Si vous avez vu la carte des projets d'éoliennes choisis par Hydro-Québec, vous avez probablement remarqué que ceux-ci sont concentrés sur les rives du Saint-Laurent (
http://www.hydroquebec.com/4d_includes/depdoc/cpe/fr/2000MW_final.pdf). Comme s'il ne ventait pas dans le Grand Nord! Les citoyens à qui on demande d'accepter que de grands moulins à vent soient plantés dans leur paysage se demandent pourquoi on ne les met pas plutôt ailleurs, là où personne n'habite. La raison est simple. Les critères établis par Hydro-Québec ne pouvaient faire en sorte que de favoriser des projets pas trop loin.
En fait, 45 % des points de l'appel d'offres étaient accordés en fonction du coût de l'électricité. Bâtir des éoliennes loin des zones déjà électrifiées engendre des frais pour établir des lignes de transport qui font augmenter le coût. Les promoteurs n'auraient pas eu le choix que d'intégrer ces coûts dans leur offre de service, ce qui les aurait probablement disqualifiés face à leurs concurrents.
Deux options s'offrent à Hydro pour pousser les projets d'éoliennes vers le nord. La première, c'est de se lancer elle-même dans le développement de méga-projets d'éoliennes. Elle jouit d'ailleurs de certains attributs avantageux qui auraient dû la conduire à s'investir pas mal plus sérieusement dans le domaine. Grâce à sa crédibilité financière, elle a accès à du financement à coût beaucoup plus bas que les petites entreprises. De plus, elle jouit d'une expertise dans les négociations avec les Amérindiens, très importante quand vient le temps de s'aventurer sur ce terrain sensible qu'est le Grand Nord!
Une deuxième option aurait pu être pour Hydro-Québec d'exclure les coûts de transport de la compétition, de façon à comparer les projets privés sans pénaliser les projets plus éloignés. Dans ce cadre, Hydro aurait pu établir des zones de développement précises, dont les paramètres auraient été préalablement négociés avec les représentants des populations de la région (maires, chefs amérindiens...). On aurait même pu impliquer ces représentants dans le choix de l'entreprise mandataire. Avec cette façon de faire, on garde un rôle pour le privé, utile pour favoriser l'innovation, tout en donnant aux communautés le haut du pavé dans le processus d'attribution.
Le développement de projets d'éoliennes dans le Nord ferait-il augmenter le coût de production comparativement à des projets dans des zones plus urbanisées? Pas sûr. Tenant compte du fait que dans les zones urbanisées, les compensations versées aux populations affectées sont nécessairement plus importantes, il y a peut-être des économies à faire lorsqu'on monte vers le nord.
Ces compensations risquent d'ailleurs d'augmenter en zone urbaine. C'est une leçon que devront tirer les promoteurs. Certains projets controversés ont eu de la difficulté à passer parce que les promoteurs avaient trop peu à offrir aux voisins des éoliennes. En effet, dans ces projets, si un agriculteur pouvait recevoir quelques milliers de dollars pour chaque éolienne plantée sur sa terre, son voisin, sans moulin à vent sur son terrain, ne recevait rien directement du promoteur. Une redevance à la municipalité de quelques dizaines de dollars par citoyen était censée être suffisante pour l'appâter. Manifestement, l'offre ne semblait pas assez alléchante aux yeux de trop nombreux citoyens!
Rappelez-vous avant la crise du Suroît, Hydro nous disait que les éoliennes gelaient en hiver! Il aura fallu toute une mobilisation citoyenne pour qu'elle accepte de considérer sérieusement cette filière. Mais encore, elle ne le fait que du bout des doigts! Pendant ce temps, l'entreprise gouvernementale Électricité de France vient gagner des mandats dans notre appel d'offres et l'Écosse bâtit des éoliennes en haute mer. Go North, Hydro!