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Antidote
13 août 2008, 1:31

Les risques de l'infiniment petit

Vous êtes-vous déjà imaginé, en regardant les étoiles, que l'infiniment petit pouvait cacher un univers aussi vaste et complexe que celui de l'infiniment grand? C'est ce que constatent de plus en plus de scientifiques plongés dans l'univers des "nano".

Le préfixe nano fait référence au nanomètre - une mesure de l'infiniment petit. Prenez un de vos cheveux. En largeur, il mesure entre 80 000 et 100 000 nanomètres. Lorsqu'il est question de nanotechnologies, on fait référence à la manipulation de la matière à l'échelle des atomes et des molécules. La nanoscience et les nanotechnologies ont permis de franchir des frontières jusqu'alors inconnues de la physique et de la chimie traditionnelles. Elles ont ouvert une porte sur des possibilités qui semblent infinies... Mais aussi sur des risques dont on parle trop peu.

Les scientifiques ont en effet découvert qu'à l'échelle nanométrique les propriétés de la matière changent. Ainsi, par une simple réduction de la taille d'une particule de zinc, d'argent, de carbone ou autre, on peut en modifier la forme, la conductivité électrique, l'élasticité, la solidité, etc. Des nanotubes de carbone, par exemple, sont aussi légers que du plastique, mais plus résistants que de l'acier. Des nanoparticules d'argent ont des propriétés antibactériennes. Etc.

ENVIRONNEMENT ET SANTE

Le hic est que l'innocuité des nanoparticules n'a jamais été démontrée avant qu'elles ne soient commercialisées. La réglementation en vigueur ne fait pas de distinction entre des produits en fonction de leur taille, même si cela en change les propriétés et donc l'impact sur l'environnement comme sur la santé humaine. C'est donc ici que ça se corse.

Une fois miniaturisés, la plupart des matériaux deviennent plus mobiles dans l'environnement et souvent plus toxiques. À cause de leur taille, les nanoparticules se déplacent plus librement non seulement dans l'environnement, mais aussi dans le corps humain. Elles peuvent donc plus facilement déjouer le système immunitaire, atteindre le tissu pulmonaire et s'infiltrer dans les cellules. Des particules de moins de 30 nanomètres peuvent traverser la barrière hémato-encéphalique, donc affecter le système neurologique.

Face au vide réglementaire qui caractérise l'utilisation de ces nouvelles technologies, de plus en plus de scientifiques et de spécialistes lèvent leur drapeau rouge.

En mai dernier, l'International Center for Technology Assessment (CTA) et une coalition d'organisations travaillant à la protection des consommateurs, de l'environnement et de la santé ont lancé une poursuite contre l'Environmental Protection Agency (EPA) aux États-Unis (www.nanoaction.org). L'année dernière, l'EPA a reconnu les nanoparticules d'argent comme étant un pesticide, vu ses propriétés et ses effets. Aucune réglementation n'a pourtant été mise en vigueur afin que l'on traite cette technologie comme tel. Ces organisations cherchent à créer un précédent avec les nanoparticules d'argent afin de forcer le gouvernement à appliquer le principe de précaution.

Au Québec, c'est aussi l'application du principe de précaution qu'a recommandée la Commission de l'éthique de la science et des technologies dans son rapport Éthique et nanotechnologies: se donner les moyens d'agir, remis au ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation. On peut y lire que "des experts s'inquiètent du peu de moyens dont disposent les autorités sanitaires pour contrôler les produits mis en marché. Enfin, même si ces autorités avaient les moyens et le personnel nécessaires, il n'en faudrait pas moins que des normes d'acceptation soient édictées, ce qui n'est pas encore le cas."

Il n'y a pas de quoi être rassuré sachant que rien de concret n'a été mis en application depuis la sortie de ce rapport, il y a deux ans. Sur la scène fédérale non plus rien ne bouge. C'est pourtant là que se trouvent la plupart des leviers de contrôle en la matière.

DEBAT PUBLIC

Il est grand temps que le débat autour des nanotechnologies sorte des cercles purement scientifiques et corporatifs où il est cantonné pour l'instant. Plus les recherches avancent, plus on découvre les effets négatifs de ces produits sur la santé et l'environnement. Récemment, la revue Nature publiait une étude démontrant que certains nanotubes de carbone ont des effets semblables à l'amiante sur le corps humain. On sait que l'amiante peut provoquer des cancers 30 ou 40 ans après qu'on y ait été exposé. Qu'en est-il de toutes les nanotechnologies déjà dans nos maisons, voire dans nos assiettes? Doit-on attendre 30 ans pour les interdire?

Plus de 600 produits contenant des nanotechnologies (crèmes solaires, aliments, vêtements, cosmétiques, médicaments, appareils électroniques, jouets pour enfants, etc.) sont déjà dans sur le marché. Cette liste s'allonge chaque semaine.

Très peu d'études indépendantes sont réalisées afin de mesurer les risques de ces nouvelles technologies. Le défi tient aussi du fait que les nanoparticules, comme les produits chimiques, ont des effets très différents les uns des autres. Plus d'études sont nécessaires, mais aussi beaucoup plus de précautions avant d'en autoriser la commercialisation.

Pour en savoir plus: http://www.etcgroup.org/en/search.html?search=nanotechnologies

Liste des produits contenant des nanotechnologies: http://www.nanotechproject.org/inventories/consumer/

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Robert Lacas a dit :

re: Les risques de l'infiniment petit

Vous soulevez des points qui méritent considération.  Toutefois, l'article que vous citez dans la revue Nature est beaucoup moins catégorique sur les risques encourus.  

Une partie de l'article va dans le sens que vous suggérez, tout en précisant que les risques sont encore hypothétiques :

«Donaldson stresses there are still pieces of the puzzle to fill in. "We still don't know whether carbon nanotubes will become airborne and be inhaled, or whether, if they do reach the lungs, they can work their way to the sensitive outer lining. But if they do get there in sufficient quantity, there is a chance that some people will develop cancer -- perhaps decades after breathing the stuff," states Donaldson.»

L'autre partie dit que les risques peuvent être annulés :

«There is a silver lining to this research. According to Donaldson, "Short or curly carbon nanotubes did not behave like asbestos, and by knowing the possible dangers of long, thin carbon nanotubes, we can work to control them. It's a good news story, not a bad one. It shows that carbon nanotubes and their products could be made to be safe." »

Compte tenu que les nanotechnologies sont aussi vues comme la façon la plus prometteuse de soigner de nombreuses maladies, de fournir de l'énergie propre, de réduire la pollution, et de façon plus générale de faire «plus avec moins», je crois qu'il faut faire attention de balancer les risques et les retombées.  Dans le cas présent, les risques sont montés en épingle, et les avantages potentiels sont omis.  

N'oublions pas que la Nature elle-même travaille à l'échelle moléculaire, Les nanotechnologies ne sont pas plus une invention de l'Homme que l'Amérique a été une invention des européens qui l'ont trouvé sur leur passage !  Le fait de comprendre, et d'utiliser, les propriétés «nano» est un pas dans le «bon sens» pour s'inspirer des façons de faire de la Nature.  Évidemment, il faut éviter les «faux pas», mais sans se priver d'apprendre à marcher !

# 13 août 2008, 15:49

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# 15 août 2008, 01:02