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Mal de mer
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"Des méduses dans nos assiettes": étrange, n'est-ce pas? C'est le titre d'une conférence qu'une représentante de Greenpeace a donnée il y a quelques semaines. D'après l'organisme, cette image pourrait bientôt devenir réalité si des changements fondamentaux ne sont pas apportés à nos méthodes de pêche et dans la gestion de nos océans.
Selon les données de la FAO (organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), 76 % des stocks de poissons de la planète sont exploités ou surexploités et la population des gros poissons prédateurs comme le thon et l'espadon a chuté de 90 %. La surpêche est en train de transformer la biodiversité dans les océans. En l'absence de prédateurs, les petits poissons et les invertébrés connaissent une croissance phénoménale, notamment les méduses, qui se trouvent tout en bas de la chaîne alimentaire. L'exemple de la mer Noire est flagrant: les méduses y représentent 90 % de la faune aquatique. Alléchant...
Vous vous rappelez la crise de la morue dans les Maritimes? Le même phénomène est en train de se produire à l'échelle mondiale. Cette catastrophe, en plus d'avoir des répercussions environnementales sans précédent, a des conséquences néfastes pour l'homme. Le poisson est la principale source de protéines animales pour près d'un milliard d'êtres humains...
Comment en sommes-nous arrivés là?
L'industrialisation des méthodes de pêche est l'une des principales menaces à la survie des écosystèmes marins. Les petits bateaux de pêche traditionnels, par exemple, ont cédé la place à de grands navires disposant de moyens technologiques perfectionnés pour être de plus en plus productifs, alors que le potentiel de pêche dans les océans a atteint ses limites. Les ressources ne se renouvellent pas.
Selon une étude publiée dans la très sérieuse revue Nature, la pêche industrielle a entraîné une réduction de la biomasse marine de 80 % en 15 ans! Pas surprenant que l'on manque de poisson.
Le chalutage de fond, une méthode qui consiste à déployer d'immenses filets arrachant tout sur leur passage dans les fonds marins, contribue également à l'effondrement des réserves marines. Non seulement cette pratique entraîne-t-elle la destruction des habitats de nombreuses espèces, mais elle engendre un nombre élevé de prises accessoires, c'est-à-dire toute forme de vie qui est pêchée accidentellement lors d'une opération de pêche. Chaque année, des millions de tonnes d'espèces sont pêchées ou tuées sans aucune raison.
En 2006, les Nations Unies ont d'ailleurs tenté de bannir cette pratique. La proposition a failli être acceptée mais certains pays comme l'Islande, la Russie, le Japon, la Chine, la Corée du Sud et... le Canada se sont opposés à cette résolution.
Devant cet état, l'industrie brandit sa solution miracle: l'aquaculture, c'est-à-dire le poisson d'élevage. Ce secteur connaît une croissance fulgurante et fournit près de la moitié de tout le poisson consommé par les humains. Cette méthode est toutefois très peu réglementée et peut avoir des conséquences désastreuses sur les écosystèmes, comme la baisse de la biodiversité et la contamination des poissons sauvages. Par exemple, on "cultive" de plus en plus de saumon de l'Atlantique sur la côte Pacifique et plusieurs cas de contamination ont été observés, menaçant la survie du saumon sauvage du Pacifique.
Bon, sombre portrait, n'est-ce pas? Qu'est-ce qu'on peut faire? Faut-il cesser de manger du poisson? Je vous entends d'ici: plus de viande, plus de poisson, je ne vais quand même pas manger des lentilles toute la semaine? Et la méduse, alors là, non merci!
Heureusement, des groupes se penchent sur la question depuis quelques années. SeaChoice, une initiative canadienne regroupant plusieurs organisations importantes comme la Fondation David Suzuki et le Sierra Club du Canada, a publié le Guide canadien des poissons et fruits de mer et invite les consommateurs à acheter des espèces qui sont pêchées ou récoltées de façon durable, tout en identifiant les produits à éviter parce que leur récolte met en danger d'autres espèces ou perturbe certains habitats, ou parce qu'ils constituent des espèces menacées.
De plus, il est possible de trouver des produits de la mer certifiés biologiques au Québec. Ils proviennent pour la plupart de l'Europe ou du Chili. Même si le Québec est le premier endroit en Amérique du Nord à avoir adopté, en 2005, des normes de certification biologique pour le secteur de l'aquaculture, nous ne produisons pas encore de poisson bio.
Enfin, j'en parle souvent, mais la pression que nous exerçons en tant que consommateurs a une influence sur les pratiques de gestion de l'industrie. Les ressources des océans ne sont pas inépuisables.
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Les enfants cacao
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On souhaiterait l'esclavage aboli. Certes, il l'est sur papier, mais dans la pratique, c'est une autre histoire.
C'est l'histoire d'Ibrahim, de Madi, de Marie, de Yin et de Juan qui ont été vendus ou échangés en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. D'après l'Organisation internationale du travail des Nations unies, des millions d'enfants esclaves sont contraints d'endurer des conditions de vie et de travail inhumaines. Nombreux sont ceux qui meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte. Ils absorbent les coups d'un système économique qui carbure à l'exploitation environnementale et sociale. Il faut des bas prix pour les consommateurs et surtout des profits pour les actionnaires qui habitent bien loin des champs, des mines et des usines où travaillent ces enfants.
L'extrême pauvreté de leurs parents et de la société dans laquelle ils vivent permet une telle aberration. Aberration, parce que le monde n'a jamais été aussi instruit ni si riche financièrement. Ce capital est cependant concentré entre les mains d'une minorité dans les pays riches. L'année dernière, la fortune des trois individus les plus nantis de la planète était supérieure au PIB des 63 pays les plus pauvres qui comptent plusieurs centaines de millions de personnes. Selon le Rapport des Nations unies sur le développement humain, jamais dans toute l'histoire de l'humanité les inégalités entre riches et pauvres n'ont été aussi marquées.
Si on pouvait retracer le parcours du cacao contenu dans toutes les poules et les lapins en chocolat qui nous regardent à l'épicerie comme à la pharmacie, on aboutirait probablement en Côte-d'Ivoire ou au Ghana, deux pays où persistent le travail forcé des enfants et l'esclavage, tout particulièrement dans les plantations de cacao. Presque trois quarts de la production mondiale de cacao est issue de cette région du monde.
L'exploitation des enfants et de leurs parents y est connue et bien documentée. La poignée de multinationales qui contrôle le commerce de cette denrée le sait. Il y a sept ans, celles-ci avaient même accepté de signer l'accord Harkin-Engel visant à mettre fin à l'exploitation des enfants dans les plantations. Elles avaient été forcées de s'engager sous la pression de citoyens scandalisés par des images transmises dans les pays consommateurs grâce à des journalistes alertés par des organisations non gouvernementales (ONG) présentes sur le terrain. Deux membres du Congrès américain, le sénateur Tom Harkin et le député Elliot Engel, s'en étaient mêlés. Ils étaient prêts à imposer un système de certification et d'étiquetage obligatoire du chocolat aux États-Unis.
Le lobby industriel a vite répliqué, proposant un compromis: un protocole volontaire engageant les entreprises à éliminer l'esclavage des enfants dans les plantations de cacaoyers d'Afrique de l'Ouest et à mettre un terme aux pires formes de travail des enfants dans l'ensemble de la filière mondiale du cacao-chocolat, avant 2005.
En 2008, ces objectifs sont loin d'avoir été atteints. Selon les experts indépendants mandatés par le gouvernement américain, la situation se serait même détériorée, surtout en Côte-d'Ivoire, à cause de la guerre. Le manque de transparence du gouvernement ivoirien et ghanéen est également critiqué. Il est clair qu'un engagement volontaire des grandes entreprises ne suffit pas à faire changer le cours des choses.
PASSER A L'ACTION
On doit s'attaquer à la racine du mal: la pauvreté. Dans les régions productrices de cacao, de nombreux villages sont encore sans eau courante ni électricité, sans clinique médicale ni véritable école. Les petits producteurs et les travailleurs dans les plantations reçoivent des prix dérisoires pour leur travail. Un des premiers gestes à poser de la part des multinationales est de payer un juste prix aux producteurs directement. Ceux-ci pourront alors envoyer leurs enfants à l'école, plutôt que de les vendre ou de les échanger contre leur dette.
Ces compagnies ne bougeront pas si les consommateurs et les actionnaires font preuve d'indifférence. On peut écrire ou téléphoner à l'une des six multinationales qui se partagent 80 % du marché du chocolat: trois américaines - Hershey (1 800 468-1714), Mars (1 800 627-7852) et Altria (propriétaire de Kraft-Jacobs-Suchard-Côte d'Or, 1 847 646-4538) -; une suisse - Nestlé (1 800 387-4636) -; une britannique - Cadbury-Schweppes (1 800 696-5891) - et une italienne - Ferrero (416 590-0775).
On peut aussi choisir du chocolat équitable (certifié par TransFair). Celui-ci provient de coopératives de petits producteurs de cacao qui sont payés un juste prix, ce qui leur permet d'améliorer leurs conditions de vie. Ce chocolat est généralement biologique, ce qui garantit qu'aucun pesticide toxique n'a été utilisé.
Quelques endroits où trouver des chocolats de Pâques équitables: Coop La Maison verte, 5785, rue Sherbrooke Ouest; L'autre monde, 371, rue Bernard Ouest; Equita (Commerce équitable Oxfam-Québec), 2340, rue Notre-Dame Ouest; Dix Mille Villages, 4128, rue Saint-Denis; Café Rico, 969, rue Rachel Est.
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Changer le système de santé: commencer par un changement de philosophie
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À moins que vous n'ayez été sur une autre planète au cours des dernières semaines, vous avez probablement pu constater les vives réactions qu'a suscitées le dépôt du rapport Castonguay. Dans les jours suivants, les débats ont principalement porté sur les deux aspects les plus controversés de ce rapport: la place à donner aux soins privés ainsi que le financement des services, notamment à travers une franchise ou une hausse de taxe. Du coup, d'autres aspects du rapport tout aussi fondamentaux semblent avoir été occultés, comme par exemple la façon de gérer le système en ciblant les résultats, c'est-à-dire les soins dispensés, plutôt que les entrants, à savoir les ressources mises à la disposition des institutions.
Le système de santé, tel que nous le connaissons, a largement profité aux Québécois. Ce que le rapport du groupe présidé par M. Claude Castonguay suggère par ailleurs, c'est d'en revoir le fonctionnement afin de lui donner plus de flexibilité et d'accroître sa performance. À titre de présidente et chef de la direction d'une chambre de commerce, je peux vous assurer que de telles "remises en question", il s'en fait chaque jour dans nos organisations et dans nos entreprises. C'est une occasion de constater ce qui se fait de bien ailleurs, d'adopter des pratiques novatrices pour améliorer sa productivité et finalement gagner en compétitivité.
Un bel exemple à cet égard est celui du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) qui a récemment adopté un virage de gestion basé sur la productivité. Pour y arriver, ils ont développé des indicateurs de performance. Vous me direz que c'est un geste normal et logique. Pourtant, il me semble que c'est le signe d'un changement important: l'ouverture à de nouvelles façons de faire afin de gérer encore plus efficacement notre système de santé.
En toute légitimité, ce processus n'a d'ailleurs d'autres desseins que d'assurer des soins de qualité, accessibles à tous et correspondant à nos moyens. Sachant que les soins de santé sont au cœur de notre qualité de vie - un atout qui fait d'ailleurs l'envie de bien des pays dans le monde -, cet acquis doit demeurer.
Selon moi, ce qui doit surtout être retenu dans le rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé, et ce qui y est mis en lumière de façon indiscutable, c'est d'abord et avant tout l'urgence d'agir pour maintenir une qualité de soins à laquelle nous nous sommes habitués au cours des dernières décennies. Et cela est particulièrement important à l'aube de la réalisation de centres hospitaliers universitaires, un projet audacieux d'envergure mondiale.
Ce rapport nous offre des pistes inspirées des meilleures pratiques de par le monde. Il y a tout lieu de les explorer. Ne pas daigner le faire serait se dérober à une obligation d'équité envers ceux qui, dans un avenir proche, auront à recevoir des soins de santé. Or, il est de notre devoir de leur assurer des soins accessibles et d'une qualité équivalente à ceux qu'ont connus les générations précédentes.
Une chose est certaine: la question de la santé est un sujet complexe et technique, tout en étant aussi un enjeu profondément humain. C'est d'ailleurs pourquoi il nous interpelle autant. Maintenant que la poussière retombe lentement, il importe de l'aborder avec pragmatisme, sérénité et ouverture d'esprit. J'en profite donc pour lancer une invitation au dialogue et à l'ouverture, rappelant du même coup que le statu quo n'est plus une option. Nous sommes confrontés à la nécessité critique d'améliorer maintenant le système public, ou d'avoir plus tard à faire face à un déclin dans l'accessibilité et la qualité des soins. Ainsi, on peut commenter ou critiquer les différentes solutions proposées dans le rapport Castonguay mais, le cas échéant, il faut en retour assumer la responsabilité de le faire tout en proposant d'autres pistes d'actions.
Voilà qui n'est pas chose facile - et c'est pourquoi l'ouvrage de M. Castonguay mérite davantage sa place sur la table de chevet que sur une tablette.
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Al Gore et les zinzins
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Les subprimes, ce sont les fameux prêts à taux d'intérêt élevés consentis à des gens qui n'en avaient vraiment pas les moyens. Même si le gros bon sens commandait le contraire, nos zinzins, les fonds mutuels et fonds de pension, se sont empressés de financer les banques qui les octroyaient à travers l'achat de papier commercial. Depuis août dernier, ce papier ne se traite plus. Pourtant, nos grands financiers nous disent que cette crise est terminée. Ce n'est pas l'avis d'Al Gore, qui disait la semaine dernière à New York dans une conférence destinée au club sélect des plus gros zinzins que la crise était loin d'être finie, que c'était encore le temps pour eux d'agir comme des héros plutôt que des zéros. Il est temps de changer leur façon de voir l'investissement. Pour Gore, il faut prendre en compte la responsabilité sociale (notamment celle de ne pas jouer au shylock) et la responsabilité environnementale des entreprises quand on gère un portefeuille.
On nous a annoncé récemment que grâce à une entente entre nos gros zinzins, la crise du subprime achevait. Le problème, c'est que les seuls qui embarquent, ce sont ceux qui y étaient déjà. Avec cette entente, chaque investisseur reste pris avec les mêmes créances douteuses. La seule différence, c'est l'échéance. Au lieu d'arriver à l'échéance tous les trois mois, ces titres auront la durée de vie de l'hypothèque sous-jacente. Est-ce que les maisons reprises faute de paiements hypothécaires pourront être revendues à un prix suffisant? C'est ce qu'il faudrait qu'il arrive pour que nos investisseurs ne s'en sortent pas trop amochés. Pourtant, ce n'est pas demain la veille que le problème d'endettement majeur des familles américaines se réglera. De toute façon, c'est le marché qui aura le dernier mot. Les poursuites des grandes entreprises québécoises contre la Banque Nationale nous laissent plutôt penser que le problème de confiance existe encore. Jean Coutu et Transat sont en beau joual vert de s'être fait passer du papier commercial avec du subprime comme étant un papier presque aussi sûr que des bons du trésor. Ils n'ont pas changé d'idée malgré l'entente des zinzins, au contraire...
La meilleure occasion de se refaire est donnée aux zinzins par la nouvelle donne politique américaine. Il ne reste que trois candidats en lice à la présidence américaine et tous ont pris position en faveur d'une bourse du carbone. Il y a d'ailleurs 13 projets de loi sur ce sujet actuellement à l'étude dans les deux chambres fédérales américaines. D'ici un an, un prix sera associé pour chaque tonne de carbone émise par les entreprises américaines. La plus grosse pétrolière dans le monde émet 140 millions de tonnes de C02 par année. À 40 $ la tonne, ça fait une charge annuelle de 6 milliards $ pour Exxon. Les économistes de New Carbon Finance prévoient que le marché des crédits de carbone atteindra 1000 milliards $ d'ici 2020, soit deux fois le marché européen. Dans ce marché, il y aura des perdants et des gagnants. C'est de ça que parle Al Gore quand il fait le parallèle entre la crise des subprimes et celle des changements climatiques!
Comme la Banque Nationale, nos autres zinzins québécois se sont particulièrement calés dans la crise des subprimes. Auront-ils appris de cette erreur? Je ne suis pas sûr. Habituellement, une mauvaise décision ne vient pas seule. Prenez la CIBC qui est à plein dans les subprimes alors qu'elle vient à peine de se relever de son implication dans Enron, qui lui a couté 2,4 milliards $ l'an dernier. J'espère que je me trompe et que nos zinzins québécois seront désormais plus visionnaires.
Investisseurs, soyez prudents. D'ici un an, la pollution aura un prix. C'est le temps de faire les bons choix. D'autant plus qu'Al Gore nous a annoncé qu'il sera en croisade non partisane durant la campagne présidentielle.
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