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16 janvier 2008, 5:06

Money talks

Comme c'est le cas pour plusieurs d'entre vous, l'attitude des commerçants qui refusent d'assurer un service en français me choque. Bien sûr, nous avons tous la responsabilité individuelle de faire respecter notre langue mais nous avons aussi le droit de compter sur un État qui se donne les moyens d'agir en notre nom. Pour y arriver, la solution de soumettre aussi les petites entreprises à la loi 101 mérite d'être sérieusement considérée. Mais une telle décision engendre un défi d'application. Est-ce que la police de la langue pourra superviser efficacement toutes les petites entreprises? Je ne le pense pas. La solution réside plutôt dans l'application d'un crédit d'impôt pour les entreprises ayant obtenu leur certificat de francisation. Un crédit de 1000 $ par employé pourrait être ainsi établi. Je suis convaincu que le proprio d'un resto ayant 10 employés se bougera le popotin pour sauver 10 000 $ par année. Money talks.

La loi 101 oblige depuis 1977 les entreprises de 50 employés et plus à obtenir un certificat de francisation exigeant notamment que la langue de travail soit le français. Ce groupe de grandes entreprises représente la moitié de la main-d'œuvre mais seulement 2 % des entreprises au Québec. Il en reste donc 98 % qui ne sont pas obligées de se franciser. Il faudra agir pour couvrir celles-ci.

Le problème de l'application est toutefois bien réel. Alors que l'Office de la langue a du mal à suivre 5000 entreprises, comment fera-t-il pour en couvrir 300 000? Ça prendrait pas mal d'inspecteurs. Une autre avenue est possible. C'est celle des incitatifs économiques. Une entreprise devrait elle-même satisfaire aux exigences de la francisation pour récupérer une partie de sa taxe. Ainsi, le travail des inspecteurs en serait fortement réduit.

Les employeurs ne préféreront-ils pas payer la taxe et ne pas se franciser? Pas si le crédit de taxe est substantiel. Je ne connais pas beaucoup de propriétaires qui négligeront de sauver 1000 $ de taxe par employé.

Est-ce vraiment acceptable de pénaliser des entreprises qui refusent de se franciser? Les gouvernements le font de plus en plus pour l'environnement. Il est temps de le faire aussi pour favoriser la responsabilité sociale des entreprises. Et au Québec, cette responsabilité sociale implique le respect de la langue française et de la loi 101. Point à la ligne.

L'anglais est adopté comme langue d'usage par 65 % des immigrants s'établissant à Montréal. Ce n'est pas étonnant dans un contexte où seulement 45 % des immigrants travaillent dans un milieu francisé. Il reste donc énormément de boulot à faire pour assurer l'avenir du français en Amérique du Nord.

Malheureusement, j'ai l'impression que les nouvelles générations, y compris la mienne, ont peur de déranger en affirmant leur droit au français. Ce sentiment m'atteint souvent personnellement. Chaque fois, je me rappelle quand ma mère a remis au patron d'une boutique de la rue Sainte-Catherine les souliers que je venais de choisir pour mon bal des finissants. Après avoir demandé à la vendeuse unilingue anglophone de voir son patron, ma mère lui a affirmé devant tous les clients qu'elle reviendrait acheter dans son magasin quand elle pourrait être servie en français.

Nous avons individuellement le devoir de poursuivre le combat pour la survie du français en terre d'Amérique. Cette responsabilité implique aussi d'exiger de notre gouvernement qu'il nous donne les moyens d'agir collectivement.

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Isabelle Saucier a dit :

re: Money talks

Je ne vois pas pourquoi les restaurants devraient avoir un crédit d'impot de 1 000 $ par tete d'employé. Si beaucoup d'entre eux ont les moyens de s'installer dans le Plateau ou le Centre-Ville, ils n'en ont pas besoin. Surtout dans ces endroits ou le " hamburger " et une poignée de frites sont vendus 12.95 $ sans taxes ni pourboire. Ca doit etre obligatoire lorsque tu t'installes au Québec. Il faut les pénaliser ces entreprises. Les immigrants choisissent l'anglais parce que la loi leur permet. Nous laissons le gouvernement faire ces lois, donc nous laissons tout ce beau monde faire ce qui lui plait. C'est comme ca ici : on se met a genoux et on baise les pieds de tout le monde.

# 17 janv. 2008, 10:51

Steve Boudrias a dit :

re: Money talks

Décidément, le thème des chroniqueurs du Voir de cette semaine, est le même !

Ça me surprend un peu de la part d'un hebdo montréalais qui a son pendant anglophone (le Hour) et qui est bien branché sur tous les événements culturels se déroulant sur l'île.

Mais une telle unanimité face à la nécessité de traiter la question du français au Québec suite à une "enquête journalistique" provenant du même journal jaune qui a accouché de plusieurs traumatismes pré-fabriqués ou montés de toutes pièces afin de VOIR s'envoler les ventes en kioskes ou sur le coin des rues de Montréal m'inquiète un peu.

Je suis de cette génération qui ne revendique pas lorsqu'il magasine.  Je suis de cette génération qui s'est intéressé de près à son histoire et qui est farouchement indépendantiste.  Mais je suis aussi de cette génération qui a grandi au sein d'une ville multiethnique que l'on nomme Montréal.

Je suis de ceux qui ont grandi dans un ghetto franco-pauvre où la seule anglophone que j'ai "connue" était une propriétaire de club vidéo insupportable.  Son commerce à définitivement fermé ses portes récemment d'ailleurs, au profit de commerce mieux géré et respectant davantage le personnel.  Mais je n'ai jamais cru pour autant que mon boss, parce qu'il parlait l'anglais, était nécessairement un homme ou une femme dont je devais me méfier, à qui je devrais faire la morale sur mon lieu de travail.

Et j'ai travaillé dans le downtown, le fameux arrondissemnet Ville-Marie depuis plus de 10 ans déjà.  Je n'ai jamais eu à me plaindre de mes patrons anglophones.  Pour ce qui est des francos qui ne respectaient pas les normes du travail où les bases du combat syndical, je ne peux pas en dire autant...

Je veux bien croire que des incitatifs fiscaux sont des outils très intéressants à envisager.

Toutefois, il faut apprendre davantage de l'attitude critique de René Lévesque envers la loi 101 - qui avait sa raison d'être en son temps - mais qui n'est plus aussi pertinente actuellement.

Pourquoi ?

Parce qu'une langue, pour être vivante, doit être parlée sans crainte.  Ce qui se fait au Québec sans problème, peu importe où on est.  Parce qu'une langue, pour être vivante, doit être parlée par une population qui prend conscience de la nécessité d'en parler plus d'une afin de préserver à la fois sa culture et ses racines historiques.  Parce qu'un langue, pour être vivante, doit être chérie par des gens qui ont encore le goût de se reproduire et non pas uniquement le goût de magasiner en paix en entretenant l'illusion du respect dans l'imposition d'une crainte s'ajoutant à la précarité d'emploi ou leur manque de temps, de moyens ou de capacités à apprendre rapidement le français.

Bref, c'est bien beau adopter le mantra anglo-saxon du "money talks" sur tous les tons et sur toutes les tribunes... mais je ne vois pas en quoi cela permettra l'émergence d'une convivialité quotidienne réelle ainsi qu'une solidarité renouvelée de notre nationalisme d'État.

Enfin, je me souviens d'un film de Denys Arcand, un documentaire intitulé "Le confort et l'indifférence".  On y voyait un jeune Bernard Landry actif et fringuant défendant avec éloquence la théologie économique de la libération des "nègres blancs d'Amérique".  Je fais exprès pour mélanger le politicient du PQ et l'intellectuel de choc Pierre Vallière.  Et je ne le fais pas sans raison.

On oublie souvent au Québec que la langue française a été sauvée par un boom des naissances (la révolte des berceaux, peu après la Conquête).  On s'en rappelle grâce, surtout, aux échos religieux et catholiques entendus à la commission Bouchard-Taylor.

On oublie également que le Québec s'est affranchi économiquement et a rayonner culturellement et olympiquement grâce à la génération du babyboom des années 60.  On s'en souvient parfois mieux que les acteurs de cette époque de révolution tranquille où tout semblait possible puisque certains d'entre eux voudraient aujourd'hui nier ou renier les acquis chèrement acquis au cours de ces années de combats acharnés.

Finalement, on oublie que la religion, l'économie et la culture, aujourd'hui, maintenant que nous avons fait mentir Lord Durham et tous ceux qui ont tenté ou qui nous ont conseillé de nous faire assimiler à leur religion, leur culture, leur langue et leur manière de concevoir le rôle de l'État ; bref, puisque nous avons accompli avec persévérance et noblesse notre survivance, puisque nous avons émerger sur la scène internationale économiquement et culturellement en français et aussi en anglais, puisque nous faisons face aux même défi de la mondialisation envahissante tout en accueillant ceux et celles qui n'ont pas la chance de vivre dans des conditions aussi propices que les nôtres ; nous avons un devoir envers nous-mêmes et celui de nos enfants, et c'est celui de renouveler le discours souverainiste en le rattachant à quelque chose de plus rassembleur que la langue, plus générateur de talents que la simple culture, plus fraternel que le simple besoin de communier dans la même église... nous avons le devoir de nous rassembler sous un idéal clairement Républicain.

Et comme nous vivons et grandissons sous l'effet conjuguée de deux tentations Républicaines combinées à un voisinage avec la tradition britannique de faire vivre une Constitution ; nous devons construire avant tout un État à la hauteur de nos ambitions actuelles : celle de faire un État moins tentaculaire et moins paternaliste ou maternant, un État qui soit plus près de ses citoyens, un État qui soit d'une dimension géographique moins grande, certes, mais plus à même de nous projeter dans l'avenir tout en protégeant plus efficacement ET équitablement les Droits et Libertés de chaque citoyen acceptant de bâtir avec nous ce nouveau projet de société.

Une société qui ne repose pas uniquement sur le don de soi sans fierté.  Une société qui ne repose pas sur le commerce ininterrompu de tout ce qui fait le meilleur de nous-même.  Une société qui soit autre chose qu'un ensemble de groupe de pression tirant la couverture du pouvoir chacun de leur côté afin de se mettre à l'abri du besoin.  Une société inclusive, tolérante, avant-gardiste qui ne souffre plus du complexe d'infériorité et qui ose s'avancer courageusement dans un projet inédit d'avenir collectif.  Une société qui redonnerait ses lettres de noblesse à la fierté d'être né au Québec ou d'y avoir bâti un foyer ou trouver un asile.  Nous sommes rendu à l'âge de la maturité et du renforcement positif.

Je suis de cette génération qui ne réclame plus des autres qu'il me renvoie la fierté ou bien l'héritage de parler ma langue.

Je suis de la génération qui est suffisament enraciné dans son histoire, dans son territoire et ses valeurs essentielles afin de pouvoir en faire la promotion sans avoir besoin d'un État nourricier pour venir me border le soir afin de rêver mieux l'avenir de mes enfants.  Je suis de la génération qui croit que l'État doit être providentiel uniquement dans le domaine névralgique des soins de Santé, dans celui de l'aide aux plus démunis de ma société ET aussi dans le domaine primordial de l'Éducation.

Pour le reste, advienne que pourra !

# 17 janv. 2008, 11:05

Bernard Pottier a dit :

re: Money talks

Je dois dire que plus je relis vos suggestions, et plus j'éprouve un malaise. Certes, l'argent parle, et c'est pourquoi une prudence extrême est requise lorsqu'il est question de sous, afin de ne pas envoyer le mauvais message.

Et là où je bute, c'est quand on me dit que l'on devrait offrir de l'argent pour se faire respecter. C'est faire un peu, beaucoup p***. Pour reprendre un ancien slogan, à ce prix-là, c'est non. Le seul prix que j'accepte de payer pour m'affirmer, c'est justement, l'effort requis pour s'affirmer.

J'ai, jusqu'à présent, appris trois langues, et chaque fois, c'est parce que je trouvais un intérêt authentique dans les cultures étrangères que j'étais appelé à découvrir. Je n'ai jamais pensé échanger ma curiosité naturelle contre un gros magot de deniers publics.

C'est vrai, cependant, qu'une entreprise ne fonctionnera pas nécessairement selon le même principe, vu les obligations de rentabilité à court terme. Et c'est là que votre raisonnement m'apparaît erronné, car il suppose que si seulement les francophones disposaient de plus d'argent, tout irait pour le mieux pour notre langue. De quoi perpétuer le mythe du peuple de locataires né pour un petit pain. :-((

De plus, il faut tenir compte du contexte politique particulier du Canada. Car c'est seulement dans ce pays que l'on retrouve une réaction adverse, épidermique, au fait francophone. Aux États-Unis, si un employé parle le français, le patron ne trouvera pas cher payer de déléguer celui-ci pour satisfaire un client. C'est encore le langage de l'argent, mais ce n'est plus le même discours.

Une dernière question me vient à l'esprit. Où le gouvernement trouvera-t-il les sous pour remettre des dizaines de milliers de dollars à l'immense majorité des entreprises, en admettant qu'elles souscrivent à votre beau programme? En coupant à l'aide sociale?

Le hic, c'est que la prostituée, elle ne sera pas contente, et les leçons de solidarité pourraient bien être retenues plus vite que prévu.

# 18 janv. 2008, 15:51

Catherine Caron a dit :

re: Money talks

Je trouve la proposition de François Rebello absolument aberrante. Ras-le-bol des incitatifs économiques parce que ce serait le seul langage que les gens d'affaires comprendraient. Il faut sortir de cette logique, et ce dans plusieurs domaines de la société, pour réapprendre à agir collectivement pour d'autres motifs plus louables que la rentabilité et l'efficacité économiques.

Voilà qu'il faudrait acheter la collaboration des commerçants pour faire respecter la loi 101... Ce faisant, on priverait l'État de revenus mais Rebello nous demande paradoxalement, à la fin de son article, « d'exiger de notre gouvernement qu'il nous donne les moyens d'agir collectivement.» N'importe quoi... Qu'on pénalise ceux qui ne respectent pas la loi 101, mais gâter ceux qui le font n'est pas souhaitable, c'est une question de dignité, de projet de société, l'argent ne devrait pas entrer en ligne de compte.

Je trouve aussi que les chroniqueurs de Voir devraient se coordonner pour ne pas tous parler de la même chose (ça arrive souvent). Il y a tant de sujets oubliés pendant que tous focusent sur le truc de l'heure...

# 19 janv. 2008, 14:37