Comme c'est le cas pour plusieurs d'entre vous, l'attitude des commerçants qui refusent d'assurer un service en français me choque. Bien sûr, nous avons tous la responsabilité individuelle de faire respecter notre langue mais nous avons aussi le droit de compter sur un État qui se donne les moyens d'agir en notre nom. Pour y arriver, la solution de soumettre aussi les petites entreprises à la loi 101 mérite d'être sérieusement considérée. Mais une telle décision engendre un défi d'application. Est-ce que la police de la langue pourra superviser efficacement toutes les petites entreprises? Je ne le pense pas. La solution réside plutôt dans l'application d'un crédit d'impôt pour les entreprises ayant obtenu leur certificat de francisation. Un crédit de 1000 $ par employé pourrait être ainsi établi. Je suis convaincu que le proprio d'un resto ayant 10 employés se bougera le popotin pour sauver 10 000 $ par année.
Money talks.
La loi 101 oblige depuis 1977 les entreprises de 50 employés et plus à obtenir un certificat de francisation exigeant notamment que la langue de travail soit le français. Ce groupe de grandes entreprises représente la moitié de la main-d'œuvre mais seulement 2 % des entreprises au Québec. Il en reste donc 98 % qui ne sont pas obligées de se franciser. Il faudra agir pour couvrir celles-ci.
Le problème de l'application est toutefois bien réel. Alors que l'Office de la langue a du mal à suivre 5000 entreprises, comment fera-t-il pour en couvrir 300 000? Ça prendrait pas mal d'inspecteurs. Une autre avenue est possible. C'est celle des incitatifs économiques. Une entreprise devrait elle-même satisfaire aux exigences de la francisation pour récupérer une partie de sa taxe. Ainsi, le travail des inspecteurs en serait fortement réduit.
Les employeurs ne préféreront-ils pas payer la taxe et ne pas se franciser? Pas si le crédit de taxe est substantiel. Je ne connais pas beaucoup de propriétaires qui négligeront de sauver 1000 $ de taxe par employé.
Est-ce vraiment acceptable de pénaliser des entreprises qui refusent de se franciser? Les gouvernements le font de plus en plus pour l'environnement. Il est temps de le faire aussi pour favoriser la responsabilité sociale des entreprises. Et au Québec, cette responsabilité sociale implique le respect de la langue française et de la loi 101. Point à la ligne.
L'anglais est adopté comme langue d'usage par 65 % des immigrants s'établissant à Montréal. Ce n'est pas étonnant dans un contexte où seulement 45 % des immigrants travaillent dans un milieu francisé. Il reste donc énormément de boulot à faire pour assurer l'avenir du français en Amérique du Nord.
Malheureusement, j'ai l'impression que les nouvelles générations, y compris la mienne, ont peur de déranger en affirmant leur droit au français. Ce sentiment m'atteint souvent personnellement. Chaque fois, je me rappelle quand ma mère a remis au patron d'une boutique de la rue Sainte-Catherine les souliers que je venais de choisir pour mon bal des finissants. Après avoir demandé à la vendeuse unilingue anglophone de voir son patron, ma mère lui a affirmé devant tous les clients qu'elle reviendrait acheter dans son magasin quand elle pourrait être servie en français.
Nous avons individuellement le devoir de poursuivre le combat pour la survie du français en terre d'Amérique. Cette responsabilité implique aussi d'exiger de notre gouvernement qu'il nous donne les moyens d'agir collectivement.