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14 mai 2008, 4:17

L'or qui tombait des arbres

Mariame se lève tous les jours avant le soleil. Ses pieds nus glissent sur la terre rouge de la case où elle dort. Elle prépare le petit-déjeuner pour ses huit enfants. La bouillie de sorgho cuit tranquillement sur le petit feu de bois qu'elle vient d'allumer. Elle l'enrichit d'une cuillère de beurre de karité, "pour la santé et le goût", dit-elle.

Au Burkina Faso, où elle habite, comme dans toute l'Afrique de l'Ouest, le beurre de karité est considéré comme l'or des femmes. Depuis des millénaires, celles-ci bravent les serpents et les scorpions afin de ramasser les fruits qui tombent aux pieds de ces arbres magnifiques. Une quinzaine d'étapes de transformation sont nécessaires pour obtenir un beurre de qualité. Les enfants se nourrissent de la pulpe du fruit, mais c'est de l'amande que les femmes extraient le beurre. "Il faut beaucoup de travail", m'assure Mariame, qui a appris la méthode traditionnelle avec sa mère et ses tantes. "Comme ça, on préserve toutes les vertus thérapeutiques tant pour la peau, lorsque nous l'appliquons, que pour l'alimentation: les vitamines A, D, E, F, et K", ajoute-t-elle.

ENTREPRISE D'ECONOMIE SOCIALE

Mariame Nignan Bassia est la trésorière de l'Union de Léo, la première coopérative de beurre de karité certifiée biologique et équitable. Elles sont 2 500 productrices comme elle à fabriquer non seulement du beurre de karité, mais surtout beaucoup de dignité. Mariame en a d'ailleurs plein le regard quand elle parle de leur coopérative. À voir la fraîcheur de sa peau, malgré ses 56 ans de vie sous le soleil de l'Afrique, ce produit de beauté semble vraiment efficace!

Grâce à cette entreprise d'économie sociale, les femmes obtiennent cinq fois plus d'argent pour leur beurre que ce qu'elles recevraient en vendant les simples amandes de karité aux commerçants qui passent avec leurs camions de villages en villages. Depuis plusieurs années, ces marchands paient à vil prix une matière première qu'ils revendent à des multinationales occidentales. Ces grandes entreprises accaparent d'ailleurs 95 % de la production mondiale du karité. Elles transforment les amandes à l'aide de solvants chimiques, ce qui réduit la qualité du produit final, mais coûte beaucoup moins cher. Bien que le karité ne pousse qu'en Afrique, une fraction des bénéfices demeure sur ce continent.

Dans un pays où la moitié des habitants vit avec moins d'un dollar par jour, une telle coopérative crée un levier économique important pour toute une région. Autour de Léo, les femmes connaissent maintenant la valeur du karité. Les commerçants ne peuvent plus offrir des prix aussi bas qu'avant. Elles négocient. La coopérative a mis sur pied un programme d'alphabétisation. Elles apprennent non seulement à lire et à écrire, mais aussi à compter. Grâce à la prime du commerce équitable, les femmes ont aussi mis sur pied un programme de parrainage des enfants du VIH/Sida.

Alors qu'il y a quelques mois, la crise alimentaire mondiale provoquait une émeute de la faim dans la ville voisine de Bobo-Dioulasso, Mariame et les autres femmes de sa coopérative se disent pour l'instant épargnées. Bénéficiant de plus de revenus grâce au beurre de karité, elles ont les moyens de nourrir leur famille, malgré l'augmentation des prix.

La coopérative de Léo est un tel exemple de succès qu'elle a inspiré la création d'autres regroupements de femmes. Au Mali par exemple, l'Union de Siby regroupe 800 productrices de karité dans 21 villages. Quatorze d'entre elles se présenteront d'ailleurs aux élections municipales afin de mieux faire valoir leurs droits. Du jamais vu, paraît-il, dans cette région du Mali majoritairement musulmane.

BENEFICES ENVIRONNEMENTAUX

Comme une plus grande valeur économique est accordée aux fruits du karité, ces arbres sont davantage protégés. Bien que le karité porte des fruits seulement après 17 ans, mal vu sera celui qui osera abattre un tel arbre. Leur simple présence aide à lutter contre la désertification, contribue au bon cycle de l'eau et au contrôle du climat.

Dans le cadre de la Quinzaine du commerce équitable, le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) a eu l'idée d'inviter trois représentantes et un représentant de ces coopératives au Québec, afin qu'ils viennent nous raconter eux-mêmes leur histoire. Ils sont aussi ici pour convaincre de nouvelles entreprises d'acheter leur beurre de karité. Pour l'instant au Québec, seules quelques entreprises comme Delapointe, Les services adaptés Transit, Les soins corporels l'Herbier, Oasis Botanique, les Ateliers Bulles, Druide et quelques autres achètent leurs produits. Il en faudrait plus! Ils sont au Québec jusqu'au 22 mai; si vous connaissez des intéressés, ils vous attendent!

Pour plus d'information sur ces coopératives de beurre de karité, visitez le site du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI): www.ceci.ca/karite.

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Laurence Prud'homme a dit :

re: L'or qui tombait des arbres

Ça fait du bien d'entendre ça, des solutions!!

Ça change des discours apocalyptiques (bien fondés, malheureusement, pour la plupart) qui n'offrent que grisaille et brouillard... Voilà un bel exemple de partage, d'entraide, de justice! Il en faut, des projets comme ça, des milliers, des millions, pour renverser la vapeur et provoquer une contre-réaction en chaîne assez puissante pour vaincre l'injustice sociale, pour que notre planète retrouve les forces nécessaires pour se guérir de son méchant rhume.

C'est parfois décourageant de voir à quel point le capitalisme gruge nos vies et celles de populations entières, vile gangrène, de constater à quel point notre planète est souffrante.

On ne sait plus quoi faire pour aider, on a l'impression que notre petit grain de sable n'y changera rien, qu'il se perdra dans les dunes du désert qui avance...

Il faut y aller un projet à la fois, agir à un maillon de la chaîne en sachant que d'autres agissent ailleurs aussi. Il faut se retrousser les manches et y aller! Chacun son maillon! Go!

# 15 mai 2008, 05:38

Joseph St-Jean a dit :

re: L'or qui tombait des arbres

Bravo.

Les terres cultivables de l'afrique consacrees a la fabrication de p'tit beurre anti-ride pour la matante occidentale, alors qu'il faut leur shipper du ble pour leur simple subsistence!

La go-gauche demontre encore sa logique "du gout du jour" tout a fait infaillible.

Les sites communistes comme "Voir" devrait etre interdit pour cause de propagande irreflechie.

Madame Prud'homme: La justice sociale est un luxe, luxe rendu possible par les exces de reussite capitalistes. Croyez vous a la justice sociate cubaine ou nord coreinne?

JSJ

# 15 mai 2008, 12:42

Laurence Prud'homme a dit :

re: L'or qui tombait des arbres

Bonjour monsieur St-Jean.

Je vous invite à aller voir mon billet complet sur: www.blogalolo.quebecblogue.com

J'y ajoutais, entre autres, que "Si l’Afrique se met à cultiver les graines de karité en masse, pour satisfaire aux besoins de l’Occident à la peau ridée, ça ne les aidera pas, à long terme, puisqu’ils auront tout misé là-dessus et qu’ils n’auront pas appris à diversifier les cultures pour arriver à être autosuffisants. Qu’est-ce qu’ils feront quand les vieilles peaux occidentales s’enticheront du nouvel onguent à base d’extraits de testicules de zèbres? Ils feront pousser des zèbres? Et en plus, ces pauvres femmes risquent de se faire ramasser par les milices armées des bandes de mafieux pas trop contents de l’augmentation du prix du karité dont ils avaient le monopole auparavant…”

Évidemment, le "vert" est à la mode, "la charité" donne bonne conscience aux gens de chez Google et les gourous du marketing s'en frottent les mains... évidemment. Les champs de maïs du Mexique sont utilisés pour produire du biodiesel pour nos voitures nord-américaines alors que les mexicains commencent sérieusement à crever de faim. Soit.

Mais doit-on condamner toute initiative pour essayer de soulager les souffrances des populations du Tiers-Monde? Doit-on rejeter tous les projets environnementaux du revers de la main sous prétexte qu'ils ont été initiés en Occident? Je ne crois pas.

Par contre, il faut être lucide. Poser des questions et tenter d'agir à tous les maillons de la grande chaîne capitaliste pour renverser la vapeur. Ne pas se laisser berner par l'étiquette "bio" et par le marketing vert. Évidemment.

Moi, je crois qu'il y a encore des initiatives sincères, des gens altruistes qui veulent donner de leur temps, de leur argent et de leur énergie pour les autres. Naïve? Idéaliste? Peut-être. Quant à Cuba et à la Corée du Nord, je crois que se sont des modèles sociaux qui ne fonctionnent pas, tout comme celui que nous avons chez nous. Le communisme et le capitalisme ont tous deux engendré des monstres et des horreurs. J'ose espérer que nous seront capable d'en tirer des leçons et de réinventer le monde, encore une fois. Des idées?

# 15 mai 2008, 14:32

Joseph St-Jean a dit :

re: L'or qui tombait des arbres

Madame Prud'homme:

Je detecte une etincelle de curiosite et de bon sens pragmatique dans votre ecriture. Alors je crois que vous avez ce qu'il faut pour l'exercice qui suit:

Si vous pouvez lire l'anglais, lisez "Atlas Shrugged", de Ayn Rand. Publie en 1957. Jamais traduit en francais, helas.

Apres ces 1000 pages de textes, votre vision du monde sera transformee pour le reste de vos jour.

C'est ce que l'on m'a dit avant que je le lise, et j'ai bien rigole. Puis j'ai lu.

JSJ

# 16 mai 2008, 12:40

Laurence Prud'homme a dit :

re: L'or qui tombait des arbres

Merci pour la suggestion, je vais tenter l'aventure!

;-)

# 16 mai 2008, 13:29