On souhaiterait l'esclavage aboli. Certes, il l'est sur papier, mais dans la pratique, c'est une autre histoire.
C'est l'histoire d'Ibrahim, de Madi, de Marie, de Yin et de Juan qui ont été vendus ou échangés en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. D'après l'Organisation internationale du travail des Nations unies, des millions d'enfants esclaves sont contraints d'endurer des conditions de vie et de travail inhumaines. Nombreux sont ceux qui meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte. Ils absorbent les coups d'un système économique qui carbure à l'exploitation environnementale et sociale. Il faut des bas prix pour les consommateurs et surtout des profits pour les actionnaires qui habitent bien loin des champs, des mines et des usines où travaillent ces enfants.
L'extrême pauvreté de leurs parents et de la société dans laquelle ils vivent permet une telle aberration. Aberration, parce que le monde n'a jamais été aussi instruit ni si riche financièrement. Ce capital est cependant concentré entre les mains d'une minorité dans les pays riches. L'année dernière, la fortune des trois individus les plus nantis de la planète était supérieure au PIB des 63 pays les plus pauvres qui comptent plusieurs centaines de millions de personnes. Selon le Rapport des Nations unies sur le développement humain, jamais dans toute l'histoire de l'humanité les inégalités entre riches et pauvres n'ont été aussi marquées.
Si on pouvait retracer le parcours du cacao contenu dans toutes les poules et les lapins en chocolat qui nous regardent à l'épicerie comme à la pharmacie, on aboutirait probablement en Côte-d'Ivoire ou au Ghana, deux pays où persistent le travail forcé des enfants et l'esclavage, tout particulièrement dans les plantations de cacao. Presque trois quarts de la production mondiale de cacao est issue de cette région du monde.
L'exploitation des enfants et de leurs parents y est connue et bien documentée. La poignée de multinationales qui contrôle le commerce de cette denrée le sait. Il y a sept ans, celles-ci avaient même accepté de signer l'accord Harkin-Engel visant à mettre fin à l'exploitation des enfants dans les plantations. Elles avaient été forcées de s'engager sous la pression de citoyens scandalisés par des images transmises dans les pays consommateurs grâce à des journalistes alertés par des organisations non gouvernementales (ONG) présentes sur le terrain. Deux membres du Congrès américain, le sénateur Tom Harkin et le député Elliot Engel, s'en étaient mêlés. Ils étaient prêts à imposer un système de certification et d'étiquetage obligatoire du chocolat aux États-Unis.
Le lobby industriel a vite répliqué, proposant un compromis: un protocole volontaire engageant les entreprises à éliminer l'esclavage des enfants dans les plantations de cacaoyers d'Afrique de l'Ouest et à mettre un terme aux pires formes de travail des enfants dans l'ensemble de la filière mondiale du cacao-chocolat, avant 2005.
En 2008, ces objectifs sont loin d'avoir été atteints. Selon les experts indépendants mandatés par le gouvernement américain, la situation se serait même détériorée, surtout en Côte-d'Ivoire, à cause de la guerre. Le manque de transparence du gouvernement ivoirien et ghanéen est également critiqué. Il est clair qu'un engagement volontaire des grandes entreprises ne suffit pas à faire changer le cours des choses.
PASSER A L'ACTION
On doit s'attaquer à la racine du mal: la pauvreté. Dans les régions productrices de cacao, de nombreux villages sont encore sans eau courante ni électricité, sans clinique médicale ni véritable école. Les petits producteurs et les travailleurs dans les plantations reçoivent des prix dérisoires pour leur travail. Un des premiers gestes à poser de la part des multinationales est de payer un juste prix aux producteurs directement. Ceux-ci pourront alors envoyer leurs enfants à l'école, plutôt que de les vendre ou de les échanger contre leur dette.
Ces compagnies ne bougeront pas si les consommateurs et les actionnaires font preuve d'indifférence. On peut écrire ou téléphoner à l'une des six multinationales qui se partagent 80 % du marché du chocolat: trois américaines - Hershey (1 800 468-1714), Mars (1 800 627-7852) et Altria (propriétaire de Kraft-Jacobs-Suchard-Côte d'Or, 1 847 646-4538) -; une suisse - Nestlé (1 800 387-4636) -; une britannique - Cadbury-Schweppes (1 800 696-5891) - et une italienne - Ferrero (416 590-0775).
On peut aussi choisir du chocolat équitable (certifié par TransFair). Celui-ci provient de coopératives de petits producteurs de cacao qui sont payés un juste prix, ce qui leur permet d'améliorer leurs conditions de vie. Ce chocolat est généralement biologique, ce qui garantit qu'aucun pesticide toxique n'a été utilisé.
Quelques endroits où trouver des chocolats de Pâques équitables: Coop La Maison verte, 5785, rue Sherbrooke Ouest; L'autre monde, 371, rue Bernard Ouest; Equita (Commerce équitable Oxfam-Québec), 2340, rue Notre-Dame Ouest; Dix Mille Villages, 4128, rue Saint-Denis; Café Rico, 969, rue Rachel Est.