temps. Cette impression de monter tout le temps la même colline, de se réveiller et de se retrouver en bas. Je n’ai pas encore d’orientation bien précise pour ce nouvel album. Je commence à écrire des chansons, et je vais voir ensuite vers où elles veulent partir. Je ne pense pas que ce disque sera radicalement différent. Mais j’ai toujours envie de tenter de nouvelles aventures.


Tu veux bien me parler de tes premières amours musicales ?

Mes premières amours musicales remontent à ce que j’écoutais enfant. J’ai la chance d’avoir grandi dans une famille qui écoutait plutôt de la musique de qualité. Je veux dire qu’on n’écoutait pas Sheila et Ringo, ou des trucs comme ça. Pas de la variété mauvaise. Ma mère écoutait beaucoup ce qu’on appelait les grands chanteurs français. Brel, Piaf, Barbara, Ferré… Mon premier amour musical était sans doute Piaf, dont le côté mélodramatique me tordait le cœur. 

Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de jouer de la musique à ton tour ? 

Des copains, qui avaient ramené une guitare à l’école, et qui jouaient des chansons de Brassens ou Lennon. C’est ça qui m’a donné envie de faire de la musique. Pouvoir participer à ce truc-là, prendre ce bout de bois pour faire de la musique avec les autres. 

Te souviens-tu de ta première rencontre avec la musique ? Ton premier choc ? Peux-tu me le raconter ?

Des grands chocs, il y en a eu plusieurs ! Les Clash en concert, le Gun Club, que j’adorais. D’ailleurs, j’écoute de la musique pour ça, je vais à des concerts pour prendre des tartes. Mais ça n’arrive pas tous les jours, seulement quelques fois dans une vie.

Peux-tu me citer les musiciens des années 60 et 70 que tu admires le plus, que tu écoutes encore aujourd’hui ?

J’adore Leonard Cohen, c’est l’une de mes influences de base. Et Neil Young, évidemment, les Moody Blues, Janis Joplin. La voix de l’ange… Et Hendrix, bien sûr. Curieusement, pas tellement les Doors. C’est assez drôle, parce qu’on a souvent fait un rapprochement entre les Doors et Noir Désir. Mais moi, ils m’ont toujours un peu emmerdé…

Et parmi les musiciens actuels, lesquels t’intéressent particulièrement ?

C’est marrant, parce que j’ai peu l’habitude de dissocier les musiciens d’hier et ceux d’aujourd’hui. Je mélange un peu tout, quoi ! J’aime bien Herman Düne. Il y a quelque chose d’élégant là-dedans. Dans un autre registre, j’aime Jan Garbarek, presque froid, terriblement technique, avec des énormes arrangements. Ce que j’écoute sinon : le dernier album de The Coral, c’est bien foutu, c’est le savoir-faire anglais pour monter une mélodie imparable. Isobel Campbell et Mark Lannegan aussi, pour l’ambiance que j’aime beaucoup.Chez les Français, le dernier Benjamin Biolay me semble bien. Et je viens d’écouter le nouvel album d’Alexandre Varlet. Vachement bien aussi. Et il y a Philippe Katerine, qui a fait un truc génial, entre l’extrêmement fin et le complètement secoué. Il faut un sacré talent pour faire ça.

J’ai moi-même découvert ta musique en solo parce qu’elle circulait illégalement sur Internet. J’ai tant aimé que j’ai fini par acheter tes deux albums. Que penses-tu du piratage ? Es-tu totalement contre ou es-tu plutôt heureux que le téléchargement illégal puisse te faire connaître plus largement ?

Je suis entièrement pour le téléchargement le plus débridé possible. Dans mon cas, c’est une formidable opportunité. En solo, je dois vendre peut-être 4000 albums. Donc l’ouverture qui se crée grâce à Internet est extraordinaire. Alors n’hésitez surtout pas !

Par contre, il y a un truc qui pourrait être rigolo. On se pose souvent la question : « Combien de fois on a été téléchargé ? Combien de gens nous ont écouté ainsi ? » Avant, quand ça ne circulait que par disques, on le savait, ça nous donnait un renseignement précieux pour notre propre satisfaction. Alors je ne sais pas, il y aurait peut-être un truc à faire de ce côté-là. Par exemple, quand un mec télécharge notre album, il pourrait nous envoyer un mot pour nous souhaiter notre anniversaire, nous dire « Tiens, je t’ai téléchargé. » Ça pourrait être une sorte de code. Comme ça on saurait qu’on a été téléchargé tant de fois, ça fait toujours plaisir…

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Pour en savoir plus sur Fred, rendez-vous sur son site à cette adresse : http://www.fred-vidalenc.com

Pour écouter quelques chansons de Fred, allez sur mon blogue à cette adresse :

http://www.rock6070.com/blog/

Béatrice


2 décembre 2007, 4:00
Alexandre Varlet a le ciel en fête

 Varlet

 
À 23 ans, Alexandre Varlet offrait au répertoire français l’un de ses albums les plus exceptionnels : Naïf comme le couteau. Une splendeur folk renversante, illuminée par un jeu de guitare flamboyant, une voix grave, belle à faire fondre un iceberg en hiver, et des textes qui se distançaient brillamment de ceux, d’un réalisme calculé, auxquels la nouvelle chanson française avait déjà trop souvent recours. Les critiques fort élogieuses qui ont accueilli ce premier opus promettaient à Varlet un avenir aussi brillant qu’il le souhaitait. Seulement voilà, la vie est parfois une salope, et sa proie de prédilection est le musicien fragile. Trois mois après la sortie de Naïf comme le couteau, la maison de disques qui avait signé cette perle mettait la clef sous la porte, rejetant jusqu’au rivage la vague qui la portait vers le succès.

Ceux qui ont succombé d’emblée au charme de cet album singulier ont attendu fidèlement 5 ans qu’Alexandre Varlet leur revienne sur disque. Sorti en 2003, Dragueuse de fond nous l’a ramené tout aussi ardent et troublant, mais également riche d’une maturité qui habillait somptueusement ses nouvelles chansons. Ce deuxième disque a été encensé presque unanimement par l’ensemble des médias français. Mais si les fidèles admirateurs d’Alexandre ont été entièrement comblés par cette nouvelle splendeur, le grand public n’a pas suivi, trop abruti par le matraquage médiatique qui propulse sur le devant de la scène des produits commerciaux brailleurs tout droit sortis du très petit écran…

Après deux disques aussi forts et 4 ans d’attente, on pouvait craindre légitimement que le troisième album d’Alexandre Varlet puisse décevoir. D’autant plus qu’on nous l’annonçait différent, plus rock, teinté de cette cold wave dont il se nourrit depuis son adolescence. Mais il n’en est rien. Dès les premières minutes d’écoute du Varlet nouveau, Ciel de fête, on renoue avec l’embrasement que provoque cette guitare toujours aussi obsédante. À l’intro instrumentale folk (que ne renierait pas un Bert Jansch) suit avec une fluidité étonnante une bombe rock décapante qui ensoleille actuellement les ondes des radios en France (Montre-toi). Toujours cette voix, ces textes magnifiques qui portent haut ces décharges de riffs nerveux, parfaitement balancés, et ces sublimes moments de douceur folk.

Ciel de fête est un album totalement réussi. Ne reste plus qu’à espérer une longue panne de télé mondiale pour que le public sorte de son salon et parte à la découverte des musiciens qui méritent vraiment de porter ce nom. Et qu’Alexandre Varlet n’attende pas 5 ans pour nous offrir une quatrième merveille.

Pour l’écouter :

http://www.myspace.com/alexandrevarletmusic


20 septembre 2007, 9:25
Linda Perhacs
Devendra fait partie de cette nouvelle génération de chanteurs folk qui puisent leur inspiration créatrice aux sources de leur maîtres d'hier. L'exceptionnel groupe américain Espers transpire l'influence de Pentangle par tous les pores de sa musique. On ne s'étonne pas, d'ailleurs, que la chanteuse de cette formation ait eu l'honneur d'accompagner Bert Jansch lors de sa récente tournée nord-américaine. Fionn Regan a ce même Bert dans ces "amis MySpace". Avis aux amateurs de folk ! Fionn, le Nick Drake du nouveau millénaire, sera à Montréal le 27 septembre. Ne le manquez surtout pas ! Vous ne le savez peut-être pas encore, mais vous allez le regretter très amèrement dans quelques mois... Si Devendra partage avec Espers et Fionn Regan cette passion pour Jansch, il cite aussi presque religieusement une autre de ses influences majeures lors des entrevues qu'il accorde : Linda Perhacs, qui a enregistré l'un des albums les plus renversants et les plus exceptionnels de toute l'histoire du folk en 1970 (Parallelograms). Une perle vaporeuse unique qui, souhaitons-le très fort, sortira enfin de l'ombre grâce à Devendra qui a offert à Linda de partager l'une des chansons de son nouvel album (Freely). Je vous propose d'écouter l'album de Linda Perhacs dans son intégralité sur mon site à cette adresse : http://www.rock6070.com/Perhacs.html Quant au nouveau Banhart, il alterne les morceaux dispensables (2 ou 3, tout au plus), avec les chansons coups de foudre qui font de ce Smokey Rolls Down Thunder Canyon un album essentiel que se doit d'écouter tout amateur du genre.
17 août 2007, 7:43
Ah bon...
Quelle surprise de lire tant d'éloges pour cette vieille maîtresse profondément soporifique ! Breillat nous avait habitués à mieux. À pire aussi, il est vrai... Si Romance charmait par l'audace de la réalisatrice, le ton du propos et ses images pornographiquement novatrices, À ma soeur avait déjà cette tendance à nous endormir tant tout y semblait malhabile. Jusqu'à cette fin qui nous réveillait en sursaut et nous laissait sur un profond sentiment de malaise. Breillat semblait vouloir se racheter d'avoir pondu un somnifère en nous le faisant avaler par une grande claque dans la gueule. Dans cette Vieille maîtresse, aucune trace de provocation. Breillat ne se démarque pas des autres cinéastes comme elle a su le faire parfois brillamment par le passé. Pire, elle semble vouloir suivre cette tendance qu'ont ces dernières années quelques-uns de ses confrères réalisateurs ou consoeurs réalisatrices hexagonaux. Raconter une histoire d'une façon si linéaire que son principal acteur est l'ennui. Comme lors du visionnement du Grand Meaulnes ou de Lady Chatterley, au bout d'une demi-heure, on se demande comment tenir jusqu'au bout sans déranger nos voisins de salle par nos ronflements, on se fout royalement de connaître la suite de l'histoire, et on attend impatiemment la délivrance : le générique de fin. Grosse déception !
17 mai 2007, 8:41
12 moments de pur bonheur !
Il n'y a rien d'opportuniste dans Twelve ! L'envie d'enregistrer des chansons des Doors, de Jefferson Airplane ou de Jimi Hendrix n'a pas germé récemment dans la tête d'une Patti Smith en manque d'inspiration. Elle caresse ce désir de rendre hommage à ceux qui l'ont inspirée depuis des lustres. Mais Patti craignait que sa voix ne soit pas à la hauteur de l'admiration qu'elle porte à Bob Dylan et à ces autres légendes de la scène musicale des années 60 et 70. Aujourd'hui, à 60 ans, elle est en pleine possession de ses capacités vocales. Elle est prête pour son unique album entier de reprises. Et nous, ses fans de la première heure, le sommes aussi ! Tout dans Twelve est remarquable ! Sa relecture très personnelle de Smells like Teen Spirit que Patti habille de velours, le désir qu'elle a de respecter l'oeuvre de Grace Slick en n'y changeant quasiment rien, sa version de Soul Kitchen qui nous replonge dans l'ambiance d'Easter ou de Horses par son style. Et même le choix d'une chanson de Tears for Fears, très bien interprétée, qui démontre que contrairement à tant d'autres musiciens de sa génération dont l'intérêt pour la musique reste collé à une lointaine époque, Patti n'a cessé de s'intéresser à ce qui s'est enregistré au fil des dernières décennies. Le seul reproche qu'on pourrait faire à l'artiste, c'est d'avoir choisi de reprendre dans la plupart des cas des chansons très connues de ces musiciens qu'elle admire. De chanter White Rabbit quand interpréter Today ou Lather aurait été plus judicieux. Mais Smith souhaitait peut-être rendre davantage hommage à Grace Slick qu'à Jefferson Airplane. Elle aura donc choisi LA chanson révélatrice de l'immense talent de Slick. Si certains se plaisent à juger Patti Smith en inventant une justification purement mercantile à Twelve, d'autres savourent pleinement cette tranche de bonheur que Patti Smith s'est offerte, et qu'elle a donnée à ceux qui sauront l'apprécier.
12 avril 2007, 9:40
Hypocrisie !
L'industrie du cinéma est aussi aveugle que l'a été celle du disque il y a 10 ans, lorsque Napster a fait sa première apparition sur le Web. Ces deux industries ont tellement minimisé l'impact du piratage qu'ils en payent maintenant les conséquences ! Et c'est bien fait pour eux ! Parlons de l'autre aspect du piratage. Celui des internautes qui filment en salle non pas pour vendre l'oeuvre sur DVD, mais pour la proposer gratuitement sur les réseaux d'échange. Il y a des limites à ne pas dépasser quand on prend les internautes pour des cons ! On met tout à notre disposition pour pirater la musique et les films, on nous vend des graveurs double couche, on nous propose une connexion à Internet hyper chère pour avoir droit à un téléchargement illimité, et on voudrait qu'on ne s'en serve pas ? Mais dans quel monde vivent-ils, ces bonzes de l'industrie ! Pourquoi les internautes téléchargent-ils les films au lieu d'aller au cinéma ? Pour la même raison qui les pousse à pirater la musique. PARCE QUE LA PLACE DE CINÉMA COÛTE DE PLUS EN PLUS CHER ! Normal, à force de payer les acteurs plusieurs dizaines de millions de dollars par film, le seul moyen de rentabiliser la chose est de prendre le cinéphile pour une vache à lait ! Seulement voilà, en cette ère où l'internaute a les outils en main pour forcer l'industrie du divertissement à le respecter, ça ne marche plus ! Ils pourront chercher à inciter les gouvernements à voter des lois agressives, ils pourront mettre des gamins qui filment pendant la projection en prison, jamais ils n'arrêteront le piratage. Il y aura toujours des réseaux privés, des internautes qui mettront leur disque dur à la disposition des autres 24h sur 24 et y proposeront des divx. La solution, elle est ailleurs, et elle est simple ! Baisser le prix des entrées au cinéma et le prix des CD au magasin ! Et comprendre qu'aucune mesure répressive ne viendra à bout du piratage. Bien au contraire, ça l'encourage !
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