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Antidote
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May 2008 - Messages
21 mai 2008, 12:55
Go North, Hydro!
Si vous avez vu la carte des projets d'éoliennes choisis par Hydro-Québec, vous avez probablement remarqué que ceux-ci sont concentrés sur les rives du Saint-Laurent (http://www.hydroquebec.com/4d_includes/depdoc/cpe/fr/2000MW_final.pdf). Comme s'il ne ventait pas dans le Grand Nord! Les citoyens à qui on demande d'accepter que de grands moulins à vent soient plantés dans leur paysage se demandent pourquoi on ne les met pas plutôt ailleurs, là où personne n'habite. La raison est simple. Les critères établis par Hydro-Québec ne pouvaient faire en sorte que de favoriser des projets pas trop loin.

En fait, 45 % des points de l'appel d'offres étaient accordés en fonction du coût de l'électricité. Bâtir des éoliennes loin des zones déjà électrifiées engendre des frais pour établir des lignes de transport qui font augmenter le coût. Les promoteurs n'auraient pas eu le choix que d'intégrer ces coûts dans leur offre de service, ce qui les aurait probablement disqualifiés face à leurs concurrents.

Deux options s'offrent à Hydro pour pousser les projets d'éoliennes vers le nord. La première, c'est de se lancer elle-même dans le développement de méga-projets d'éoliennes. Elle jouit d'ailleurs de certains attributs avantageux qui auraient dû la conduire à s'investir pas mal plus sérieusement dans le domaine. Grâce à sa crédibilité financière, elle a accès à du financement à coût beaucoup plus bas que les petites entreprises. De plus, elle jouit d'une expertise dans les négociations avec les Amérindiens, très importante quand vient le temps de s'aventurer sur ce terrain sensible qu'est le Grand Nord!

Une deuxième option aurait pu être pour Hydro-Québec d'exclure les coûts de transport de la compétition, de façon à comparer les projets privés sans pénaliser les projets plus éloignés. Dans ce cadre, Hydro aurait pu établir des zones de développement précises, dont les paramètres auraient été préalablement négociés avec les représentants des populations de la région (maires, chefs amérindiens...). On aurait même pu impliquer ces représentants dans le choix de l'entreprise mandataire. Avec cette façon de faire, on garde un rôle pour le privé, utile pour favoriser l'innovation, tout en donnant aux communautés le haut du pavé dans le processus d'attribution.

Le développement de projets d'éoliennes dans le Nord ferait-il augmenter le coût de production comparativement à des projets dans des zones plus urbanisées? Pas sûr. Tenant compte du fait que dans les zones urbanisées, les compensations versées aux populations affectées sont nécessairement plus importantes, il y a peut-être des économies à faire lorsqu'on monte vers le nord.

Ces compensations risquent d'ailleurs d'augmenter en zone urbaine. C'est une leçon que devront tirer les promoteurs. Certains projets controversés ont eu de la difficulté à passer parce que les promoteurs avaient trop peu à offrir aux voisins des éoliennes. En effet, dans ces projets, si un agriculteur pouvait recevoir quelques milliers de dollars pour chaque éolienne plantée sur sa terre, son voisin, sans moulin à vent sur son terrain, ne recevait rien directement du promoteur. Une redevance à la municipalité de quelques dizaines de dollars par citoyen était censée être suffisante pour l'appâter. Manifestement, l'offre ne semblait pas assez alléchante aux yeux de trop nombreux citoyens!

Rappelez-vous avant la crise du Suroît, Hydro nous disait que les éoliennes gelaient en hiver! Il aura fallu toute une mobilisation citoyenne pour qu'elle accepte de considérer sérieusement cette filière. Mais encore, elle ne le fait que du bout des doigts! Pendant ce temps, l'entreprise gouvernementale Électricité de France vient gagner des mandats dans notre appel d'offres et l'Écosse bâtit des éoliennes en haute mer. Go North, Hydro!


14 mai 2008, 4:17
L'or qui tombait des arbres
Mariame se lève tous les jours avant le soleil. Ses pieds nus glissent sur la terre rouge de la case où elle dort. Elle prépare le petit-déjeuner pour ses huit enfants. La bouillie de sorgho cuit tranquillement sur le petit feu de bois qu'elle vient d'allumer. Elle l'enrichit d'une cuillère de beurre de karité, "pour la santé et le goût", dit-elle.

Au Burkina Faso, où elle habite, comme dans toute l'Afrique de l'Ouest, le beurre de karité est considéré comme l'or des femmes. Depuis des millénaires, celles-ci bravent les serpents et les scorpions afin de ramasser les fruits qui tombent aux pieds de ces arbres magnifiques. Une quinzaine d'étapes de transformation sont nécessaires pour obtenir un beurre de qualité. Les enfants se nourrissent de la pulpe du fruit, mais c'est de l'amande que les femmes extraient le beurre. "Il faut beaucoup de travail", m'assure Mariame, qui a appris la méthode traditionnelle avec sa mère et ses tantes. "Comme ça, on préserve toutes les vertus thérapeutiques tant pour la peau, lorsque nous l'appliquons, que pour l'alimentation: les vitamines A, D, E, F, et K", ajoute-t-elle.

ENTREPRISE D'ECONOMIE SOCIALE

Mariame Nignan Bassia est la trésorière de l'Union de Léo, la première coopérative de beurre de karité certifiée biologique et équitable. Elles sont 2 500 productrices comme elle à fabriquer non seulement du beurre de karité, mais surtout beaucoup de dignité. Mariame en a d'ailleurs plein le regard quand elle parle de leur coopérative. À voir la fraîcheur de sa peau, malgré ses 56 ans de vie sous le soleil de l'Afrique, ce produit de beauté semble vraiment efficace!

Grâce à cette entreprise d'économie sociale, les femmes obtiennent cinq fois plus d'argent pour leur beurre que ce qu'elles recevraient en vendant les simples amandes de karité aux commerçants qui passent avec leurs camions de villages en villages. Depuis plusieurs années, ces marchands paient à vil prix une matière première qu'ils revendent à des multinationales occidentales. Ces grandes entreprises accaparent d'ailleurs 95 % de la production mondiale du karité. Elles transforment les amandes à l'aide de solvants chimiques, ce qui réduit la qualité du produit final, mais coûte beaucoup moins cher. Bien que le karité ne pousse qu'en Afrique, une fraction des bénéfices demeure sur ce continent.

Dans un pays où la moitié des habitants vit avec moins d'un dollar par jour, une telle coopérative crée un levier économique important pour toute une région. Autour de Léo, les femmes connaissent maintenant la valeur du karité. Les commerçants ne peuvent plus offrir des prix aussi bas qu'avant. Elles négocient. La coopérative a mis sur pied un programme d'alphabétisation. Elles apprennent non seulement à lire et à écrire, mais aussi à compter. Grâce à la prime du commerce équitable, les femmes ont aussi mis sur pied un programme de parrainage des enfants du VIH/Sida.

Alors qu'il y a quelques mois, la crise alimentaire mondiale provoquait une émeute de la faim dans la ville voisine de Bobo-Dioulasso, Mariame et les autres femmes de sa coopérative se disent pour l'instant épargnées. Bénéficiant de plus de revenus grâce au beurre de karité, elles ont les moyens de nourrir leur famille, malgré l'augmentation des prix.

La coopérative de Léo est un tel exemple de succès qu'elle a inspiré la création d'autres regroupements de femmes. Au Mali par exemple, l'Union de Siby regroupe 800 productrices de karité dans 21 villages. Quatorze d'entre elles se présenteront d'ailleurs aux élections municipales afin de mieux faire valoir leurs droits. Du jamais vu, paraît-il, dans cette région du Mali majoritairement musulmane.

BENEFICES ENVIRONNEMENTAUX

Comme une plus grande valeur économique est accordée aux fruits du karité, ces arbres sont davantage protégés. Bien que le karité porte des fruits seulement après 17 ans, mal vu sera celui qui osera abattre un tel arbre. Leur simple présence aide à lutter contre la désertification, contribue au bon cycle de l'eau et au contrôle du climat.

Dans le cadre de la Quinzaine du commerce équitable, le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) a eu l'idée d'inviter trois représentantes et un représentant de ces coopératives au Québec, afin qu'ils viennent nous raconter eux-mêmes leur histoire. Ils sont aussi ici pour convaincre de nouvelles entreprises d'acheter leur beurre de karité. Pour l'instant au Québec, seules quelques entreprises comme Delapointe, Les services adaptés Transit, Les soins corporels l'Herbier, Oasis Botanique, les Ateliers Bulles, Druide et quelques autres achètent leurs produits. Il en faudrait plus! Ils sont au Québec jusqu'au 22 mai; si vous connaissez des intéressés, ils vous attendent!

Pour plus d'information sur ces coopératives de beurre de karité, visitez le site du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI): www.ceci.ca/karite.