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19 mars 2008, 3:33

Les enfants cacao

On souhaiterait l'esclavage aboli. Certes, il l'est sur papier, mais dans la pratique, c'est une autre histoire.

C'est l'histoire d'Ibrahim, de Madi, de Marie, de Yin et de Juan qui ont été vendus ou échangés en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. D'après l'Organisation internationale du travail des Nations unies, des millions d'enfants esclaves sont contraints d'endurer des conditions de vie et de travail inhumaines. Nombreux sont ceux qui meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte. Ils absorbent les coups d'un système économique qui carbure à l'exploitation environnementale et sociale. Il faut des bas prix pour les consommateurs et surtout des profits pour les actionnaires qui habitent bien loin des champs, des mines et des usines où travaillent ces enfants.

L'extrême pauvreté de leurs parents et de la société dans laquelle ils vivent permet une telle aberration. Aberration, parce que le monde n'a jamais été aussi instruit ni si riche financièrement. Ce capital est cependant concentré entre les mains d'une minorité dans les pays riches. L'année dernière, la fortune des trois individus les plus nantis de la planète était supérieure au PIB des 63 pays les plus pauvres qui comptent plusieurs centaines de millions de personnes. Selon le Rapport des Nations unies sur le développement humain, jamais dans toute l'histoire de l'humanité les inégalités entre riches et pauvres n'ont été aussi marquées.

Si on pouvait retracer le parcours du cacao contenu dans toutes les poules et les lapins en chocolat qui nous regardent à l'épicerie comme à la pharmacie, on aboutirait probablement en Côte-d'Ivoire ou au Ghana, deux pays où persistent le travail forcé des enfants et l'esclavage, tout particulièrement dans les plantations de cacao. Presque trois quarts de la production mondiale de cacao est issue de cette région du monde.

L'exploitation des enfants et de leurs parents y est connue et bien documentée. La poignée de multinationales qui contrôle le commerce de cette denrée le sait. Il y a sept ans, celles-ci avaient même accepté de signer l'accord Harkin-Engel visant à mettre fin à l'exploitation des enfants dans les plantations. Elles avaient été forcées de s'engager sous la pression de citoyens scandalisés par des images transmises dans les pays consommateurs grâce à des journalistes alertés par des organisations non gouvernementales (ONG) présentes sur le terrain. Deux membres du Congrès américain, le sénateur Tom Harkin et le député Elliot Engel, s'en étaient mêlés. Ils étaient prêts à imposer un système de certification et d'étiquetage obligatoire du chocolat aux États-Unis.

Le lobby industriel a vite répliqué, proposant un compromis: un protocole volontaire engageant les entreprises à éliminer l'esclavage des enfants dans les plantations de cacaoyers d'Afrique de l'Ouest et à mettre un terme aux pires formes de travail des enfants dans l'ensemble de la filière mondiale du cacao-chocolat, avant 2005.

En 2008, ces objectifs sont loin d'avoir été atteints. Selon les experts indépendants mandatés par le gouvernement américain, la situation se serait même détériorée, surtout en Côte-d'Ivoire, à cause de la guerre. Le manque de transparence du gouvernement ivoirien et ghanéen est également critiqué. Il est clair qu'un engagement volontaire des grandes entreprises ne suffit pas à faire changer le cours des choses.

PASSER A L'ACTION

On doit s'attaquer à la racine du mal: la pauvreté. Dans les régions productrices de cacao, de nombreux villages sont encore sans eau courante ni électricité, sans clinique médicale ni véritable école. Les petits producteurs et les travailleurs dans les plantations reçoivent des prix dérisoires pour leur travail. Un des premiers gestes à poser de la part des multinationales est de payer un juste prix aux producteurs directement. Ceux-ci pourront alors envoyer leurs enfants à l'école, plutôt que de les vendre ou de les échanger contre leur dette.

Ces compagnies ne bougeront pas si les consommateurs et les actionnaires font preuve d'indifférence. On peut écrire ou téléphoner à l'une des six multinationales qui se partagent 80 % du marché du chocolat: trois américaines - Hershey (1 800 468-1714), Mars (1 800 627-7852) et Altria (propriétaire de Kraft-Jacobs-Suchard-Côte d'Or, 1 847 646-4538) -; une suisse - Nestlé (1 800 387-4636) -; une britannique - Cadbury-Schweppes (1 800 696-5891) - et une italienne - Ferrero (416 590-0775).

On peut aussi choisir du chocolat équitable (certifié par TransFair). Celui-ci provient de coopératives de petits producteurs de cacao qui sont payés un juste prix, ce qui leur permet d'améliorer leurs conditions de vie. Ce chocolat est généralement biologique, ce qui garantit qu'aucun pesticide toxique n'a été utilisé.

Quelques endroits où trouver des chocolats de Pâques équitables: Coop La Maison verte, 5785, rue Sherbrooke Ouest; L'autre monde, 371, rue Bernard Ouest; Equita (Commerce équitable Oxfam-Québec), 2340, rue Notre-Dame Ouest; Dix Mille Villages, 4128, rue Saint-Denis; Café Rico, 969, rue Rachel Est.

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Richard Sauvé a dit :

re: Les enfants cacao

Bien sûr, madame Waridel, vous avez raison: l'esclavage, et a fortiori l'esclavage des enfants est une chose révoltante.  Mais le malheur des plus pauvres, c'est qu'ils font beaucoup d'enfants, plus qu'ils ne peuvent en faire vivre.  Leurs enfants deviennent ainsi extrêmement vulnérables à l'exploitation.

Nous sommes maintenant 7 milliards sur terre.  On parle beaucoup de changements climatiques, mais vous savez mieux que moi que d'autres énormes problèmes nous assaillent: la désertification, l''extinction de plusieurs espèces, la surpêche mondiale, la pollution des terres et des eaux.  C'est terrible, mais ce qui pourrait arriver de mieux à l'espèce humaine, c'est une pandémie qui exterminerait 4 ou 5 milliards d'entre nous.

# 20 mars 2008, 13:14

Jean-François Garneau a dit :

re: Les enfants cacao

Désolé de vous contrarier M. Sauvé, mais vous délirez totalement en condamnant à mort la moitié de l'humanité qui vous fait vivre. Les pays riches pillent sans vergogne les ressources de la planète, et ce, en exploitant les habitants des pays encore soumis au régime colonial, ce qui, il n'y a pas si longtemps, comprenait le Québec.

Mme Waridel, pour sa part, fournit l'information nécessaire à des choix responsables qui, peu à peu, contribuent à améliorer la distribution de la richesse. L'avenir de l'humanité passe par là, et non par le suicide écologique, ou une pandémie qui, éliminant les uns, réduirait les autres à la plus triste des survies.

# 20 mars 2008, 17:54

Sylvie Dufresne a dit :

re: Les enfants cacao

Il y a des jours où je me dis qu'un régime communiste bien administré serait souhaitable à l'exploitation des plus pauvres.  Un régime où il y a partage des richesses et que chacun y trouve son compte.  Par contre, comme l'être humain restera toujours un humain, je crois que les "belles" idées ne restent que de belles idées.  Malgré les efforts soutenus d'une partie de la population, il y aura toujours cette minorité qui continueront de vénérer leur dieu Argent, même si cela implique exploiter des enfants, écraser les plus pauvres, abuser de la terre sans vergogne.  Le seul endroit où riches et pauvres se donnent la main est dans le pays imaginaire que j'ai inventé.  Et, c'est là, que j'aime me réfugier à l'occasion quand le coeur me fait trop mal.

# 20 mars 2008, 21:14

Richard Sauvé a dit :

re: Les enfants cacao

Ne soyez pas désolé, monsieur Garneau, je m'attendais à bien pire comme réaction.  J'admettrai aussi que mon propos, bien que que très provocateur, n'est pas original: certains écologistes souhaitent ouvertement l'extinction de l'espèce humaine, avant que celle-ci n'ait rendu la vie sur Terre impossible pour les autres animaux!

Cela dit, l'instinct de conservation étant très fort et également répandu chez chacun d'entre nous, la pandémie meurtrière que je souhaite à l'humanité (mais qui me terrorisera si jamais elle survient, comme elle terrorisera tout le monde) ne dépendra pas de notre volonté: elle viendra ou ne viendra pas, au gré de la mutation des virus et autres micro-organismes.  Nous avons bénéficié des grandes pestes du Moyen-Age, qui ont évité une surpopulation de l'Europe et ont permis à l'environnement de souffler un peu, mais les gens qui ont subi ces hécatombes ont bien sûr connu l'enfer.

Je voudrais aussi préciser que je ne tiens pas les pauvres du Tiers-Monde pour seuls responsables des maux de la biosphère.  Les hommes de ces pays, qui tirent grande fierté du nombre d'enfants qu'ils font et du nombre de femmes qu'ils engrossent, ne me sont aucunement sympathiques, mais nous, Occidentaux, grands gaspilleurs de ressources que nous sommes, ne valons évidemment guère mieux.

A madame Dufresne: "Un régime communiste bien administré", dites-vous ?  Le malheur, c'est que les dictateurs communistes ont généralement été les plus cupides, les plus inefficaces et les plus hypocrites de tous!

# 22 mars 2008, 16:47

David Bellemare a dit :

re: Les enfants cacao

La pauvreté j’ai trop connu…

Quand j’entend parler de pauvreté, j’ai du mal à ne pas penser à ma propre vie.

Enfant, adolescent et adulte j’ai connu la pauvreté, pas celle d’Afrique ou d’ailleurs dans le monde, celle d’ici au Québec.

Je ne sais pas ce que c’est d’être pauvre quand tout le monde autour de toi est pauvre, mais croyez-moi sur parole, je sais ce que c’est d’être pauvre alors que tout le monde autour est riche ou même très riche.

Toute le monde… j’exagère sûrement,… il devait y avoir quelques pauvres dans le quartier, mais je dois dire que ce qui rendait les choses plus difficiles pour mes parents, c’est que nous étions 5 enfants… Aussi, papa avait de la difficulté à trouver et ensuite à garder ses emplois.

Disons simplement que le marché du travail peut être un enfer sur Terre, quand on ne joue pas le jeu comme on nous demande de le jouer… Et qui dit difficulté à jouer le jeu, dit souvent peu ou pas de revenus.

La pauvreté n’est pas uniquement le fait d’être sans emploi, il y a des gens pauvres qui travaillent des heures et des heures pour des salaires insuffisants. C’est pour cette raison que je me fâche !!! Le capitalisme a du bon et du moins bon. Pour défendre des valeurs de liberté, de libre-marché et le «American way of life», il faut taire notre envie de tout remettre en question et de s’exiler à Cuba !!!

Anyway… Cuba, combien de temps reste-t-il avant que les choses changent là-bas ?

Je ne dis pas qu’il faut être communiste, socialiste, Marxiste ou Castriste…

Je ne dis pas qu’il faut être gauche, de centre ou de droite, je dis qu’il faut que certaines choses changent dans le monde, à commencer par ici au Québec.

Le Club des petits déjeuners c’est bien, mais ce n’est pas une solution qui règle tout, qui permet de diminuer la pauvreté des enfants. N’oubliez pas que pauvreté des enfants rime souvent avec un accès restreint, ou pire encore, pas d’accès à des activités X, Y, Z (comme les sports, les ateliers artistiques, les voyages qui forment la jeunesse, les cours de natation, les livres et les logiciels informatiques).

Je ne dis qu’il faut suivre l’exemple de Hugo Chávez ou l’exemple de Luiz Inácio Lula da Silva (au Brésil)…

Les enfants cacao ?

Le travail au salaire minimum est parfois une forme d’esclavage, je m’excuse de le dire haut et fort…

Mais il y a pire que le salaire minimum, y a les emplois dans lesquels on est pas heureux… Il y a les emplois où l’on ne peut faire ce que l’on aime faire dans la vie. La preuve que notre monde est malade ? On dit souvent que faire un travail que l’on aime c’est un luxe que peu de gens peuvent se permettre !

Tout ça pour dire que tout est relatif.

Reprenons…

Il y a beaucoup de choses qui sont relatives !

Les enfants cacao par exemple… Une personne humaine ne devrait pas être vendue ou échangée… Pas en 2008, pas dans un monde dit civilisé… Ça, je suis parfaitement d’accord. Seulement, dans certaines pays, la seule façon de vivre ou de survivre pour les enfants, c’est de travailler et de le faire sans aucune chance de s’en sortir, sans aucune chance de vivre autre chose que des conditions de vie inhumaines. Et si nous n’achetons pas les produits fabriqués par ces enfants, alors ils vont mourir encore plus jeunes… Je vous pose la question : est-ce que l’on peut vraiment faire quelque chose pour changer le monde ???

En toute franchise , il m’arrive de prier. Il m’arrive de faire quelques dons ici et là, à Centraide, à la Fondation David Suzuki, par exemple.

Il m’arrive de me dire que ce que je fais est nettement insuffisant… Je ne fais que survivre à un monde qui n’est pas le mien, je ne fais que vivre une vie que je déteste… Je ne fais que préparer ma mort, car je sais que la maladie me coûtera bientôt la vie. Je ne veux pas que ma vie prenne fin, mais ce n’est plus très loin maintenant et je regrette seulement une chose : je ne me suis pas battu assez fort pour mes convictions quand j’en avais encore la force, aujourd’hui il ne me reste que quelques mots pour dire : On vit dans un monde cruel !!! Comme le chante si bien l’unique Johnny Clegg : «It’s a cruel crazy beautiful world. Every time you wake up I hope it’s under a blue sky. It’s a cruel crazy beautiful world.»

Qu’est-ce je peux dire de plus ? J’aurais aimé être heureux comme je l’étais quand j’étais enfant, quand j’étais trop jeune pour comprendre dans quel monde j’étais, quand tout était encore possible.

# 25 mars 2008, 14:57

Cacao 101 « Taxi-brousse a dit :

Cacao 101 « Taxi-brousse

Pingback depuis  Cacao 101 « Taxi-brousse

# 06 avr. 2008, 19:26