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Antidote
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25 juin 2008, 1:41
Invitons-nous à la fête!
En fondant Québec, il y a quatre siècles, Samuel de Champlain faisait bien plus que créer une ville sur le cap Diamant: il ancrait la présence francophone en Amérique et entreprenait l'écriture d'une histoire qui n'est pas près de s'éteindre. Il inaugurait une lignée d'illustres fondateurs, venus de partout en Europe, qui incluait, bien sûr, les Laviolette et les de Maisonneuve, mais aussi les Peter Stuyvesant (New York), les John Winthrop (Boston) et les Jean-Baptiste Le Moyne (La Nouvelle-Orléans), pour n'en nommer que quelques-uns.

Bref, c'est à l'intérieur des murs de Québec que naissait, d'une certaine manière, la vie urbaine en Amérique du Nord et que commençaient à prendre forme les moteurs économiques d'aujourd'hui.

Dans ce contexte, il ne fait aucun doute dans mon esprit que le 400e anniversaire de la ville de Québec nous offre aussi à nous, Montréalais, bien des raisons de célébrer. À mes yeux, il s'agit de rien de moins que l'événement de l'année 2008, sans oublier que la fête n'est qu'à 250 kilomètres de chez nous!

Ainsi, les Montréalais sont non seulement invités à célébrer et à redécouvrir leur capitale, mais ils sont aussi - et surtout - conviés à s'approprier une partie de la fête. Tout cela pour dire que le 400e et les célébrations qui l'entourent ne sont pas seulement l'affaire de Québec, mais de tout le Québec.

Depuis le début de l'année, on a fait grand cas dans nos médias des péripéties encourues par les responsables de l'organisation des fêtes du 400e. À mon avis, il est bien dommage que de tels problèmes portent ombrage à l'envergure de l'événement. Aussi, on peut regretter que la promotion de la fête elle-même n'ait pas pris davantage de place dans l'espace médiatique montréalais et que l'effervescence de la fête ne se soit pas complètement rendue jusqu'à nous.

Qu'à cela ne tienne! Le 400e, c'est aussi un peu notre fête et, dans ce contexte, il n'y a pas 36 solutions: on fait nos valises et on s'invite! C'est d'ailleurs dans cet esprit, celui de prendre l'initiative et de joindre la fête, que j'ai lancé une première invitation, à l'autre bout de la 20, au maire de Québec, Régis Labeaume. C'était la première fois, en 400 ans d'histoire de Québec et en près de 200 ans d'histoire de la Chambre, que le maire de la capitale venait à notre tribune. C'est tout dire du caractère exceptionnel et - puisque c'est le thème! - historique de cette visite.

En venant à notre tribune pour discuter des célébrations du 400e, mais également de la complémentarité entre la capitale et la métropole, de leur potentiel et de leur capacité à travailler ensemble encore davantage, le maire Labeaume, accompagné du maire Gérald Tremblay, a répondu à l'appel. Et à voir défiler dans les bulletins de nouvelles les images des deux maires s'entendant comme larrons en foire, je me suis dit que cela avait vraiment valu la peine de créer l'événement et de provoquer les rencontres.

Ce faisant, nous avons pu en profiter pour rappeler aux Montréalais qu'ils sont effectivement conviés à être parties prenantes du quadricentenaire de leur capitale. J'ose espérer que nous avons pu ainsi amorcer un mouvement et créer des circonstances favorables pour nous permettre d'envisager avec enthousiasme la suite des choses.

À cet égard, les maires Tremblay et Labeaume ont beaucoup parlé de la notion de complémentarité qui existe entre leurs deux villes. Or, on a beau dire que c'est avant tout la complémentarité qui prévaut entre Montréal et Québec, que l'existence d'une rivalité est une légende urbaine - ou une "légende FM" -, il faut tout de même en faire la démonstration.

Justement, le 400e, c'est ça aussi: l'occasion idéale de prouver clairement que la notion de complémentarité ne figure pas seulement dans les discours et les manuels d'économie, mais qu'elle existe et qu'elle peut s'exprimer dans la fête.

Sur ce, convergeons fièrement vers la capitale et souhaitons-nous bonne fête!


4 juin 2008, 1:11
Plan de déplacement urbain du Plateau-Mont-Royal: ça marche!
 "L'automobile ne peut être le véhicule de sept milliards d'êtres humains, fusse-t-elle de format compact, Smart et Tata à la fois, ou qu'elle fonctionne à l'électricité, à l'hydrogène ou au biocarburant (comme le démontrent les conséquences perverses de la production de ces énergies). Ce n'est pas viable."

Cet extrait de l'introduction du Plan de déplacement urbain (PDU) de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, rédigé par le conseiller du district du Mile End, Michel Labrecque, résume très bien le sentiment qui se dégage de cette lecture.

Le PDU vise d'une part à faire augmenter les déplacements en transport en commun de 27,6 % aujourd'hui à 29,6 % dans 10 ans et les déplacements en transports actifs de 36,7 % à 41,8 % durant la même période. En ce qui a trait aux déplacements en automobile, l'objectif de l'arrondissement est de les réduire de 27 % d'ici 2018.

Ces objectifs peuvent paraître ambitieux et, pourtant, le PDU s'inscrit clairement dans la voie de ceux d'autres grandes villes comme Londres, avec son système de paysage au centre-ville, Paris, dont l'objectif est de réduire les déplacements en automobile de 40 % et Portland, qui constitue un modèle pour le transport en commun en Amérique du Nord.

Le PDU prévoit 50 actions, qui vont de la piétonnisation de certaines rues à l'augmentation du nombre de voies cyclables en passant par le projet de tramway sur l'avenue du Parc. L'arrondissement veut également s'attaquer aux stationnements illégaux, rediriger et diminuer le trafic de transit de 20 % d'ici 2023.

J'entends déjà certains automobilistes, peut-être un peu exaspérés par l'augmentation des prix du pétrole, me dire que les écolos et autres bien-pensants font, injustement, le procès de la voiture. Or, il n'en est rien. Croyez-le ou non, la plupart des écolos ne sont pas anti-voitures (j'ai bien dit la plupart) que nous utilisons d'ailleurs nous aussi... Même si je ne possède pas de voiture, je parcours environ 2000 km par année en voiture, principalement pour des déplacements liés au travail à l'extérieur de Montréal.

Le problème n'est pas tant la voiture que l'utilisation abusive que nous en faisons et la place immense que nous lui avons accordée en tant que société.

On estime que l'espace urbain utilisé par la voiture en milieu urbain est de 40 % (rues, ruelles, routes, autoroutes, stationnements, etc.) alors que celle-ci ne représente que 34 % des déplacements. On consacre cinq fois plus d'argent aux routes qu'on ne le fait pour le transport en commun. Nous voulons que nos enfants marchent pour aller à l'école (entre autres pour contrer le problème de la sédentarité et de l'obésité), mais nous hésitons à le faire à cause de la vitesse autour de nos écoles et du nombre de voitures dans nos rues.

Le PDU offre donc une série de propositions qui visent à la fois à augmenter la sécurité dans nos rues et à diminuer la pollution (smog, GES) en réduisant par exemple la vitesse à 30 km/h en dehors du réseau artériel, en aménageant les rues de façon à y décourager le trafic de transit, en s'assurant que l'ensemble des trottoirs mesurent 1,8 mètre, etc.

L'adoption de ce plan ne se fera certainement pas sans un certain niveau de grincement de dents, notamment du côté de certains commerçants, qui persistent à croire qu'un bon consommateur doit posséder une voiture. Je me souviens d'une discussion fort civilisée avec mon quincaillier du coin à propos de l'idée de rendre une partie de l'avenue du Mont-Royal piétonne. Ce dernier me faisait valoir que ses clients avaient besoin d'espaces de stationnement pour venir à son magasin... Et moi de lui rappeler que j'étais pourtant un client fidèle depuis plus d'une décennie (mon petit côté castor bricoleur) et que jamais je n'avais eu besoin d'une voiture.

Bien sûr, le PDU impliquera des modifications de comportements et même des désagréments pour certains, puisque la moitié des ménages dans l'arrondissement possèdent une voiture (ce qui constitue d'ailleurs un taux de motorisation très faible).

Mais les bienfaits de ce plan l'emporteront largement sur les désagréments. Le "Plan de déplacement urbain" présenté il y a deux semaines se veut à la fois réaliste, ambitieux et visionnaire, et l'arrondissement y affiche clairement son intention de réduire le nombre de déplacements en automobile au profit des transports actifs (vélo et marche) et du transport en commun.

Bravo!


21 mai 2008, 12:55
Go North, Hydro!
Si vous avez vu la carte des projets d'éoliennes choisis par Hydro-Québec, vous avez probablement remarqué que ceux-ci sont concentrés sur les rives du Saint-Laurent (http://www.hydroquebec.com/4d_includes/depdoc/cpe/fr/2000MW_final.pdf). Comme s'il ne ventait pas dans le Grand Nord! Les citoyens à qui on demande d'accepter que de grands moulins à vent soient plantés dans leur paysage se demandent pourquoi on ne les met pas plutôt ailleurs, là où personne n'habite. La raison est simple. Les critères établis par Hydro-Québec ne pouvaient faire en sorte que de favoriser des projets pas trop loin.

En fait, 45 % des points de l'appel d'offres étaient accordés en fonction du coût de l'électricité. Bâtir des éoliennes loin des zones déjà électrifiées engendre des frais pour établir des lignes de transport qui font augmenter le coût. Les promoteurs n'auraient pas eu le choix que d'intégrer ces coûts dans leur offre de service, ce qui les aurait probablement disqualifiés face à leurs concurrents.

Deux options s'offrent à Hydro pour pousser les projets d'éoliennes vers le nord. La première, c'est de se lancer elle-même dans le développement de méga-projets d'éoliennes. Elle jouit d'ailleurs de certains attributs avantageux qui auraient dû la conduire à s'investir pas mal plus sérieusement dans le domaine. Grâce à sa crédibilité financière, elle a accès à du financement à coût beaucoup plus bas que les petites entreprises. De plus, elle jouit d'une expertise dans les négociations avec les Amérindiens, très importante quand vient le temps de s'aventurer sur ce terrain sensible qu'est le Grand Nord!

Une deuxième option aurait pu être pour Hydro-Québec d'exclure les coûts de transport de la compétition, de façon à comparer les projets privés sans pénaliser les projets plus éloignés. Dans ce cadre, Hydro aurait pu établir des zones de développement précises, dont les paramètres auraient été préalablement négociés avec les représentants des populations de la région (maires, chefs amérindiens...). On aurait même pu impliquer ces représentants dans le choix de l'entreprise mandataire. Avec cette façon de faire, on garde un rôle pour le privé, utile pour favoriser l'innovation, tout en donnant aux communautés le haut du pavé dans le processus d'attribution.

Le développement de projets d'éoliennes dans le Nord ferait-il augmenter le coût de production comparativement à des projets dans des zones plus urbanisées? Pas sûr. Tenant compte du fait que dans les zones urbanisées, les compensations versées aux populations affectées sont nécessairement plus importantes, il y a peut-être des économies à faire lorsqu'on monte vers le nord.

Ces compensations risquent d'ailleurs d'augmenter en zone urbaine. C'est une leçon que devront tirer les promoteurs. Certains projets controversés ont eu de la difficulté à passer parce que les promoteurs avaient trop peu à offrir aux voisins des éoliennes. En effet, dans ces projets, si un agriculteur pouvait recevoir quelques milliers de dollars pour chaque éolienne plantée sur sa terre, son voisin, sans moulin à vent sur son terrain, ne recevait rien directement du promoteur. Une redevance à la municipalité de quelques dizaines de dollars par citoyen était censée être suffisante pour l'appâter. Manifestement, l'offre ne semblait pas assez alléchante aux yeux de trop nombreux citoyens!

Rappelez-vous avant la crise du Suroît, Hydro nous disait que les éoliennes gelaient en hiver! Il aura fallu toute une mobilisation citoyenne pour qu'elle accepte de considérer sérieusement cette filière. Mais encore, elle ne le fait que du bout des doigts! Pendant ce temps, l'entreprise gouvernementale Électricité de France vient gagner des mandats dans notre appel d'offres et l'Écosse bâtit des éoliennes en haute mer. Go North, Hydro!


14 mai 2008, 4:17
L'or qui tombait des arbres
Mariame se lève tous les jours avant le soleil. Ses pieds nus glissent sur la terre rouge de la case où elle dort. Elle prépare le petit-déjeuner pour ses huit enfants. La bouillie de sorgho cuit tranquillement sur le petit feu de bois qu'elle vient d'allumer. Elle l'enrichit d'une cuillère de beurre de karité, "pour la santé et le goût", dit-elle.

Au Burkina Faso, où elle habite, comme dans toute l'Afrique de l'Ouest, le beurre de karité est considéré comme l'or des femmes. Depuis des millénaires, celles-ci bravent les serpents et les scorpions afin de ramasser les fruits qui tombent aux pieds de ces arbres magnifiques. Une quinzaine d'étapes de transformation sont nécessaires pour obtenir un beurre de qualité. Les enfants se nourrissent de la pulpe du fruit, mais c'est de l'amande que les femmes extraient le beurre. "Il faut beaucoup de travail", m'assure Mariame, qui a appris la méthode traditionnelle avec sa mère et ses tantes. "Comme ça, on préserve toutes les vertus thérapeutiques tant pour la peau, lorsque nous l'appliquons, que pour l'alimentation: les vitamines A, D, E, F, et K", ajoute-t-elle.

ENTREPRISE D'ECONOMIE SOCIALE

Mariame Nignan Bassia est la trésorière de l'Union de Léo, la première coopérative de beurre de karité certifiée biologique et équitable. Elles sont 2 500 productrices comme elle à fabriquer non seulement du beurre de karité, mais surtout beaucoup de dignité. Mariame en a d'ailleurs plein le regard quand elle parle de leur coopérative. À voir la fraîcheur de sa peau, malgré ses 56 ans de vie sous le soleil de l'Afrique, ce produit de beauté semble vraiment efficace!

Grâce à cette entreprise d'économie sociale, les femmes obtiennent cinq fois plus d'argent pour leur beurre que ce qu'elles recevraient en vendant les simples amandes de karité aux commerçants qui passent avec leurs camions de villages en villages. Depuis plusieurs années, ces marchands paient à vil prix une matière première qu'ils revendent à des multinationales occidentales. Ces grandes entreprises accaparent d'ailleurs 95 % de la production mondiale du karité. Elles transforment les amandes à l'aide de solvants chimiques, ce qui réduit la qualité du produit final, mais coûte beaucoup moins cher. Bien que le karité ne pousse qu'en Afrique, une fraction des bénéfices demeure sur ce continent.

Dans un pays où la moitié des habitants vit avec moins d'un dollar par jour, une telle coopérative crée un levier économique important pour toute une région. Autour de Léo, les femmes connaissent maintenant la valeur du karité. Les commerçants ne peuvent plus offrir des prix aussi bas qu'avant. Elles négocient. La coopérative a mis sur pied un programme d'alphabétisation. Elles apprennent non seulement à lire et à écrire, mais aussi à compter. Grâce à la prime du commerce équitable, les femmes ont aussi mis sur pied un programme de parrainage des enfants du VIH/Sida.

Alors qu'il y a quelques mois, la crise alimentaire mondiale provoquait une émeute de la faim dans la ville voisine de Bobo-Dioulasso, Mariame et les autres femmes de sa coopérative se disent pour l'instant épargnées. Bénéficiant de plus de revenus grâce au beurre de karité, elles ont les moyens de nourrir leur famille, malgré l'augmentation des prix.

La coopérative de Léo est un tel exemple de succès qu'elle a inspiré la création d'autres regroupements de femmes. Au Mali par exemple, l'Union de Siby regroupe 800 productrices de karité dans 21 villages. Quatorze d'entre elles se présenteront d'ailleurs aux élections municipales afin de mieux faire valoir leurs droits. Du jamais vu, paraît-il, dans cette région du Mali majoritairement musulmane.

BENEFICES ENVIRONNEMENTAUX

Comme une plus grande valeur économique est accordée aux fruits du karité, ces arbres sont davantage protégés. Bien que le karité porte des fruits seulement après 17 ans, mal vu sera celui qui osera abattre un tel arbre. Leur simple présence aide à lutter contre la désertification, contribue au bon cycle de l'eau et au contrôle du climat.

Dans le cadre de la Quinzaine du commerce équitable, le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) a eu l'idée d'inviter trois représentantes et un représentant de ces coopératives au Québec, afin qu'ils viennent nous raconter eux-mêmes leur histoire. Ils sont aussi ici pour convaincre de nouvelles entreprises d'acheter leur beurre de karité. Pour l'instant au Québec, seules quelques entreprises comme Delapointe, Les services adaptés Transit, Les soins corporels l'Herbier, Oasis Botanique, les Ateliers Bulles, Druide et quelques autres achètent leurs produits. Il en faudrait plus! Ils sont au Québec jusqu'au 22 mai; si vous connaissez des intéressés, ils vous attendent!

Pour plus d'information sur ces coopératives de beurre de karité, visitez le site du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI): www.ceci.ca/karite.


30 avril 2008, 1:24
Éclairant!
Le 2 avril dernier, François Parenteau s'interrogeait dans ces pages sur l'utilisation du fluorescent compact, et notamment sur les projets (Australie, États-Unis, Canada) de bannir la bonne vieille ampoule incandescente à la suite de la parution d'un article sur cette question dans les médias québécois.

En effet, des chercheurs de l'Université de Toronto ayant comparé le fluorescent compact à l'ampoule traditionnelle sont arrivés à la conclusion que comme les fluocompacts sont plus efficaces, notamment parce qu'ils convertissent plus d'énergie en lumière (et donc génèrent moins de perte de chaleur), leur utilisation mènerait à une augmentation de la consommation d'énergie pour le chauffage...

Les "vertus" de chauffage de l'ampoule incandescente pourraient, à la limite, avoir leur utilité l'hiver mais qu'en est-il de l'été? Est-ce que l'on veut vraiment plus de chauffage de la part de notre éclairage alors que la température extérieure atteint 25 oC, 30 oC, 35 oC? Et c'est sans compter le réchauffement planétaire qui nous donne des hivers de plus en plus doux et des étés de plus en plus chauds. Cela veut donc dire que nous avons besoin de moins de chauffage l'hiver et de plus en plus de climatisation l'été (je ne l'encourage pas, c'est simplement un fait).

Ma question aux chercheurs est la suivante: "Est-ce que l'on doit continuer à encourager les gens à utiliser des ampoules incandescentes l'été, de façon à augmenter leur facture de climatisation?"

De plus, l'un des chercheurs de l'Université de Toronto déclarait que le problème pour le Québec est qu'une partie de l'énergie de chauffage provient de combustibles fossiles (mazout et gaz naturel) sans mentionner que 70 % du chauffage résidentiel est hydroélectrique!

Lorsqu'il est question d'efficacité énergétique, on parle souvent de "la bonne énergie à la bonne place".

Permettez-moi d'illustrer: j'ai une cuisinière au gaz naturel à la maison. Croyez-vous que je devrais me servir de cette cuisinière pour le chauffage ou encore pour l'éclairage de la maison? Poser la question, c'est y répondre.

Le principe de "la bonne énergie à la bonne place" veut que l'on utilise le bon type d'appareil ou de technologie pour répondre à des besoins spécifiques. Donc, si nous cherchons à éclairer, utilisons le meilleur type d'éclairage possible. Idem pour le chauffage, la cuisson, etc.

Au-delà de cette question, plusieurs études ont été menées sur l'utilisation du fluocompact versus l'ampoule incandescente et la plupart d'entre elles arrivent à des conclusions semblables: d'un point de vue environnemental et énergétique, le fluocompact l'emporte largement sur l'ampoule, et cela pour plusieurs raisons.

Les fluocompacts utilisent 75 % moins d'énergie et durent 10 fois plus longtemps. L'achat d'un fluocompact est équivalent à l'achat de 8 ampoules incandescentes. Des études américaines précisent que si chaque résidence remplaçait seulement une ampoule par un fluocompact, on pourrait économiser suffisamment d'énergie pour éclairer 3 millions de résidences et réduire les émissions de GES de l'équivalent de 800 000 voitures.

Nous avons également pu voir dans les médias québécois des questions soulevées sur la présence de mercure dans les fluocompacts, une substance toxique que l'on ne retrouve pas dans les ampoules incandescentes. Toutefois, plusieurs reportages ont négligé de mentionner que plusieurs formes de production d'électricité génèrent beaucoup de mercure, comme le charbon, qui représente plus de 50 % de la production électrique aux États-Unis mais qui est également très utilisé en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Alberta, etc. Or, le mercure relâché dans l'environnement pour produire l'électricité nécessaire aux ampoules incandescentes est supérieur à celui provenant de l'utilisation des compacts.

Vous pourriez toujours me répondre: "C'est bien beau, mais nous n'utilisons pas de charbon au Québec", et vous auriez raison de le faire. Je vous répondrai toutefois que l'hydroélectricité produit également du mercure (du méthylmercure, pour être plus précis) lié à l'inondation de grandes superficies. Il n'existe cependant aucune étude précise à ce jour sur les fluocompacts dans le contexte énergétique québécois (du moins, pas que je sache).

Est-ce à dire que le fluocompact l'emporte toujours sur l'ampoule incandescente... Pas nécessairement, mais de façon générale, c'est une valeur plutôt sûre.

J'aimerais donc revenir sur le questionnement existentiel de l'ami Parenteau (et de toute autre personne torturée par cette question): allez-y gaiement, achetez et installez des fluocompacts, notre petite planète ne s'en portera qu'un peu mieux.


23 avril 2008, 1:51
Porteurs d'eau
 "Y ont dit qu'y avaient eu un téléphone de Denver pis que, pour eux autres, la consigne, c'était de fermer Québec." C'est comme ça qu'une travailleuse mise à pied résumait la situation juste après avoir appris la fermeture de l'usine de fabrication des sandales en caoutchouc Crocs. C'est aussi un maudit bon résumé de comment ça marche quand les décisions se prennent ailleurs et que ton boss d'ici n'est pas le vrai boss.

Les commentaires du grand patron de Rio Tinto, M. Albanese, sont aussi révélateurs de la façon dont ça se passe quand les décisions se prennent à l'étranger: "Le Québec est trop loin pour produire de la valeur ajoutée." Autrement dit, donnez-nous l'électricité pour que les actionnaires fassent leur argent à produire des lingots d'aluminium. Pour ce qui est de le transformer, on ira ailleurs parce que le Québec, c'est trop loin.

Trop loin de quoi? Jacynthe Côté, présidente de Rio Tinto Alcan Métal primaire, nous disait pourtant, la semaine dernière lors d'un dîner-conférence, que les trains et les avions constituaient deux des trois marchés cibles de la compagnie. À ce que je sache, le Québec n'est pas trop mal positionné dans ces deux domaines.

Sommes-nous juste bons à brader nos ressources naturelles? Sommes-nous encore des porteurs d'eau? On n'est plus en 1950. Maintenant, on n'est plus obligé de subir. Grâce à la nationalisation de l'électricité, on a les moyens de négocier. Pourquoi consentir des blocs d'électricité à rabais à des multinationales s'il n'y a pas d'investissement dans la véritable création de valeur?

Exiger une deuxième transformation en retour d'avantages financiers. Encore faut-il le vouloir et y croire. "On s'engage à favoriser la deuxième transformation des matières premières... bla, bla, bla..." C'est le genre de discours que l'on attend de tous les politiciens. Pourtant, j'ai eu la surprise de ne rien lire de tout ça dans le dernier énoncé économique de Jean Charest.

Mais en regardant de plus près le contenu des ententes qu'a signées son gouvernement avec Rio Tinto et Alcoa, je comprends que Jean Charest ne parle plus de deuxième et troisième transformation. En fait, dans ces contrats, on offre de l'électricité à rabais pour 35 ans sans exigence de deuxième transformation et sans même de plancher d'emplois. Un beau chèque de 140 millions $ par année aux alumineries. Plus l'entreprise produira efficacement ses lingots, moins il y aura de jobs et plus la subvention par emploi sera élevée...

Pendant ce temps, l'État de New York a négocié un plancher d'emplois en ayant encore moins d'avantages à offrir. Les alumineries auront pas mal plus intérêt à y investir en transformation pour créer les emplois qu'elles ont promis. Bernard Landry, lui, avait obtenu d'Alouette en 2002 un engagement à créer 1000 emplois dans la seconde et troisième transformation en échange d'un bloc d'énergie à bas prix.

Il faudrait aller encore plus loin qu'exiger la deuxième transformation. On devrait percevoir des redevances sur nos matières premières, de façon à investir massivement dans la recherche qui nous permettra de vraiment diversifier notre économie. Prenez par exemple la Norvège, consciente du fait que le pétrole ne sera pas toujours aussi payant: elle se constitue un fonds pour l'innovation de 7 milliards $. C'est plus de deux fois le budget annuel de la recherche universitaire au Québec pour une population deux fois plus petite.

Comme pour l'or, l'aluminium dépend de la présence ou non d'une ressource naturelle. Ce n'est pas comme les manufactures qui peuvent produire n'importe où. Il faut qu'on se serve du gros bout du bâton quand on l'a.


16 avril 2008, 1:33
Amnésie internationale

Que dirions-nous si l'État chinois se comportait envers des Occidentaux comme il agit envers ses propres citoyens? Jamais nous ne tolérerions de tels comportements. Force est de constater que la communauté internationale fait fi du premier article de la Déclaration universelle des droits de l'homme: "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits..." Les Tibétains, les Ouigours, les Mongols, les disciples du Fa Lun Gong, les syndicalistes, les libres-penseurs et autres "opposants" au régime totalitaire chinois peuvent bien souffrir, l'Occident regarde ailleurs, du côté de la business, des "bonnes affaires."

Loin de l'œil des touristes éblouis par les merveilles de Chine et des gens d'affaires parfois bien intentionnés se cache un système qui méprise la liberté d'expression et l'ensemble des droits humains. Derrière le "miracle chinois" existe un capitalisme carnivore que nous alimentons avec tout le "Made in China" que nous consommons. Les entreprises canadiennes qui font des affaires en Chine ont beau se frotter les mains, les conséquences de notre amnésie internationale nous rattraperont un jour ou l'autre.

CONTRÔLE DES MÉDIAS

Si l'on se contente de regarder les violations des droits humains en Chine à la pièce, on peut sans doute se dire que ce n'est "pas si pire". De toute façon, il est tellement difficile d'obtenir de l'information à ce sujet dans ce pays que "ce que l'on ne sait pas n'existe pas", déplore Reporters sans frontières. C'est bien pour cela que la liberté de presse n'existe pas en Chine, que le régime en place a demandé à Google de mettre des filtres à son moteur de recherche afin d'empêcher sa propre population d'avoir accès à des informations indépendantes. Même le site Internet de Radio-Canada a subi la censure en Chine.

VIOLATION DES DROITS HUMAINS

A-t-on oublié le massacre de la place Tienanmen en 1989? Plusieurs milliers de manifestants ont été tués, et combien d'autres torturés, emprisonnés, harcelés? Le même régime est toujours en place.

On parle de la répression actuelle au Tibet, de 80 personnes récemment tuées selon les chiffres officiels. A-t-on oublié que depuis que ce pays a été envahi par l'armée chinoise en 1950, un million deux cent mille Tibétains ont disparu dans les camps de travail et les prisons, ont été exécutés, torturés à mort, ou n'ont pas survécu aux famines? Il vaut la peine de revoir le documentaire Ce qu'il reste de nous pour se le rappeler. Que dire de l'oppression des autres minorités dans ce grand pays, des cent millions de Chinois qui pratiquent le Fa Lun Gong? Ce que l'on ne sait pas ne nous dérange pas.

En 2001, lorsque le Comité olympique international (CIO) a attribué l'organisation des jeux de 2008 à la Chine, celle-ci s'était engagée à se démocratiser. Sept ans se sont écoulés depuis. Selon Amnistie internationale et Reporters sans frontières, la situation ne s'est pas améliorée, elle n'a été que maquillée. Le travail forcé, la torture, les détentions arbitraires et les procès inéquitables sont répandus à travers tout le pays.

En 2007, un rapport publié par deux avocats spécialisés en droits humains (David Matas et David Kilgour) confirmait que l'armée chinoise était impliquée dans le marché du prélèvement d'organes sur des Chinois pratiquant le Fa Lun Gong et d'autres prisonniers politiques. Ainsi, même la peine de mort est lucrative en Chine.

INDUSTRIE MILITAIRE

Il est aussi intéressant de savoir que la Chine n'est pas seulement le chef de file dans la fabrication de jouets pour les enfants, mais aussi dans l'équipement militaire. Comme le rapporte Amnistie internationale, elle est en train de devenir l'un des plus importants exportateurs d'armes de la planète. Elle est la seule grande puissance exportatrice d'armes à ne pas avoir signé d'accord multilatéral visant à éviter que ces armes aboutissent dans les mains de tortionnaires, comme c'est le cas au Darfour. Sans compter que la Chine, qui dispose d'un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies, transfère des technologies dans le domaine du nucléaire ou des missiles à longue portée.

Doit-on attendre que leurs armes économiques, politiques et militaires se pointent contre nous pour exiger que ce pays respecte les droits de la personne? Il est grand temps d'établir une distinction entre le régime chinois et le peuple chinois qui, lui, doit être soutenu. Les Jeux olympiques de Pékin sont une occasion d'envoyer un message clair à un État voyou avant qu'il ne soit trop tard.


9 avril 2008, 2:49
L'immigration: encore et toujours!
À l'occasion de ma toute première chronique Antidote, j'avais choisi de traiter de l'enjeu de l'immigration. À peine six mois se sont-ils écoulés depuis la parution de ce texte que je ressens le besoin d'en parler à nouveau.

Deux statistiques me viennent automatiquement en tête dès que l'on prononce les mots démographie, main-d'œuvre (habituellement précédé de "pénurie"), population et, bien sûr, immigration.

La première, c'est 100 %, comme dans 100 % de la croissance nette de la main-d'œuvre à Montréal sera bientôt attribuable à l'immigration internationale. Autrement dit, quelque part entre 2010 et 2015, nous ne pourrons accroître le nombre de travailleurs dans la région métropolitaine que par l'arrivée d'immigrants.

La deuxième, c'est 80 %, comme dans 80 % des immigrants qu'accueille le Québec s'installent dans la région métropolitaine de Montréal.

À eux seuls, ces deux pourcentages démontrent sans équivoque l'importance de l'immigration pour l'avenir de notre économie et la situation unique dans laquelle se retrouve Montréal par rapport au reste du Québec. C'est une situation qui comporte à la fois des avantages indéniables mais également des défis d'intégration d'une ampleur remarquable.

Voilà qui met les choses en perspective. En fait, je crois que le simple bénéfice de répéter pédagogiquement ces statistiques aurait largement justifié cette deuxième chronique sur le sujet - quoique ce ne sera pas nécessaire: la vraie raison de cette chronique est que le gouvernement est en train de bouger dans ce dossier et qu'il bouge dans le bon sens.

Depuis plus de trois ans, la nécessité d'attirer, de former et de retenir chez nous des étudiants étrangers est l'un de mes principaux chevaux de bataille. La Chambre de commerce a d'ailleurs publié une étude qui a fait ressortir que 1) Montréal attire en proportion moins d'immigrants que les autres grandes villes canadiennes, mais que 2) notre métropole se distingue parce qu'elle accueille de nombreux étudiants étrangers et 3) un nombre impressionnant d'entre eux - le tiers! - font le choix de demeurer dans notre ville, une fois leur diplôme obtenu.

Pour comprendre toute la portée de ces faits, il faut savoir qu'au moment de l'étude, aucun effort délibéré n'était déployé pour profiter du passage à Montréal de ces quelque 17 000 jeunes talentueux pour tenter de les convaincre d'y demeurer à long terme. Au contraire, parce qu'ils ne suivaient pas la filière habituelle, ceux qui désiraient "immigrer" à partir d'une université montréalaise étaient assujettis à un processus administratif souvent plus lourd, qui les obligeait notamment à sortir du pays pour faire leur demande d'immigration, pour revenir par la suite après une période d'attente assez longue pour dissuader même les plus courageux!

Cela vient enfin de changer. Parmi les "Mesures pour renforcer l'action du Québec en matière d'intégration en emploi des immigrants" qu'annonçait Yolande James, ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, on retrouve une disposition qui vise justement à accélérer la transition du statut d'étudiant à celui de résident permanent. Voilà qui contribuera à l'atteinte d'un objectif qui m'est si cher: faire passer de un sur trois à deux sur trois et même, pourquoi pas, à trois sur trois la proportion d'étudiants qui demeureront à Montréal après leurs études!

Il n'y a pas que la mesure concernant les étudiants étrangers qui est rafraîchissante dans la stratégie présentée par madame James. Il est également encourageant de constater que l'on est en train d'arrimer le "discours économique" sur l'immigration - c'est-à-dire son importance incontournable pour la prospérité du Québec - à la manière dont nous gérons ce programme. En effet, si l'immigration, en plus de répondre à des besoins essentiels humains et sociaux, répond aussi à des besoins économiques, il n'y a rien de plus logique que d'impliquer davantage les forces économiques dans le processus - autrement dit, d'impliquer davantage les entreprises.

Nul n'est mieux placé que le gestionnaire d'une entreprise pour connaître ses besoins en main-d'œuvre. S'il est tout à fait indiqué que le gouvernement appuie les entreprises et les encourage à recourir à l'immigration pour combler certains de leurs besoins, il est tout aussi logique d'inviter les entreprises à être présentes dès les premières étapes du processus de sélection des immigrants. C'est ce que propose la ministre James, notamment à travers un mécanisme de "speed dating" ou de rencontres express entre employeurs et immigrants potentiels.

Au bout du compte, tout le monde y gagne: l'immigrant, qui pourra entreprendre sa démarche d'intégration avec l'assurance d'avoir accès au marché du travail; l'entreprise, qui trouve une solution supplémentaire à ses besoins de main-d'œuvre; et le Québec, parce que l'immigration est LA voie de la réussite pour notre avenir.


3 avril 2008, 4:55
Coach wannabe

La Ligue de hockey junior majeur du Québec devra interdire les bagarres, à la demande de la ministre Courchesne. Il était temps. Cette crise autour de l'agression barbare menée par le fils de Patrick Roy devrait toutefois nous conduire à une réorganisation majeure du sport: le ramener à l'école.
Pour le hockey, le soccer, le base-ball et plusieurs autres sports, nos jeunes sont inscrits dans des équipes sous la houlette des villes. Mais les villes sont mal outillées pour bien s'en occuper. Elles n'ont pas de professeurs d'éducation physique qualifiés pour former et superviser les entraîneurs. En plus d'être mal supervisés, la plupart des entraîneurs des équipes des villes sont des parents qui ne sont pas des athlètes de haut niveau. Y a trop de "coach du Canadien wannabes" sans supervision! Ce genre d'encadrement déficient n'est rien pour éviter des débordements de langage.

Il existe pourtant une super solution de remplacement sur laquelle nous pourrions appuyer le développement du sport: la structure scolaire. Nos jeunes sont tous à l'école. Il s'agirait donc de faire en sorte qu'ils portent les couleurs de leur école. Les villes continueraient d'être impliquées en coordonnant les ligues et en fournissant les arénas et les parcs, mais la responsabilité officielle d'encadrer les équipes serait celle d'un professeur d'éducation physique équipé pour le faire.

Les écoles offrent aussi d'autres avantages évidents comme lieu de développement du sport. D'abord, la possibilité de mieux arrimer la pratique du sport à la poursuite des études. Par exemple, les jeunes peuvent s'entraîner dans la période du service de garde, entre 16 h et 18 h. N'ayant pas accès aux jeunes dans les services de garde, les villes sont souvent limitées à un horaire de fin de semaine.

Autre avantage, un signal clair est donné aux jeunes que leur réussite scolaire est incontournable pour la poursuite de leur sport. Même si la Ligue de hockey junior majeur fait de gros efforts pour inciter ses joueurs à continuer leurs études, il n'en reste pas moins que pour ces joueurs, les études ne sont plus au centre de leur vie. À 70 matchs par année, comment voulez-vous qu'un jeune de 16 ans soit sérieux dans la poursuite de ses études? Chez nos voisins du sud, le hockey collégial et universitaire ne prévoit que 40 matchs par année.

L'organisation sportive basée sur les villes ne favorise pas une pyramide suffisamment large à la base pour construire un sport d'élite de qualité. Prenons l'exemple du soccer à Montréal. En ce moment, même s'il y a souvent plus de six écoles primaires par quartier, il n'y a qu'un seul club de soccer. Ce ne sont souvent que quelques joueurs par école qui vont jouer la fin de semaine pour le club de leur quartier. Avec la forte demande en soccer que l'on connaît actuellement, on pourrait sûrement organiser une équipe dans chaque école.

Les clubs de quartier à courte vue s'y opposent trop souvent, désirant pouvoir continuer à recruter les deux ou trois meilleurs de chaque école. Mais à 10 ans, le classement ne veut rien dire. Au contraire, on doit laisser les meilleurs s'entraîner avec les autres pour développer un plus grand bassin de joueurs. On récoltera une meilleure crème à partir d'un bassin de plusieurs milliers de jeunes.

Notre structure sportive basée sur les "coach du Canadien wannabes" est complètement nulle. Dans les sports individuels, où la performance est souvent le résultat du développement d'un talent grâce à l'appui exceptionnel des parents, nous arrivons encore à gagner des médailles. Mais il ne faut pas se surprendre que, outre le hockey, nous ayons de la difficulté à gagner des médailles dans les sports d'équipe, où la victoire est le produit d'un système de développement.


26 mars 2008, 4:00
Mal de mer
"Des méduses dans nos assiettes": étrange, n'est-ce pas? C'est le titre d'une conférence qu'une représentante de Greenpeace a donnée il y a quelques semaines. D'après l'organisme, cette image pourrait bientôt devenir réalité si des changements fondamentaux ne sont pas apportés à nos méthodes de pêche et dans la gestion de nos océans.

Selon les données de la FAO (organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), 76 % des stocks de poissons de la planète sont exploités ou surexploités et la population des gros poissons prédateurs comme le thon et l'espadon a chuté de 90 %. La surpêche est en train de transformer la biodiversité dans les océans. En l'absence de prédateurs, les petits poissons et les invertébrés connaissent une croissance phénoménale, notamment les méduses, qui se trouvent tout en bas de la chaîne alimentaire. L'exemple de la mer Noire est flagrant: les méduses y représentent 90 % de la faune aquatique. Alléchant...

Vous vous rappelez la crise de la morue dans les Maritimes? Le même phénomène est en train de se produire à l'échelle mondiale. Cette catastrophe, en plus d'avoir des répercussions environnementales sans précédent, a des conséquences néfastes pour l'homme. Le poisson est la principale source de protéines animales pour près d'un milliard d'êtres humains...

Comment en sommes-nous arrivés là?

L'industrialisation des méthodes de pêche est l'une des principales menaces à la survie des écosystèmes marins. Les petits bateaux de pêche traditionnels, par exemple, ont cédé la place à de grands navires disposant de moyens technologiques perfectionnés pour être de plus en plus productifs, alors que le potentiel de pêche dans les océans a atteint ses limites. Les ressources ne se renouvellent pas.

Selon une étude publiée dans la très sérieuse revue Nature, la pêche industrielle a entraîné une réduction de la biomasse marine de 80 % en 15 ans! Pas surprenant que l'on manque de poisson.

Le chalutage de fond, une méthode qui consiste à déployer d'immenses filets arrachant tout sur leur passage dans les fonds marins, contribue également à l'effondrement des réserves marines. Non seulement cette pratique entraîne-t-elle la destruction des habitats de nombreuses espèces, mais elle engendre un nombre élevé de prises accessoires, c'est-à-dire toute forme de vie qui est pêchée accidentellement lors d'une opération de pêche. Chaque année, des millions de tonnes d'espèces sont pêchées ou tuées sans aucune raison.

En 2006, les Nations Unies ont d'ailleurs tenté de bannir cette pratique. La proposition a failli être acceptée mais certains pays comme l'Islande, la Russie, le Japon, la Chine, la Corée du Sud et... le Canada se sont opposés à cette résolution.

Devant cet état, l'industrie brandit sa solution miracle: l'aquaculture, c'est-à-dire le poisson d'élevage. Ce secteur connaît une croissance fulgurante et fournit près de la moitié de tout le poisson consommé par les humains. Cette méthode est toutefois très peu réglementée et peut avoir des conséquences désastreuses sur les écosystèmes, comme la baisse de la biodiversité et la contamination des poissons sauvages. Par exemple, on "cultive" de plus en plus de saumon de l'Atlantique sur la côte Pacifique et plusieurs cas de contamination ont été observés, menaçant la survie du saumon sauvage du Pacifique.

Bon, sombre portrait, n'est-ce pas? Qu'est-ce qu'on peut faire? Faut-il cesser de manger du poisson? Je vous entends d'ici: plus de viande, plus de poisson, je ne vais quand même pas manger des lentilles toute la semaine? Et la méduse, alors là, non merci!

Heureusement, des groupes se penchent sur la question depuis quelques années. SeaChoice, une initiative canadienne regroupant plusieurs organisations importantes comme la Fondation David Suzuki et le Sierra Club du Canada, a publié le Guide canadien des poissons et fruits de mer et invite les consommateurs à acheter des espèces qui sont pêchées ou récoltées de façon durable, tout en identifiant les produits à éviter parce que leur récolte met en danger d'autres espèces ou perturbe certains habitats, ou parce qu'ils constituent des espèces menacées.

De plus, il est possible de trouver des produits de la mer certifiés biologiques au Québec. Ils proviennent pour la plupart de l'Europe ou du Chili. Même si le Québec est le premier endroit en Amérique du Nord à avoir adopté, en 2005, des normes de certification biologique pour le secteur de l'aquaculture, nous ne produisons pas encore de poisson bio.

Enfin, j'en parle souvent, mais la pression que nous exerçons en tant que consommateurs a une influence sur les pratiques de gestion de l'industrie. Les ressources des océans ne sont pas inépuisables.


19 mars 2008, 3:33
Les enfants cacao
On souhaiterait l'esclavage aboli. Certes, il l'est sur papier, mais dans la pratique, c'est une autre histoire.

C'est l'histoire d'Ibrahim, de Madi, de Marie, de Yin et de Juan qui ont été vendus ou échangés en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. D'après l'Organisation internationale du travail des Nations unies, des millions d'enfants esclaves sont contraints d'endurer des conditions de vie et de travail inhumaines. Nombreux sont ceux qui meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte. Ils absorbent les coups d'un système économique qui carbure à l'exploitation environnementale et sociale. Il faut des bas prix pour les consommateurs et surtout des profits pour les actionnaires qui habitent bien loin des champs, des mines et des usines où travaillent ces enfants.

L'extrême pauvreté de leurs parents et de la société dans laquelle ils vivent permet une telle aberration. Aberration, parce que le monde n'a jamais été aussi instruit ni si riche financièrement. Ce capital est cependant concentré entre les mains d'une minorité dans les pays riches. L'année dernière, la fortune des trois individus les plus nantis de la planète était supérieure au PIB des 63 pays les plus pauvres qui comptent plusieurs centaines de millions de personnes. Selon le Rapport des Nations unies sur le développement humain, jamais dans toute l'histoire de l'humanité les inégalités entre riches et pauvres n'ont été aussi marquées.

Si on pouvait retracer le parcours du cacao contenu dans toutes les poules et les lapins en chocolat qui nous regardent à l'épicerie comme à la pharmacie, on aboutirait probablement en Côte-d'Ivoire ou au Ghana, deux pays où persistent le travail forcé des enfants et l'esclavage, tout particulièrement dans les plantations de cacao. Presque trois quarts de la production mondiale de cacao est issue de cette région du monde.

L'exploitation des enfants et de leurs parents y est connue et bien documentée. La poignée de multinationales qui contrôle le commerce de cette denrée le sait. Il y a sept ans, celles-ci avaient même accepté de signer l'accord Harkin-Engel visant à mettre fin à l'exploitation des enfants dans les plantations. Elles avaient été forcées de s'engager sous la pression de citoyens scandalisés par des images transmises dans les pays consommateurs grâce à des journalistes alertés par des organisations non gouvernementales (ONG) présentes sur le terrain. Deux membres du Congrès américain, le sénateur Tom Harkin et le député Elliot Engel, s'en étaient mêlés. Ils étaient prêts à imposer un système de certification et d'étiquetage obligatoire du chocolat aux États-Unis.

Le lobby industriel a vite répliqué, proposant un compromis: un protocole volontaire engageant les entreprises à éliminer l'esclavage des enfants dans les plantations de cacaoyers d'Afrique de l'Ouest et à mettre un terme aux pires formes de travail des enfants dans l'ensemble de la filière mondiale du cacao-chocolat, avant 2005.

En 2008, ces objectifs sont loin d'avoir été atteints. Selon les experts indépendants mandatés par le gouvernement américain, la situation se serait même détériorée, surtout en Côte-d'Ivoire, à cause de la guerre. Le manque de transparence du gouvernement ivoirien et ghanéen est également critiqué. Il est clair qu'un engagement volontaire des grandes entreprises ne suffit pas à faire changer le cours des choses.

PASSER A L'ACTION

On doit s'attaquer à la racine du mal: la pauvreté. Dans les régions productrices de cacao, de nombreux villages sont encore sans eau courante ni électricité, sans clinique médicale ni véritable école. Les petits producteurs et les travailleurs dans les plantations reçoivent des prix dérisoires pour leur travail. Un des premiers gestes à poser de la part des multinationales est de payer un juste prix aux producteurs directement. Ceux-ci pourront alors envoyer leurs enfants à l'école, plutôt que de les vendre ou de les échanger contre leur dette.

Ces compagnies ne bougeront pas si les consommateurs et les actionnaires font preuve d'indifférence. On peut écrire ou téléphoner à l'une des six multinationales qui se partagent 80 % du marché du chocolat: trois américaines - Hershey (1 800 468-1714), Mars (1 800 627-7852) et Altria (propriétaire de Kraft-Jacobs-Suchard-Côte d'Or, 1 847 646-4538) -; une suisse - Nestlé (1 800 387-4636) -; une britannique - Cadbury-Schweppes (1 800 696-5891) - et une italienne - Ferrero (416 590-0775).

On peut aussi choisir du chocolat équitable (certifié par TransFair). Celui-ci provient de coopératives de petits producteurs de cacao qui sont payés un juste prix, ce qui leur permet d'améliorer leurs conditions de vie. Ce chocolat est généralement biologique, ce qui garantit qu'aucun pesticide toxique n'a été utilisé.

Quelques endroits où trouver des chocolats de Pâques équitables: Coop La Maison verte, 5785, rue Sherbrooke Ouest; L'autre monde, 371, rue Bernard Ouest; Equita (Commerce équitable Oxfam-Québec), 2340, rue Notre-Dame Ouest; Dix Mille Villages, 4128, rue Saint-Denis; Café Rico, 969, rue Rachel Est.


12 mars 2008, 5:34
Changer le système de santé: commencer par un changement de philosophie
À moins que vous n'ayez été sur une autre planète au cours des dernières semaines, vous avez probablement pu constater les vives réactions qu'a suscitées le dépôt du rapport Castonguay. Dans les jours suivants, les débats ont principalement porté sur les deux aspects les plus controversés de ce rapport: la place à donner aux soins privés ainsi que le financement des services, notamment à travers une franchise ou une hausse de taxe. Du coup, d'autres aspects du rapport tout aussi fondamentaux semblent avoir été occultés, comme par exemple la façon de gérer le système en ciblant les résultats, c'est-à-dire les soins dispensés, plutôt que les entrants, à savoir les ressources mises à la disposition des institutions.

Le système de santé, tel que nous le connaissons, a largement profité aux Québécois. Ce que le rapport du groupe présidé par M. Claude Castonguay suggère par ailleurs, c'est d'en revoir le fonctionnement afin de lui donner plus de flexibilité et d'accroître sa performance. À titre de présidente et chef de la direction d'une chambre de commerce, je peux vous assurer que de telles "remises en question", il s'en fait chaque jour dans nos organisations et dans nos entreprises. C'est une occasion de constater ce qui se fait de bien ailleurs, d'adopter des pratiques novatrices pour améliorer sa productivité et finalement gagner en compétitivité.

Un bel exemple à cet égard est celui du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) qui a récemment adopté un virage de gestion basé sur la productivité. Pour y arriver, ils ont développé des indicateurs de performance. Vous me direz que c'est un geste normal et logique. Pourtant, il me semble que c'est le signe d'un changement important: l'ouverture à de nouvelles façons de faire afin de gérer encore plus efficacement notre système de santé.

En toute légitimité, ce processus n'a d'ailleurs d'autres desseins que d'assurer des soins de qualité, accessibles à tous et correspondant à nos moyens. Sachant que les soins de santé sont au cœur de notre qualité de vie - un atout qui fait d'ailleurs l'envie de bien des pays dans le monde -, cet acquis doit demeurer.

Selon moi, ce qui doit surtout être retenu dans le rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé, et ce qui y est mis en lumière de façon indiscutable, c'est d'abord et avant tout l'urgence d'agir pour maintenir une qualité de soins à laquelle nous nous sommes habitués au cours des dernières décennies. Et cela est particulièrement important à l'aube de la réalisation de centres hospitaliers universitaires, un projet audacieux d'envergure mondiale.

Ce rapport nous offre des pistes inspirées des meilleures pratiques de par le monde. Il y a tout lieu de les explorer. Ne pas daigner le faire serait se dérober à une obligation d'équité envers ceux qui, dans un avenir proche, auront à recevoir des soins de santé. Or, il est de notre devoir de leur assurer des soins accessibles et d'une qualité équivalente à ceux qu'ont connus les générations précédentes.

Une chose est certaine: la question de la santé est un sujet complexe et technique, tout en étant aussi un enjeu profondément humain. C'est d'ailleurs pourquoi il nous interpelle autant. Maintenant que la poussière retombe lentement, il importe de l'aborder avec pragmatisme, sérénité et ouverture d'esprit. J'en profite donc pour lancer une invitation au dialogue et à l'ouverture, rappelant du même coup que le statu quo n'est plus une option. Nous sommes confrontés à la nécessité critique d'améliorer maintenant le système public, ou d'avoir plus tard à faire face à un déclin dans l'accessibilité et la qualité des soins. Ainsi, on peut commenter ou critiquer les différentes solutions proposées dans le rapport Castonguay mais, le cas échéant, il faut en retour assumer la responsabilité de le faire tout en proposant d'autres pistes d'actions.

Voilà qui n'est pas chose facile - et c'est pourquoi l'ouvrage de M. Castonguay mérite davantage sa place sur la table de chevet que sur une tablette.


5 mars 2008, 1:59
Al Gore et les zinzins
Les subprimes, ce sont les fameux prêts à taux d'intérêt élevés consentis à des gens qui n'en avaient vraiment pas les moyens. Même si le gros bon sens commandait le contraire, nos zinzins, les fonds mutuels et fonds de pension, se sont empressés de financer les banques qui les octroyaient à travers l'achat de papier commercial. Depuis août dernier, ce papier ne se traite plus. Pourtant, nos grands financiers nous disent que cette crise est terminée. Ce n'est pas l'avis d'Al Gore, qui disait la semaine dernière à New York dans une conférence destinée au club sélect des plus gros zinzins que la crise était loin d'être finie, que c'était encore le temps pour eux d'agir comme des héros plutôt que des zéros. Il est temps de changer leur façon de voir l'investissement. Pour Gore, il faut prendre en compte la responsabilité sociale (notamment celle de ne pas jouer au shylock) et la responsabilité environnementale des entreprises quand on gère un portefeuille.

On nous a annoncé récemment que grâce à une entente entre nos gros zinzins, la crise du subprime achevait. Le problème, c'est que les seuls qui embarquent, ce sont ceux qui y étaient déjà. Avec cette entente, chaque investisseur reste pris avec les mêmes créances douteuses. La seule différence, c'est l'échéance. Au lieu d'arriver à l'échéance tous les trois mois, ces titres auront la durée de vie de l'hypothèque sous-jacente. Est-ce que les maisons reprises faute de paiements hypothécaires pourront être revendues à un prix suffisant? C'est ce qu'il faudrait qu'il arrive pour que nos investisseurs ne s'en sortent pas trop amochés. Pourtant, ce n'est pas demain la veille que le problème d'endettement majeur des familles américaines se réglera. De toute façon, c'est le marché qui aura le dernier mot. Les poursuites des grandes entreprises québécoises contre la Banque Nationale nous laissent plutôt penser que le problème de confiance existe encore. Jean Coutu et Transat sont en beau joual vert de s'être fait passer du papier commercial avec du subprime comme étant un papier presque aussi sûr que des bons du trésor. Ils n'ont pas changé d'idée malgré l'entente des zinzins, au contraire...

La meilleure occasion de se refaire est donnée aux zinzins par la nouvelle donne politique américaine. Il ne reste que trois candidats en lice à la présidence américaine et tous ont pris position en faveur d'une bourse du carbone. Il y a d'ailleurs 13 projets de loi sur ce sujet actuellement à l'étude dans les deux chambres fédérales américaines. D'ici un an, un prix sera associé pour chaque tonne de carbone émise par les entreprises américaines. La plus grosse pétrolière dans le monde émet 140 millions de tonnes de C02 par année. À 40 $ la tonne, ça fait une charge annuelle de 6 milliards $ pour Exxon. Les économistes de New Carbon Finance prévoient que le marché des crédits de carbone atteindra 1000 milliards $ d'ici 2020, soit deux fois le marché européen. Dans ce marché, il y aura des perdants et des gagnants. C'est de ça que parle Al Gore quand il fait le parallèle entre la crise des subprimes et celle des changements climatiques!

Comme la Banque Nationale, nos autres zinzins québécois se sont particulièrement calés dans la crise des subprimes. Auront-ils appris de cette erreur? Je ne suis pas sûr. Habituellement, une mauvaise décision ne vient pas seule. Prenez la CIBC qui est à plein dans les subprimes alors qu'elle vient à peine de se relever de son implication dans Enron, qui lui a couté 2,4 milliards $ l'an dernier. J'espère que je me trompe et que nos zinzins québécois seront désormais plus visionnaires.

Investisseurs, soyez prudents. D'ici un an, la pollution aura un prix. C'est le temps de faire les bons choix. D'autant plus qu'Al Gore nous a annoncé qu'il sera en croisade non partisane durant la campagne présidentielle.


27 février 2008, 3:39
La pression citoyenne, ça marche!
La sécurité routière est un sujet très discuté ces temps-ci à Montréal. L'un des derniers rapports en liste provient du service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui fait état du bilan routier 2007. Selon le SPVM, la sécurité routière sur l'île s'est grandement améliorée puisque le nombre de décès et de blessés graves a diminué d'environ 28% cette année. La SPVM indique que la majorité des personnes décédées sont des piétons (63,2%) et que dans 50% des cas, ceux-ci ne respectaient pas le code de la route...Le SPVM conclut donc que les piétons doivent être " éduqués " et sa solution pour y parvenir est d'intensifier les constats d'infraction à leur égard...

D'après la Coalition pour la réduction et l'apaisement de la circulation (C.R.A.C.) cette lecture des faits ne tient pas la route. Selon les données de l'agence de la santé et des services sociaux de Montréal, la probabilité de décès suite à une collision est 6 fois plus faible qu'il y a 10 ans, en raison des progrès des soins médicaux, L'évaluation du bilan routier doit donc se faire en fonction du nombre de collision. Entre 2006 et 2007, le nombre de collisions a augmenté de 5,3 % donc le bilan routier 2007 s'est détérioré. De plus, la cible du SPVM n'est pas la bonne. Plusieurs études démontrent que la principale cause des accidents n'est pas attribuable aux piétons ou aux automobilistes mais bien à l'aménagement inadéquat de la rue.

Évidemment, l'écolier va traverser la rue en courant si les feux de circulation ne lui donnent pas assez de temps ou si le boulevard est trop large pour être traversé d'un seul coup. Qu'est-ce qu'on va faire ? On va mettre un agent de police toute la journée pour s'assurer que le piéton s'arrête sur le terre plein en attendant la prochaine lumière ? Et qu'est-ce qui se passe quand la police n'est plus là ? Le réaménagement physique des rues est une méthode beaucoup plus efficace pour protéger la vie des citoyens que la distribution de contraventions. Le marquage de la route, l'élargissement des bandes de trottoirs, l'installation de dos d'ânes, etc., sont toutes des mesures qui peuvent assurer une meilleure sécurité routière, de façon permanente.

Le réaménagement des rues permet également de réduire le nombre de voitures puisqu'il redonne de l'espace aux piétons, aux cyclistes et aux usagers des transports en commun. Il incite donc la population à adopter des modes de transports alternatifs, permettant d'améliorer à la fois la sécurité, la santé et l'environnement. Et ça, beaucoup de résidents l'ont heureusement compris, si l'on en juge par le nombre croissant d'initiatives citoyennes visant à favoriser la réduction et l'apaisement de la circulation dans plusieurs quartiers de Montréal comme Ahuntsic, Lasalle, Outremont, pour ne nommer que ceux là.

Sur le Plateau, un groupe de citoyens travaille depuis des années, à faire pression auprès de l'arrondissement pour qu'il mette en place des mesures d'apaisement. Une quinzaine d'écoles les appuient dans ce projet. La persévérance a porté fruit puisque le conseil d'arrondissement vient d'annoncer il y a quelques semaines l'échéancier de consultations publiques pour l'adoption d'un Plan de déplacement urbain à la fin 2008.

Dans Notre-Dâme-de-Grâce, les résidents de l'îlot Monkland ont vu leurs efforts récompensés dans la dernière année. L'arrondissement a enfin accédé à leurs demandes en interdisant le stationnement à moins de cinq mètres des intersections de la rue Monkland, en installant des avancées de trottoirs, des feux de circulation qui répondent aux normes de sécurité, un système d'éclairage approprié, du marquage, des dos d'ânes dans quelques unes des rues résidentielles du quartier. Le dossier est toujours en cours, mais selon l'une des responsables du groupe qui a poussé le projet, l'arrondissement semble disposé à poursuivre les travaux et faire de ce secteur un " quartier vert ".

Ce qui est déplorable dans tout ça, c'est que les arrondissements prennent peu d'initiative pour favoriser l'apaisement de la circulation à moins que les citoyens ne déposent de plaintes formelles. Un conseil aux futurs militants, armez-vous de patience et de persévérance.

Une bonne nouvelle, la Ville vient d'annoncer le lancement de l'opération "Réaménagement des intersections" votre sécurité réinventée, un des volets de son plan de transport. La pression des citoyens semble donc faire effet et la Ville commence à réaliser que la population est prête à accepter des changements importants dans son environnement pour améliorer sa qualité de vie. Est-ce au citoyen de prendre en main l'éducation de nos élus ? Dans tous les cas, ça marche!


20 février 2008, 2:42
Vous avez dit "moins cher"?
Vous est-il déjà arrivé de vouloir faire réparer une télé, un cellulaire ou un électroménager et que l'on vous ait répondu: "Ça vaut pas la peine. Ça va t'coûter moins cher d'en acheter un neuf." Jeter plutôt que de réparer est devenu pratique courante. C'est le cas pour presque tout: appareils électroniques, vêtements, souliers, meubles, jouets, matériaux de construction, etc. La qualité et la durabilité sont rarement au rendez-vous. Alors on achète, on jette, on achète, on jette...

Voilà qui fait rouler l'économie, mais qui entraîne un gaspillage des ressources sans précédent. Ce faisant, on jette des bouts d'écosystèmes, de l'énergie et du travail. On fabrique de la pollution et de l'exploitation, puisque ce système carbure à une main-d'œuvre bon marché, pas faite pour durer. Quant à l'utilisation des ressources, si chacun consommait comme nous les Nord-Américains, il faudrait de trois à cinq planètes pour répondre aux besoins de