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L'automobile ne peut être le véhicule de sept milliards d'êtres humains, fusse-t-elle de format compact, Smart et Tata à la fois, ou qu'elle fonctionne à l'électricité, à l'hydrogène ou au biocarburant (comme le démontrent les conséquences perverses de la production de ces énergies). Ce n'est pas viable."
Cet extrait de l'introduction du Plan de déplacement urbain (PDU) de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, rédigé par le conseiller du district du Mile End, Michel Labrecque, résume très bien le sentiment qui se dégage de cette lecture.
Le PDU vise d'une part à faire augmenter les déplacements en transport en commun de 27,6 % aujourd'hui à 29,6 % dans 10 ans et les déplacements en transports actifs de 36,7 % à 41,8 % durant la même période. En ce qui a trait aux déplacements en automobile, l'objectif de l'arrondissement est de les réduire de 27 % d'ici 2018.
Ces objectifs peuvent paraître ambitieux et, pourtant, le PDU s'inscrit clairement dans la voie de ceux d'autres grandes villes comme Londres, avec son système de paysage au centre-ville, Paris, dont l'objectif est de réduire les déplacements en automobile de 40 % et Portland, qui constitue un modèle pour le transport en commun en Amérique du Nord.
Le PDU prévoit 50 actions, qui vont de la piétonnisation de certaines rues à l'augmentation du nombre de voies cyclables en passant par le projet de tramway sur l'avenue du Parc. L'arrondissement veut également s'attaquer aux stationnements illégaux, rediriger et diminuer le trafic de transit de 20 % d'ici 2023.
J'entends déjà certains automobilistes, peut-être un peu exaspérés par l'augmentation des prix du pétrole, me dire que les écolos et autres bien-pensants font, injustement, le procès de la voiture. Or, il n'en est rien. Croyez-le ou non, la plupart des écolos ne sont pas anti-voitures (j'ai bien dit la plupart) que nous utilisons d'ailleurs nous aussi... Même si je ne possède pas de voiture, je parcours environ 2000 km par année en voiture, principalement pour des déplacements liés au travail à l'extérieur de Montréal.
Le problème n'est pas tant la voiture que l'utilisation abusive que nous en faisons et la place immense que nous lui avons accordée en tant que société.
On estime que l'espace urbain utilisé par la voiture en milieu urbain est de 40 % (rues, ruelles, routes, autoroutes, stationnements, etc.) alors que celle-ci ne représente que 34 % des déplacements. On consacre cinq fois plus d'argent aux routes qu'on ne le fait pour le transport en commun. Nous voulons que nos enfants marchent pour aller à l'école (entre autres pour contrer le problème de la sédentarité et de l'obésité), mais nous hésitons à le faire à cause de la vitesse autour de nos écoles et du nombre de voitures dans nos rues.
Le PDU offre donc une série de propositions qui visent à la fois à augmenter la sécurité dans nos rues et à diminuer la pollution (smog, GES) en réduisant par exemple la vitesse à 30 km/h en dehors du réseau artériel, en aménageant les rues de façon à y décourager le trafic de transit, en s'assurant que l'ensemble des trottoirs mesurent 1,8 mètre, etc.
L'adoption de ce plan ne se fera certainement pas sans un certain niveau de grincement de dents, notamment du côté de certains commerçants, qui persistent à croire qu'un bon consommateur doit posséder une voiture. Je me souviens d'une discussion fort civilisée avec mon quincaillier du coin à propos de l'idée de rendre une partie de l'avenue du Mont-Royal piétonne. Ce dernier me faisait valoir que ses clients avaient besoin d'espaces de stationnement pour venir à son magasin... Et moi de lui rappeler que j'étais pourtant un client fidèle depuis plus d'une décennie (mon petit côté castor bricoleur) et que jamais je n'avais eu besoin d'une voiture.
Bien sûr, le PDU impliquera des modifications de comportements et même des désagréments pour certains, puisque la moitié des ménages dans l'arrondissement possèdent une voiture (ce qui constitue d'ailleurs un taux de motorisation très faible).
Mais les bienfaits de ce plan l'emporteront largement sur les désagréments. Le "Plan de déplacement urbain" présenté il y a deux semaines se veut à la fois réaliste, ambitieux et visionnaire, et l'arrondissement y affiche clairement son intention de réduire le nombre de déplacements en automobile au profit des transports actifs (vélo et marche) et du transport en commun.
Bravo!