La Ligue de hockey junior majeur du Québec devra interdire les bagarres, à la demande de la ministre Courchesne. Il était temps. Cette crise autour de l'agression barbare menée par le fils de Patrick Roy devrait toutefois nous conduire à une réorganisation majeure du sport: le ramener à l'école.
Pour le hockey, le soccer, le base-ball et plusieurs autres sports, nos jeunes sont inscrits dans des équipes sous la houlette des villes. Mais les villes sont mal outillées pour bien s'en occuper. Elles n'ont pas de professeurs d'éducation physique qualifiés pour former et superviser les entraîneurs. En plus d'être mal supervisés, la plupart des entraîneurs des équipes des villes sont des parents qui ne sont pas des athlètes de haut niveau. Y a trop de "coach du Canadien wannabes" sans supervision! Ce genre d'encadrement déficient n'est rien pour éviter des débordements de langage.
Il existe pourtant une super solution de remplacement sur laquelle nous pourrions appuyer le développement du sport: la structure scolaire. Nos jeunes sont tous à l'école. Il s'agirait donc de faire en sorte qu'ils portent les couleurs de leur école. Les villes continueraient d'être impliquées en coordonnant les ligues et en fournissant les arénas et les parcs, mais la responsabilité officielle d'encadrer les équipes serait celle d'un professeur d'éducation physique équipé pour le faire.
Les écoles offrent aussi d'autres avantages évidents comme lieu de développement du sport. D'abord, la possibilité de mieux arrimer la pratique du sport à la poursuite des études. Par exemple, les jeunes peuvent s'entraîner dans la période du service de garde, entre 16 h et 18 h. N'ayant pas accès aux jeunes dans les services de garde, les villes sont souvent limitées à un horaire de fin de semaine.
Autre avantage, un signal clair est donné aux jeunes que leur réussite scolaire est incontournable pour la poursuite de leur sport. Même si la Ligue de hockey junior majeur fait de gros efforts pour inciter ses joueurs à continuer leurs études, il n'en reste pas moins que pour ces joueurs, les études ne sont plus au centre de leur vie. À 70 matchs par année, comment voulez-vous qu'un jeune de 16 ans soit sérieux dans la poursuite de ses études? Chez nos voisins du sud, le hockey collégial et universitaire ne prévoit que 40 matchs par année.
L'organisation sportive basée sur les villes ne favorise pas une pyramide suffisamment large à la base pour construire un sport d'élite de qualité. Prenons l'exemple du soccer à Montréal. En ce moment, même s'il y a souvent plus de six écoles primaires par quartier, il n'y a qu'un seul club de soccer. Ce ne sont souvent que quelques joueurs par école qui vont jouer la fin de semaine pour le club de leur quartier. Avec la forte demande en soccer que l'on connaît actuellement, on pourrait sûrement organiser une équipe dans chaque école.
Les clubs de quartier à courte vue s'y opposent trop souvent, désirant pouvoir continuer à recruter les deux ou trois meilleurs de chaque école. Mais à 10 ans, le classement ne veut rien dire. Au contraire, on doit laisser les meilleurs s'entraîner avec les autres pour développer un plus grand bassin de joueurs. On récoltera une meilleure crème à partir d'un bassin de plusieurs milliers de jeunes.
Notre structure sportive basée sur les "coach du Canadien wannabes" est complètement nulle. Dans les sports individuels, où la performance est souvent le résultat du développement d'un talent grâce à l'appui exceptionnel des parents, nous arrivons encore à gagner des médailles. Mais il ne faut pas se surprendre que, outre le hockey, nous ayons de la difficulté à gagner des médailles dans les sports d'équipe, où la victoire est le produit d'un système de développement.