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Mariame se lève tous les jours avant le soleil. Ses pieds nus glissent sur la terre rouge de la case où elle dort. Elle prépare le petit-déjeuner pour ses huit enfants. La bouillie de sorgho cuit tranquillement sur le petit feu de bois qu'elle vient d'allumer. Elle l'enrichit d'une cuillère de beurre de karité, "pour la santé et le goût", dit-elle.
Au Burkina Faso, où elle habite, comme dans toute l'Afrique de l'Ouest, le beurre de karité est considéré comme l'or des femmes. Depuis des millénaires, celles-ci bravent les serpents et les scorpions afin de ramasser les fruits qui tombent aux pieds de ces arbres magnifiques. Une quinzaine d'étapes de transformation sont nécessaires pour obtenir un beurre de qualité. Les enfants se nourrissent de la pulpe du fruit, mais c'est de l'amande que les femmes extraient le beurre. "Il faut beaucoup de travail", m'assure Mariame, qui a appris la méthode traditionnelle avec sa mère et ses tantes. "Comme ça, on préserve toutes les vertus thérapeutiques tant pour la peau, lorsque nous l'appliquons, que pour l'alimentation: les vitamines A, D, E, F, et K", ajoute-t-elle.
ENTREPRISE D'ECONOMIE SOCIALE
Mariame Nignan Bassia est la trésorière de l'Union de Léo, la première coopérative de beurre de karité certifiée biologique et équitable. Elles sont 2 500 productrices comme elle à fabriquer non seulement du beurre de karité, mais surtout beaucoup de dignité. Mariame en a d'ailleurs plein le regard quand elle parle de leur coopérative. À voir la fraîcheur de sa peau, malgré ses 56 ans de vie sous le soleil de l'Afrique, ce produit de beauté semble vraiment efficace!
Grâce à cette entreprise d'économie sociale, les femmes obtiennent cinq fois plus d'argent pour leur beurre que ce qu'elles recevraient en vendant les simples amandes de karité aux commerçants qui passent avec leurs camions de villages en villages. Depuis plusieurs années, ces marchands paient à vil prix une matière première qu'ils revendent à des multinationales occidentales. Ces grandes entreprises accaparent d'ailleurs 95 % de la production mondiale du karité. Elles transforment les amandes à l'aide de solvants chimiques, ce qui réduit la qualité du produit final, mais coûte beaucoup moins cher. Bien que le karité ne pousse qu'en Afrique, une fraction des bénéfices demeure sur ce continent.
Dans un pays où la moitié des habitants vit avec moins d'un dollar par jour, une telle coopérative crée un levier économique important pour toute une région. Autour de Léo, les femmes connaissent maintenant la valeur du karité. Les commerçants ne peuvent plus offrir des prix aussi bas qu'avant. Elles négocient. La coopérative a mis sur pied un programme d'alphabétisation. Elles apprennent non seulement à lire et à écrire, mais aussi à compter. Grâce à la prime du commerce équitable, les femmes ont aussi mis sur pied un programme de parrainage des enfants du VIH/Sida.
Alors qu'il y a quelques mois, la crise alimentaire mondiale provoquait une émeute de la faim dans la ville voisine de Bobo-Dioulasso, Mariame et les autres femmes de sa coopérative se disent pour l'instant épargnées. Bénéficiant de plus de revenus grâce au beurre de karité, elles ont les moyens de nourrir leur famille, malgré l'augmentation des prix.
La coopérative de Léo est un tel exemple de succès qu'elle a inspiré la création d'autres regroupements de femmes. Au Mali par exemple, l'Union de Siby regroupe 800 productrices de karité dans 21 villages. Quatorze d'entre elles se présenteront d'ailleurs aux élections municipales afin de mieux faire valoir leurs droits. Du jamais vu, paraît-il, dans cette région du Mali majoritairement musulmane.
BENEFICES ENVIRONNEMENTAUX
Comme une plus grande valeur économique est accordée aux fruits du karité, ces arbres sont davantage protégés. Bien que le karité porte des fruits seulement après 17 ans, mal vu sera celui qui osera abattre un tel arbre. Leur simple présence aide à lutter contre la désertification, contribue au bon cycle de l'eau et au contrôle du climat.
Dans le cadre de la Quinzaine du commerce équitable, le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) a eu l'idée d'inviter trois représentantes et un représentant de ces coopératives au Québec, afin qu'ils viennent nous raconter eux-mêmes leur histoire. Ils sont aussi ici pour convaincre de nouvelles entreprises d'acheter leur beurre de karité. Pour l'instant au Québec, seules quelques entreprises comme Delapointe, Les services adaptés Transit, Les soins corporels l'Herbier, Oasis Botanique, les Ateliers Bulles, Druide et quelques autres achètent leurs produits. Il en faudrait plus! Ils sont au Québec jusqu'au 22 mai; si vous connaissez des intéressés, ils vous attendent!
Pour plus d'information sur ces coopératives de beurre de karité, visitez le site du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI): www.ceci.ca/karite.
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