Le 2 avril dernier, François Parenteau s'interrogeait dans ces pages sur l'utilisation du fluorescent compact, et notamment sur les projets (Australie, États-Unis, Canada) de bannir la bonne vieille ampoule incandescente à la suite de la parution d'un article sur cette question dans les médias québécois.
En effet, des chercheurs de l'Université de Toronto ayant comparé le fluorescent compact à l'ampoule traditionnelle sont arrivés à la conclusion que comme les fluocompacts sont plus efficaces, notamment parce qu'ils convertissent plus d'énergie en lumière (et donc génèrent moins de perte de chaleur), leur utilisation mènerait à une augmentation de la consommation d'énergie pour le chauffage...
Les "vertus" de chauffage de l'ampoule incandescente pourraient, à la limite, avoir leur utilité l'hiver mais qu'en est-il de l'été? Est-ce que l'on veut vraiment plus de chauffage de la part de notre éclairage alors que la température extérieure atteint 25 oC, 30 oC, 35 oC? Et c'est sans compter le réchauffement planétaire qui nous donne des hivers de plus en plus doux et des étés de plus en plus chauds. Cela veut donc dire que nous avons besoin de moins de chauffage l'hiver et de plus en plus de climatisation l'été (je ne l'encourage pas, c'est simplement un fait).
Ma question aux chercheurs est la suivante: "Est-ce que l'on doit continuer à encourager les gens à utiliser des ampoules incandescentes l'été, de façon à augmenter leur facture de climatisation?"
De plus, l'un des chercheurs de l'Université de Toronto déclarait que le problème pour le Québec est qu'une partie de l'énergie de chauffage provient de combustibles fossiles (mazout et gaz naturel) sans mentionner que 70 % du chauffage résidentiel est hydroélectrique!
Lorsqu'il est question d'efficacité énergétique, on parle souvent de "la bonne énergie à la bonne place".
Permettez-moi d'illustrer: j'ai une cuisinière au gaz naturel à la maison. Croyez-vous que je devrais me servir de cette cuisinière pour le chauffage ou encore pour l'éclairage de la maison? Poser la question, c'est y répondre.
Le principe de "la bonne énergie à la bonne place" veut que l'on utilise le bon type d'appareil ou de technologie pour répondre à des besoins spécifiques. Donc, si nous cherchons à éclairer, utilisons le meilleur type d'éclairage possible. Idem pour le chauffage, la cuisson, etc.
Au-delà de cette question, plusieurs études ont été menées sur l'utilisation du fluocompact versus l'ampoule incandescente et la plupart d'entre elles arrivent à des conclusions semblables: d'un point de vue environnemental et énergétique, le fluocompact l'emporte largement sur l'ampoule, et cela pour plusieurs raisons.
Les fluocompacts utilisent 75 % moins d'énergie et durent 10 fois plus longtemps. L'achat d'un fluocompact est équivalent à l'achat de 8 ampoules incandescentes. Des études américaines précisent que si chaque résidence remplaçait seulement une ampoule par un fluocompact, on pourrait économiser suffisamment d'énergie pour éclairer 3 millions de résidences et réduire les émissions de GES de l'équivalent de 800 000 voitures.
Nous avons également pu voir dans les médias québécois des questions soulevées sur la présence de mercure dans les fluocompacts, une substance toxique que l'on ne retrouve pas dans les ampoules incandescentes. Toutefois, plusieurs reportages ont négligé de mentionner que plusieurs formes de production d'électricité génèrent beaucoup de mercure, comme le charbon, qui représente plus de 50 % de la production électrique aux États-Unis mais qui est également très utilisé en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Alberta, etc. Or, le mercure relâché dans l'environnement pour produire l'électricité nécessaire aux ampoules incandescentes est supérieur à celui provenant de l'utilisation des compacts.
Vous pourriez toujours me répondre: "C'est bien beau, mais nous n'utilisons pas de charbon au Québec", et vous auriez raison de le faire. Je vous répondrai toutefois que l'hydroélectricité produit également du mercure (du méthylmercure, pour être plus précis) lié à l'inondation de grandes superficies. Il n'existe cependant aucune étude précise à ce jour sur les fluocompacts dans le contexte énergétique québécois (du moins, pas que je sache).
Est-ce à dire que le fluocompact l'emporte toujours sur l'ampoule incandescente... Pas nécessairement, mais de façon générale, c'est une valeur plutôt sûre.
J'aimerais donc revenir sur le questionnement existentiel de l'ami Parenteau (et de toute autre personne torturée par cette question): allez-y gaiement, achetez et installez des fluocompacts, notre petite planète ne s'en portera qu'un peu mieux.