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Antidote
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February 2008 - Messages
27 février 2008, 3:39
La pression citoyenne, ça marche!
La sécurité routière est un sujet très discuté ces temps-ci à Montréal. L'un des derniers rapports en liste provient du service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui fait état du bilan routier 2007. Selon le SPVM, la sécurité routière sur l'île s'est grandement améliorée puisque le nombre de décès et de blessés graves a diminué d'environ 28% cette année. La SPVM indique que la majorité des personnes décédées sont des piétons (63,2%) et que dans 50% des cas, ceux-ci ne respectaient pas le code de la route...Le SPVM conclut donc que les piétons doivent être " éduqués " et sa solution pour y parvenir est d'intensifier les constats d'infraction à leur égard...

D'après la Coalition pour la réduction et l'apaisement de la circulation (C.R.A.C.) cette lecture des faits ne tient pas la route. Selon les données de l'agence de la santé et des services sociaux de Montréal, la probabilité de décès suite à une collision est 6 fois plus faible qu'il y a 10 ans, en raison des progrès des soins médicaux, L'évaluation du bilan routier doit donc se faire en fonction du nombre de collision. Entre 2006 et 2007, le nombre de collisions a augmenté de 5,3 % donc le bilan routier 2007 s'est détérioré. De plus, la cible du SPVM n'est pas la bonne. Plusieurs études démontrent que la principale cause des accidents n'est pas attribuable aux piétons ou aux automobilistes mais bien à l'aménagement inadéquat de la rue.

Évidemment, l'écolier va traverser la rue en courant si les feux de circulation ne lui donnent pas assez de temps ou si le boulevard est trop large pour être traversé d'un seul coup. Qu'est-ce qu'on va faire ? On va mettre un agent de police toute la journée pour s'assurer que le piéton s'arrête sur le terre plein en attendant la prochaine lumière ? Et qu'est-ce qui se passe quand la police n'est plus là ? Le réaménagement physique des rues est une méthode beaucoup plus efficace pour protéger la vie des citoyens que la distribution de contraventions. Le marquage de la route, l'élargissement des bandes de trottoirs, l'installation de dos d'ânes, etc., sont toutes des mesures qui peuvent assurer une meilleure sécurité routière, de façon permanente.

Le réaménagement des rues permet également de réduire le nombre de voitures puisqu'il redonne de l'espace aux piétons, aux cyclistes et aux usagers des transports en commun. Il incite donc la population à adopter des modes de transports alternatifs, permettant d'améliorer à la fois la sécurité, la santé et l'environnement. Et ça, beaucoup de résidents l'ont heureusement compris, si l'on en juge par le nombre croissant d'initiatives citoyennes visant à favoriser la réduction et l'apaisement de la circulation dans plusieurs quartiers de Montréal comme Ahuntsic, Lasalle, Outremont, pour ne nommer que ceux là.

Sur le Plateau, un groupe de citoyens travaille depuis des années, à faire pression auprès de l'arrondissement pour qu'il mette en place des mesures d'apaisement. Une quinzaine d'écoles les appuient dans ce projet. La persévérance a porté fruit puisque le conseil d'arrondissement vient d'annoncer il y a quelques semaines l'échéancier de consultations publiques pour l'adoption d'un Plan de déplacement urbain à la fin 2008.

Dans Notre-Dâme-de-Grâce, les résidents de l'îlot Monkland ont vu leurs efforts récompensés dans la dernière année. L'arrondissement a enfin accédé à leurs demandes en interdisant le stationnement à moins de cinq mètres des intersections de la rue Monkland, en installant des avancées de trottoirs, des feux de circulation qui répondent aux normes de sécurité, un système d'éclairage approprié, du marquage, des dos d'ânes dans quelques unes des rues résidentielles du quartier. Le dossier est toujours en cours, mais selon l'une des responsables du groupe qui a poussé le projet, l'arrondissement semble disposé à poursuivre les travaux et faire de ce secteur un " quartier vert ".

Ce qui est déplorable dans tout ça, c'est que les arrondissements prennent peu d'initiative pour favoriser l'apaisement de la circulation à moins que les citoyens ne déposent de plaintes formelles. Un conseil aux futurs militants, armez-vous de patience et de persévérance.

Une bonne nouvelle, la Ville vient d'annoncer le lancement de l'opération "Réaménagement des intersections" votre sécurité réinventée, un des volets de son plan de transport. La pression des citoyens semble donc faire effet et la Ville commence à réaliser que la population est prête à accepter des changements importants dans son environnement pour améliorer sa qualité de vie. Est-ce au citoyen de prendre en main l'éducation de nos élus ? Dans tous les cas, ça marche!


20 février 2008, 2:42
Vous avez dit "moins cher"?
Vous est-il déjà arrivé de vouloir faire réparer une télé, un cellulaire ou un électroménager et que l'on vous ait répondu: "Ça vaut pas la peine. Ça va t'coûter moins cher d'en acheter un neuf." Jeter plutôt que de réparer est devenu pratique courante. C'est le cas pour presque tout: appareils électroniques, vêtements, souliers, meubles, jouets, matériaux de construction, etc. La qualité et la durabilité sont rarement au rendez-vous. Alors on achète, on jette, on achète, on jette...

Voilà qui fait rouler l'économie, mais qui entraîne un gaspillage des ressources sans précédent. Ce faisant, on jette des bouts d'écosystèmes, de l'énergie et du travail. On fabrique de la pollution et de l'exploitation, puisque ce système carbure à une main-d'œuvre bon marché, pas faite pour durer. Quant à l'utilisation des ressources, si chacun consommait comme nous les Nord-Américains, il faudrait de trois à cinq planètes pour répondre aux besoins de tout le monde. Nous utilisons donc nos richesses beaucoup plus rapidement que les écosystèmes ne parviennent à les générer.

Si on a l'impression de ne pas payer cher, c'est parce que les coûts environnementaux et sociaux ne sont pas inclus dans le prix de ce que l'on paie à la caisse. Les économistes en parlent comme des "externalités". Derrière ce mot fourre-tout se cachent les coûts associés à la pollution de l'eau, de l'air et du sol, la perte de la biodiversité, les changements climatiques, la contamination chimique et génétique, les problèmes de santé et d'insécurité engendrés par une économie où les inégalités entre riches et pauvres sont plus grandes que jamais.

LE VRAI PRIX DE L'ESSENCE

Il y a quelques années déjà, des économistes de l'International Center for Technology Assessment, aux États-Unis, ont fait l'exercice de calculer le "vrai" prix de l'essence payé par les Américains. Ils ont tenu compte des nombreuses subventions et déductions fiscales accordées à l'industrie pétrolière, du prix des assurances, des infrastructures routières, d'une partie des coûts associés à l'étalement urbain, à la pollution atmosphérique (dont les nombreux problèmes de santé en période de smog), à la décontamination, aux changements climatiques, etc. Ils ont aussi calculé une part des dépenses militaires de l'armée américaine, sachant que des milliards sont dépensés afin d'assurer l'approvisionnement en pétrole dont dépend l'Amercian way of life. Donc, si le coût à la pompe incluait toutes ces externalités, le prix payé serait de 5 à 15 fois supérieur! Imaginez la révolution économique, technologique, sociale et environnementale! Ce prix élevé, on le paie et le paiera pourtant collectivement, mais autrement, par nos taxes et nos impôts notamment.

À force d'"externaliser" les coûts environnementaux et sociaux comme nous le faisons, notre système économique génère une dette environnementale et sociale sans précédent. Plus nous attendons pour transformer l'économie, plus il sera difficile et coûteux d'éviter les catastrophes. Nicolas Stern, ancien vice-président de la Banque mondiale, nous le rappelait dans son rapport l'année dernière relativement aux changements climatiques: plus nous attendons pour agir, plus le prix, non seulement environnemental et social, mais aussi économique, sera élevé. L'humanité n'a pas les moyens d'attendre.

L'application du principe de pollueur-payeur, les écotaxes, l'éco-conditionnalité des subventions et l'éco-fiscalité sont des exemples de mesures concrètes qui peuvent être mises de l'avant par les gouvernements et les entreprises afin de faire en sorte que le prix de ce que l'on achète tienne compte de son coût environnemental et social. En Irlande, par exemple, le gouvernement a imposé une taxe d'environ 25 cents sur les sacs en plastique. Résultat: on en trouve 95 % moins dans les dépotoirs. C'est donc dire que ça marche.

Il n'est pas normal que la pomme qui nous arrive de l'autre bout du monde coûte moins cher que la pomme d'ici. Au lieu de faire voyager des biscuits tout autour de la planète, ne serait-il pas plus rationnel de s'échanger les recettes? Plutôt que de jeter, ne devrions-nous pas réparer ce qui est brisé? Pour ce faire, il faut fabriquer des objets réparables, ce qui est rarement le cas. L'économie doit prendre un virage, miser sur la qualité plutôt que la quantité en tenant compte des impacts engendrés tout au long du cycle de vie d'un produit: du berceau au tombeau.

Sur ce thème, je vous invite à aller voir sur le Web un petit exposé de l'Américaine Annie Leonard qui n'est malheureusement disponible qu'en anglais, mais qui en vaut la peine: www.storyofstuff.com.


13 février 2008, 4:35
Évitons l'hyperventilation!
Alors que des sujets névralgiques font les manchettes - comme la réalisation de grands projets à Montréal, la langue ou encore l'immigration -, je constate qu'il est facile d'hyperventiler. Peut-être est-ce l'air glacé de l'hiver qui nous brûle les bronches ou encore les épidémies de rhume qui nous obstruent les narines, je l'ignore. Ce que je sais, en revanche, c'est que sans prendre de bonnes respirations - par le nez, de surcroît! -, il est difficile de faire preuve de mesure tant dans notre compréhension des défis qui sont devant nous que dans les solutions qu'on y propose.

Négliger de bien comprendre les enjeux, c'est s'exposer aux risques de l'hyperventilation. Lorsqu'on est dans cet état, le résultat ne se fait pas attendre: on voit trouble et on est étourdi. Du coup, la rationalité cède la place à la panique...

Parfois, lorsque j'observe certains débats publics qui font rage en ce moment, il me semble reconnaître certains de ces symptômes. Dans l'univers médical, la solution des pneumologues à ce type de problème se résume bien souvent en deux mots: rééducation respiratoire. Les patients doivent alors apprendre à faire des pauses et à ralentir le rythme lorsqu'ils respirent. Bien entendu, le calme et la sérénité sont à la base du remède... Vous me voyez venir?

Que l'on prenne l'exemple de la démographie, qui nous amène à la question de l'immigration, qui est intimement liée à celle de la langue, et nous nous retrouvons devant une chaîne d'enjeux qu'il est imprudent d'analyser isolément sans prendre le temps d'en reconnaître la nature profondément complexe et délicate. Je me permets donc de m'improviser médecin et, stéthoscope à la main, de vous proposer le traitement suivant: aborder ces questions de manière posée, sans précipitation, regarder les enjeux sous toutes leurs facettes, en cherchant à la fois les causes et les implications... D'où l'importance de respirer par le nez!

Mais je constate que les problèmes respiratoires, qui étaient peut-être tributaires d'une certaine morosité hivernale, sont en train de se résorber avec l'arrivée du printemps. En effet, de nombreux signes de bonne santé collective se font déjà sentir. Je pense notamment au projet de Griffintown. La mobilisation des Montréalais en faveur de la réussite de leur ville et de la mise en valeur de ses richesses s'organise avec des bâtisseurs qui ont pris le temps de rencontrer l'ensemble des intervenants du milieu afin que nous puissions construire ensemble le meilleur projet pour la Métropole. Un autre exemple est bien sûr le Quartier des spectacles, que l'on est en train de voir naître grâce à la complicité de tous les paliers de gouvernement, des milieux de la culture et des affaires ainsi que des citoyens.

Lorsque des individus croient en leurs moyens et en leur capacité d'agir, voilà qui est d'autant plus précieux, sachant que face à des problèmes complexes, on fait fausse route à chercher des solutions simples. La guérison passe bien souvent par la conviction profonde que nous pouvons guérir en prenant en main notre destin.


6 février 2008, 4:18
Le Canada dans les sables... mouvants
Le Canada, avec l'industrie pétrolière de l'Alberta au premier plan, a encaissé un dur coup il y a quelques semaines avec une annonce des plus étonnantes faite par nos voisins du sud: le gouvernement américain considère les sables bitumineux trop polluants. Vous avez bien lu, c'est l'administration de George W. Bush, principale détractrice de Kyoto et de toute la lutte aux changements climatiques, qui a fait ce constat...

Selon la loi du Energy Independence and Security Act, signée par le président Bush, "les agences fédérales ne peuvent plus signer de contrats d'approvisionnement pour des carburants alternatifs ou synthétiques, sauf s'il est prouvé, selon l'analyse du cycle de vie, que les émissions de GES liées à la production et à la combustion de ces carburants sont moindres ou égales à celles des sources conventionnelles de pétrole".

Cette annonce est très importante et comporte deux éléments essentiels qui, à mon avis, constituent d'excellentes nouvelles.

Tout d'abord, c'est très rassurant de voir la plus importante économie de la planète prendre cette décision. Le gouvernement Bush n'a pas vraiment fait preuve de leadership dans le dossier énergétique jusqu'à présent. C'est donc tout un revirement. Même si les experts estiment que l'Alberta ne sera pas affectée à court terme (économiquement parlant) par cette loi, il s'agit d'un geste important qui illustre à quel point les changements climatiques sont pris en considération et sont en train de dicter certaines règles du marché.

Les États-Unis sont les principaux acheteurs des sables bitumineux. Le gouvernement américain est l'un des plus énergivores au monde. L'armée et la poste, deux agences fédérales, sont les plus gros consommateurs de carburant au pays. C'est tout un signal à la communauté internationale qui est lancé. Même si l'Alberta peut continuer de vendre à des compagnies privées ou aux États au sud de la frontière, elle vient quand même de perdre un client très important. Et qui sait si cette annonce n'entraînera pas d'autres joueurs à adopter de telles politiques?

D'ailleurs, la Californie a pris cette décision bien avant l'administration Bush en annonçant en février 2007 qu'elle ne voulait pas du pétrole issu des sables bitumineux parce qu'il émettait trop de GES.

Ensuite, la loi fait référence à un concept crucial en environnement: l'analyse du cycle de vie. Grâce à ce processus, nous pouvons déterminer les impacts environnementaux globaux de différents produits, technologies et procédés industriels sur l'ensemble de la vie d'un produit. Dans le cas des carburants, les impacts environnementaux peuvent être mesurés en calculant notamment les émissions de gaz à effet de serre dans toutes les étapes de "vie" d'un carburant, de son extraction à sa combustion.

C'est important parce que, enfin, le calcul des émissions de GES ne se fait pas uniquement quand "la voiture roule", mais tout au long de la production. Et qui remporte la médaille d'or dans le calcul des émissions? Eh oui, le pétrole de l'Alberta.

Ce n'est un secret pour personne, l'industrie des sables bitumineux est la plus polluante au Canada. Les sables bitumineux sont responsables de 30 % de l'augmentation des émissions de GES depuis 1990 pour tout le Canada. L'extraction du pétrole des sables bitumineux est un processus extrêmement coûteux du point de vue énergétique et environnemental.

Je n'irai pas dans les détails, mais les données reliées à chacune des étapes de production sont tout simplement effrayantes. La production d'un seul baril de pétrole nécessite l'extraction de deux tonnes de sables bitumineux. Ce même baril génère deux barils de déchets toxiques. Il faut de trois à cinq litres d'eau pour produire un seul litre de pétrole. Toute l'industrie fonctionne au gaz naturel. L'énergie dépensée est énorme. La consommation quotidienne de gaz naturel suffirait à chauffer quatre millions de maisons... Au final, les émissions de GES générées par les sables bitumineux sont au moins de 25 % supérieures à celles générées par le pétrole conventionnel.

Avec cette annonce, le Canada est une fois de plus sur la sellette dans le dossier des changements climatiques. C'est une bonne nouvelle, la pression monte. Après le rapport de l'ONU cet automne, le dérapage à Bali en décembre, ce sont maintenant nos principaux alliés qui nous font la leçon. Et cette fois-ci, la donne est un peu différente puisque la pression ne vient pas seulement du public, mais de la loi.