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12 mars 2008, 5:34

Changer le système de santé: commencer par un changement de philosophie

À moins que vous n'ayez été sur une autre planète au cours des dernières semaines, vous avez probablement pu constater les vives réactions qu'a suscitées le dépôt du rapport Castonguay. Dans les jours suivants, les débats ont principalement porté sur les deux aspects les plus controversés de ce rapport: la place à donner aux soins privés ainsi que le financement des services, notamment à travers une franchise ou une hausse de taxe. Du coup, d'autres aspects du rapport tout aussi fondamentaux semblent avoir été occultés, comme par exemple la façon de gérer le système en ciblant les résultats, c'est-à-dire les soins dispensés, plutôt que les entrants, à savoir les ressources mises à la disposition des institutions.

Le système de santé, tel que nous le connaissons, a largement profité aux Québécois. Ce que le rapport du groupe présidé par M. Claude Castonguay suggère par ailleurs, c'est d'en revoir le fonctionnement afin de lui donner plus de flexibilité et d'accroître sa performance. À titre de présidente et chef de la direction d'une chambre de commerce, je peux vous assurer que de telles "remises en question", il s'en fait chaque jour dans nos organisations et dans nos entreprises. C'est une occasion de constater ce qui se fait de bien ailleurs, d'adopter des pratiques novatrices pour améliorer sa productivité et finalement gagner en compétitivité.

Un bel exemple à cet égard est celui du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) qui a récemment adopté un virage de gestion basé sur la productivité. Pour y arriver, ils ont développé des indicateurs de performance. Vous me direz que c'est un geste normal et logique. Pourtant, il me semble que c'est le signe d'un changement important: l'ouverture à de nouvelles façons de faire afin de gérer encore plus efficacement notre système de santé.

En toute légitimité, ce processus n'a d'ailleurs d'autres desseins que d'assurer des soins de qualité, accessibles à tous et correspondant à nos moyens. Sachant que les soins de santé sont au cœur de notre qualité de vie - un atout qui fait d'ailleurs l'envie de bien des pays dans le monde -, cet acquis doit demeurer.

Selon moi, ce qui doit surtout être retenu dans le rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé, et ce qui y est mis en lumière de façon indiscutable, c'est d'abord et avant tout l'urgence d'agir pour maintenir une qualité de soins à laquelle nous nous sommes habitués au cours des dernières décennies. Et cela est particulièrement important à l'aube de la réalisation de centres hospitaliers universitaires, un projet audacieux d'envergure mondiale.

Ce rapport nous offre des pistes inspirées des meilleures pratiques de par le monde. Il y a tout lieu de les explorer. Ne pas daigner le faire serait se dérober à une obligation d'équité envers ceux qui, dans un avenir proche, auront à recevoir des soins de santé. Or, il est de notre devoir de leur assurer des soins accessibles et d'une qualité équivalente à ceux qu'ont connus les générations précédentes.

Une chose est certaine: la question de la santé est un sujet complexe et technique, tout en étant aussi un enjeu profondément humain. C'est d'ailleurs pourquoi il nous interpelle autant. Maintenant que la poussière retombe lentement, il importe de l'aborder avec pragmatisme, sérénité et ouverture d'esprit. J'en profite donc pour lancer une invitation au dialogue et à l'ouverture, rappelant du même coup que le statu quo n'est plus une option. Nous sommes confrontés à la nécessité critique d'améliorer maintenant le système public, ou d'avoir plus tard à faire face à un déclin dans l'accessibilité et la qualité des soins. Ainsi, on peut commenter ou critiquer les différentes solutions proposées dans le rapport Castonguay mais, le cas échéant, il faut en retour assumer la responsabilité de le faire tout en proposant d'autres pistes d'actions.

Voilà qui n'est pas chose facile - et c'est pourquoi l'ouvrage de M. Castonguay mérite davantage sa place sur la table de chevet que sur une tablette.

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Clermont Corneau a dit :

re: Changer le système de santé: commencer par un changement de philosophie

Le rapport Castonguay est interprété différemment tout dépendant par qui l'analyse . Pour le commun des mortels comme moi qui se tapent de longues heures d'attentes à chaque rare fois qu'il se présente à l'urgence , qui doit patienter 3 mois pour avoir un rendez-vous avec son médecin de famille , qui se sent presque gêné et dérangeant à chaque fois qu'il doit avoir recours à quelconque service de santé , la vision n'est pas la même que les hauts fonctionnaires et la bureaucratie qui ont le pouvoir décisionnel . Comment peut-on s'imaginer que plus de 40 ans après sa mise en place on s'interroge maintenant et qu'on s'aperçoit qu'il y a des failles dans le système ? Je trouve aberrant que le père spirituel de la carte soleil soit au coeur d'une commission visant à trouver des solutions pour améliorer les choses . Pourquoi n'a t-il pas fait les ajustements nécessaires quand il en avait la possibilité? Est-ce par manque de courage politique ? Pourquoi a t-il fallu que l'on force à la retraite , il y a quelques années , des médecins compétents qui avaient encore plusieurs  bonnes années à nous offrir ? Pourquoi n'a t-on pas songé que l'accès massif des femmes en médecine , allait créer un manque d'heures disponibles pour donner des soins ? Ce n'est pas un reproche fait aux femmes car elles sont compétentes autant que les hommes mais la réalité demeure que ces dernières font beaucoup moins d'heures qu'un homme  par exemple . On a créé une école de médecine contingentée qui n'a pas su ouvrir ses portes à plus d'étudiants quand c'était le temps . On est en train d'épuiser les médecins qui doivent travailler des heures interminables sans pour autant suffire à la tâche et sans avoir les ressources nécessaires derrière eux pour voir la lumière au bout du tunnel , surtout en région . On a construit de magnifiques salles d'opération à coup de millions qui sont inutilisées fautes de chirurgiens . Qu'on ne vienne pas me faire accroire que le privé va changer tout ça . On veut même se servir des médecins du public , alors qu'on en manque terriblement , pour faire fonctionner le privé . C'est une aberration ! Corriger donc ce qui ne fonctionne pas à la base avant de songer à tout virer de bord . Cesser vos grands sommets et vos séances de grands esprits et revenez sur terre . Des infirmières abandonnent le public pour se diriger vers les agences privées ou elles sont payés $40.00 de l'heure . Ces agences louent ensuite les services de ces dernières aux hôpitaux pour probablement une centaine de dollars de l'heure pour donner les mêmes soins qu'elles donnaient auparavant pour le tiers du prix . Vous appelez ça de la gestion vous ? Pourtant c'est la réalité ! Avant d'imposer des frais additionnels aux payeurs déjà surtaxés , faites donc le ménage dans votre cour en songeant aux usagers !

# 13 mars 2008, 11:23

gregoire jeay a dit :

re: Changer le système de santé: commencer par un changement de philosophie

Isabelle Hudon travaille pour la Chambre de Commerce de Montréal, elle ne se prive jamais de nous le rappeler. Son article sur le rapport Castonguay ressemble à un pot de vaseline directement concocté par les porte-parole officiels de la droite en vue de nous préparer à recevoir le triste suppositoire de la privatisation graduelle du système de santé. Son titre « changer le système de santé » est en partant l’annonce de son credo. Il n’y a pas la mention «  améliorer le système de santé public », non les amis, préparez vous à payer pour vous faire soigner convenablement, c’est dans l’ordre des choses. Le tout formulé dans un ton faussement raisonnable, une langue de bois qui nous invite à l’acceptation du système privé sans le dire vraiment. Castonguay n’a jamais été en faveur d’un système public, même si on lui attribue sa paternité, c’est un saboteur de première qui est lui-même impliqué dans des compagnies d’assurance privées. On ne peux prendre son rapport au sérieux comme l’invite si aimablement Isabelle Hudon.

Que se passe-t-il avec Voir pour choisir une collaboratrice aussi néo-libérale, il me semble que le point de vue néo-libéral est en masse représenté par presque tous les journaux. Qui vous finance? La liberté de presse, ce n’est pas une soit disant objectivité en donnant la parole à tous les points de vue, c’est avant tout une prise de position nette sur l’actualité, un éditorial qui donne le ton. Sinon tout est dans tout et tout se vaut, un message en annule un autre et votre feuille de choux demeure un reader digest bien pensant qui ne fait pas de vavagues. Déçu par votre tangente.

# 14 mars 2008, 10:08

Claude Perrier a dit :

re: Changer le système de santé: commencer par un changement de philosophie

Le nécessaire réaménagement du système de santé québécois paraît bien mal engagé.  Trop d'interventions de part et d'autre sont davantage intéressées à prouver qu'on a raison et que les autres ont tort, qu'à véritablement tenter de trouver une solution au problème.  Et plusieurs, habituellement les plus pugnaces, font montre d'une compréhension d'un aberrant simplisme à l'égard d'une question pourtant fort complexe: d'un côté il y a la vertu et, de l'autre, la cupidité.

On voudrait que tout aille beaucoup mieux dans le système, malgré le manque de ressources et une population vieillissante, en ne changeant toutefois strictement rien...  On est pour un statu quo "magique".

Qu'on ne vienne surtout pas parler d'un petit ticket modérateur qui inciterait les enrhumés à ne pas venir encombrer inutilement les urgences.  Qu'on barre surtout la voie au privé qui permettrait à nombre de médecins spécialistes de faire enfin quelque chose d'utile plutôt que de se tourner les pouces des heures durant en raison de quotas et de salles d'opération non-disponibles, et même si cela finit par en inciter plusieurs à aller pratiquer ailleurs qu'au Québec.

Tant que le débat tournera autour de "qui a raison" plutôt de "où se trouve réellement la solution", le mal ne pourra qu'aller en s'aggravant.  Espérons à tout le moins la grâce d'une bénéfique période de rémission, le temps que les esprits échauffés dérougissent et qu'on fasse tous calmement le point.  Et madame Hudon a raison: le rapport Castonguay mérite qu'on s'y intéresse.

# 15 mars 2008, 08:47