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Antidote
19 décembre 2007, 4:23

Santé!

La santé, on se la souhaite dans les cartes de Noël, au Nouvel An, en s'embrassant. On la veut toute l'année pour nos enfants, nos parents et tous ceux que l'on aime. La santé, c'est comme le bonheur: on la reconnaît et l'apprécie surtout quand elle s'en va. Et s'il en était de même de notre système de santé tout entier?

À force de se faire répéter que la solution aux listes d'attente et à tous les problèmes de notre système de santé est la privatisation, il y a de quoi se questionner. Un questionnement qui a cours un peu partout en Occident puisque les problèmes y sont relativement semblables. Comme l'explique le Dr André-Pierre Contandriopoulos, professeur titulaire au Département d'administration de la santé de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal: "Il est moralement inacceptable de ne pas réformer le système de santé." Chiffres à l'appui, il démontre cependant que la privatisation ne fait pas partie de la solution, mais du problème. En général, elle coûte plus cher et ne garantit pas une meilleure qualité de soins pour l'ensemble des citoyens, bien au contraire.

Pourquoi alors ouvrir la porte toujours plus grande au privé, avec la loi 33 et maintes autres mesures gouvernementales qui nous poussent toujours plus loin dans l'engrenage d'un système à deux vitesses? Sommes-nous collectivement sous anesthésie? Allons-nous nous réveiller avec des organes en moins en nous disant: On aurait donc dû ne pas se laisser endormir? Il est temps de revenir à la lucidité. Nous avons besoin d'un véritable débat public sur notre système de santé.

Il faut savoir que le lobby est fort en faveur de la privatisation. Disons les choses franchement: il y a de l'argent à faire avec les gens malades. C'est bon pour l'économie et donc pour la société, entonnent en chœur l'Institut économique de Montréal, l'Institut Fraser et autres chantres d'un système économique à courte vue qui ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux qu'il génère. Big business... Parlez-en aux Américains! Un employé d'Alcoa, aux États-Unis, paie en moyenne 16 000$/an en assurance santé pour lui et sa famille. Cela équivaut à 8 $ de moins sur chaque heure de travail rémunérée. Les Américains dépensent en moyenne deux fois plus que nous pour leurs services de santé. Super: ils font croître leur PIB! Quant à la qualité des services qu'ils reçoivent... tout dépend de leur compte en banque et donc des assurances qu'ils ont les moyens de se payer. Voilà qui contribue à expliquer que le taux de mortalité infantile y est plus élevé que partout ailleurs en Occident et même qu'à Cuba.

Alors oui, à en croire leur PIB, les États-Unis sont riches. Mais de quelle richesse parlons-nous? Selon le rapport sur le développement humain des Nations-Unies, un Américain a deux fois plus de risques de se trouver sous la ligne de la pauvreté qu'un Canadien. "La première menace à la santé, c'est la pauvreté", affirme l'Organisation mondiale de la santé, chiffres à l'appui. Les pauvres meurent avant les riches.

Et si l'on reconnaissait que notre premier système de santé est notre environnement, tant social qu'écologique? Pour paraphraser David Suzuki: nous sommes la nourriture que nous mangeons, l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons. En contaminant les écosystèmes, nous nous contaminons nous-mêmes. Alors que l'Institut Curie estime qu'une personne sur deux sera atteinte d'un cancer au cours de sa vie, il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'une nouvelle étude établisse un lien entre les facteurs environnementaux et cette nouvelle épidémie. Il en est de même pour les allergies, l'asthme, l'infertilité, etc.

Pratiquement toutes les études (non financées par l'industrie pharmaceutique et médicale) le démontrent: mieux vaut prévenir que guérir. Pour cela, il faut travailler sur les facteurs déterminants de la santé, soit la qualité de vie des citoyens. Traduction? S'attaquer à la pauvreté; améliorer l'alimentation, la qualité de l'environnement et l'éducation; augmenter l'activité physique; réduire le stress; renforcer les liens dans la communauté; etc. Il s'agit là d'un véritable projet de société qui doit se refléter dans nos choix collectifs et individuels.

Certes, notre système de santé fait face à des défis complexes. Voilà pourquoi il est temps de mettre notre intelligence et nos énergies en commun afin de les surmonter. "À problèmes publics, solutions publiques", soutiennent les signataires de l'Appel pour un système de santé public, rédigé par l'infirmière-chercheuse-militante Lorraine Guay. Un "Appel" qui contribuera à faire tourner le vent si nous sommes assez nombreux à le signer et à passer à l'action: www.santesansprofit.org.

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Steve Boudrias a dit :

re: Santé!

Tant qu'y a de la vie, y'a de l'espoir, dit-on.

La classe moyenne, c'est la classe qu'y a pas les moyens.

Tant et aussi longtemps qu'on étranglera la poule aux yeux d'or, au Québec, on s'appauvrira collectivement en faisant preuve de simplicité tout à fait involontaire...

# 19 déc. 2007, 18:26

Steve Boudrias a dit :

re: Santé!

Miss Waridel, l'économie me fascine depuis longtemps.

En fait, depuis mon premier contact un homme du nom de Proudhon, penseur anarchiste réfléchissant sur la problématique de la création de richesse collective.

Mon exemple préféré est toujours le même : la construction d'une église de village.

S'il faut, par exemple et sans souci d'exactitude, 1000 hommes travaillant ENSEMBLE un siècle pour édifier une cathédrale, il est possible de repenser l'économie d'une manière radicalement différente.

Ainsi, dès le départ, on peut constater une chose : il n'est pas nécessaire aux ouvriers d'avoir la Foi ou de partager les principes fondateurs de la religion à laquelle sera associé l'édifice sacré au bout de ce siècle.  Toutefois, les baîlleurs de fonds et la société privé, publique ou hybride (le fameux PPP) essayant de contribuer à la réalisation de cette oeuvre devront s'accrocher aux principes fondateurs reliés à la vocation de l'édifice.  De plus, chacun pourra voir son salaire lui être versé et utilisé afin d'aller dans le sens contraire des intérêts cherchant à produire l'édifice sacré en question.  Joyeux paradoxe potentiel...

D'autre part, il est aussi possible d'imaginer qu'entre la première pelletée de terre et la dernière, les valeurs, les priorités ou les méthodes de construction se modifient de manière si profonde que l'édifice final pourraient être achevé ou laissé en plan par des gens ne croyant plus du tout en Dieu... ou en la nécessité de lui édifier une tour de Babel.

Je vous parle de ce truc communautariste parce que Proudhon utilise son credo (ni dieu, ni maître) afin de remettre en question triplement la société à laquelle il appartient.

Jusqu'à présent, la remise en question est double :

1) on peut contribuer à l'édification d'une cathédrale ou favoriser l'imprimatur d'une religion sans même avoir la Foi (l'outil et celui qui manipule l'outil n'a pas besoin de partager les valeurs - économiques et morales - du Capitaliste lorsque la cathédrale se construit "toute seule", sous la "supervision invisible" de ce dernier) ;

2) on peut finir, avec le temps, par oublier ou contester l'utilité ou la pertinence d'une réalisation humaine en réalisant que l'oeuvre d'un groupe de personnes finit par devenir une oeuvre qui nuit à la collectivité qui contribue à son corps défendant à la construitre (!) ;

Maintenant, passons au troisième et dernier aspect, le plus fascinant de la question que vous soulevez - la légitimité de certaines formes d'exploitation du bien commun privatisé - en soulevant le problème de la production et de la juste rétribution des ouvriers.

Je m'explique.

Si 1000 ouvriers en 100 ans réussissent à édifier une cathédrale, pourrait-on imaginer un homme - un beau petit capitaliste aux talents multiples - qui prendrait (une potion magique) des siècles et des siècles à édifier à lui seul le merveilleux monument qu'il cherche à ériger afin de :

a) montrer à ses semblables à quel point sa puissance rejoint celle d'un dieu - le sien ;

b) remercier SON dieu de l'avoir fait si habile de ses mains qu'il lui montre sa reconnaissance en lui fabriquant patiemment le fruit de son habilité suprême.

Le problème, c'est que notre tycoon (ti-coune pour les intimes) ne pourra arriver à rien tout seul.  Essayer de monter un mur de gyproc tout seul, bonne chance !  Alors, pour ce qui est de produire vitraux, façonner la pierre, sculter marbre, etc, peut-on vraiment imaginer un homme seul réussissant à lui seul le travail de milliers d'hommes ?  Non.  Alors, pourquoi rémunère-t-on les ouvriers à l'heure si ceux-ci sont véritablement ceux et celles qui construisent concrètement le machin divin ?  Aaah, parce qu'il y a beaucoup plus de noblesse à faire des croquis sur une table à dessins ?  Parce qu'il y a beaucoup plus de prestige à monter une opération financière auprès des notables d'une Cité ?  Come on !

Bref, au bout du compte, le bon mécène qui consolide SON autorité sur ceux qu'il exploite pour devenir riche, ceux qu'il exploitera pour construire l'hommage à son dieu et ceux qu'il exploitera encore mille ans à travers sa progéniture afin de préserver ou reproduire d'autres chef-d'oeuvres soi-disant construit pour un dieu... mais qui, au bout du compte, ne sont édifier que pour satisfaire l'ego boursoufflé d'un empereur que seul l'éductation populaire peut réussir à mettre à nu, est-ce cela qui libérera l'être humain de sa servitude volontaire ?

Je ne le crois pas, alors c'est pourquoi je crois que l'économie sociale, le bénévolat et le micro-crédit peuvent réussir là ou le mécénat ne fera que briller en société en essayant d'éclipser le pouvoir de l'État auquel il se substitue.  Et ma "parabole" religieuse (c'est Noël après tout...) trouve sa justification ici, dans le type d'État dont on parle : l'État Providence.  Un État qui se matérialise dans la vie d'un individu afin de le sauver de la déchéance et lui éviter la disgrâce liée à la perte de sa dignité.

Sauf que de dire ça, ça ne nous donne aucun indication concernant la nouvelle religion de l'écologie.  Une religion qui a pour dieu une planète qui rugit.  Une planète vengeresse comme le dieu judéo-chrétien pouvait être vengeur.  Une planète-amour qui nous aime comme le dieu chrétien : dieu comme l'écologie est partout.  Oui mais, la modération - même en écologie - a bien meilleur goût.

Bon, maintenant que je vous ai provoqué un peu, je précise ma pensée.

Pour être vraiment plus concret, je dirais que j'ai compris le problème à la base de notre dérive écologique : son lien encore inexistant avec la justice humaine, la société juste, si vous voulez.  La société Juste étant intimement liée ensuite avec le Bon gouvernement.

Plus physiquement, plus concrètement, lorsque je me suis perdu dernièrement au Salon des Métiers d'Art à la place Bonne AVENTURE, je suis tombé sur une piste de solution que j'ai décidé de partager avec vous, miss Waridel.

Ainsi, en me perdant dans les dédales des boutiques marquées chacune d'une ADRESSE, comme sur un site web, que j'ai rebondi sur l'idée suivante.

L'idée est simple mais m'a frappée d'un seul coup en soulignant ma curieuse stupidité, c'est-à-dire la manière dont j'ai perdu le Nord magnétique dans une salle d'exposition cartésienne déconcentrée.

Je me suis aperçu, au bout d'un certaine errance à la fois intro et rétro spective que le Québec pourrait devenir le fer de lance de l'avenir en matière de changemement social ET environnemental en reprenant contact d'une manière post-moderne avec "ses" racines traditionnelles.

Pourquoi ?

J'ai perçu d'abord le lien que le Québec possède avec les pays en voie de développement comme le Niger, par exemple, en voyant un kioske consacré à l'art traditionnel de ce pays visiteur au "centre" d'un "pays" d'accueil qui réfléchit son passé en le manipulant d'une manière néo-traditionnelle.

Ensuite, j'ai été étourdi par le nombre de kioskes d'art "contemporain/traditionnel" utilisant le RECYCLAGE et l'ART folklorique afin de créer des produits à forte valeur ajoutée.  Mais, ici, il ne s'agit pas d'une valeur ajoutée luxueuse mais astucieuse.  Une valeur frappée du sceau d'une autre valeur, valorisée par un contexte de remise en valeur de l'artisanat.  L'artisanat étant l'art noble de transformer la matière existante sur un territoire afin de lui donner une valeur d'usage et de recyclage équivalente !!

Un moment donné, j'étais si frappée dans mon imagination débridée que j'ai dû m'asseoir et faire semblant de regarder une parade de mode (plutôt) ridicule...

Et c'est ainsi que j'ai trouvé un autre fil conducteur pouvant reproduire le tissu social d'un nouveau pays souverain...  Lorsque nous sommes à la recherche d'un produit individuellement dans un commerce conventionnel issu de la culture de consommation de masse, nous recherchons inconsciemment une manière individualiste de nous associer à un groupe puissant (une multinationale qui fabrique des véhicules conceptuels performants comme la puissance ou l'efficacité, par exemple).

Par contre, lorsque nous cherchons une manière collective de nous distinguer individuellement, que pouvons-nous faire ?  Nous acheter un truc fabriqué par un artisan.

Pourquoi ?

Pour trois raisons :

1) le produit est assurément unique de par sa conception et son apparence finale (du verre soufflé fait à la main par un artisan n'aura jamais de forme, de texture et/ou de variations chromatiques identiques à celles que s'achètera le voisin) ;

2) le produit est fabriqué à même les ressources naturelles disponibles sur les lieux de l'achat (ce qui élimine la problématique du dumping industriel d'origines douteuses), ou bien le produit est conçu à l'aide d'un échange commercial (à forte valeur ajoutée culturelle) inédit ou improbable - par exemple, j'ai vu une artisane fabriquée des bijoux très diversifiés à même une pierre importée d'un pays d'Afrique ;

3) la notion de luxe, de gadget et d'objet utilitaire se trouvent totalement bouleversés par l'artisanat post-moderne ou néo-trad puisque les produits provenant de ce secteur d'activité économique propulsent tout d'abord le luxe dans une zone écologique ou culturelle inexplorée jusque-là (un bijou fait avec du ver de bouteille de vin non recyclée habituellement, par exemple) ; catapulte ensuite le gadget dans l'astuce matérielle tri-dimensionnelle (un agenda fait avec des résidus de pneus prend soudain - suite à sa "résurrection" écologiquement économique" - un aspect et des caractéristiques innovantes imprévues par rapport à la version commerciale habituelle) ; finalement, l'objet utile que nous utiliserons dans la cuisine, le salon, la salle de bain (et partout ailleurs dans notre vie domestique) prend - par le biais de l'artisanat - une dimension ingénieuse, esthétique et culturelle si foudroyante que cet art de transformer la matière d'une manière "traditionnelle" qui transformera à son tour un envirionnement primaire tout en préservant l'essentiel de notre identité en plus de respecter la capacité globale de notre environnement secondaire à soutenir de manière viable notre développement économique et social.

N'est-ce pas une merveilleuse manière d'aboder l'économie sous un autre angle sans tomber dans le prêchi-prêcha désincarné, c'est-à-dire dépourvu de solutions pratiques, accessibles et réalisables afin d'éviter la catastrophe appréhendée... sans prendre l'écologie pour une nouvelle religion panthéiste paganiste.

# 25 déc. 2007, 00:38

Claude Perrier a dit :

re: Santé!

Avec le dossier relatif aux fameux accommodements raisonnables, celui de la santé s'avère apparemment l'autre "patate chaude" impossible à laisser tout simplement refroidir dans un recoin du comptoir, quelque part derrière la cafetière et le grille-pain...  Et, à l'instar des accommodements, on raconte n'importe quoi sur la santé, véritablement tout et son contraire.  Avec, en prime, l'inévitable politisation du tubercule fumant.

De quoi rendre malade.

Ci-dessus, madame Laure Waridel plaide manifestement contre l'apport du secteur privé, plus encore qu'elle n'appuie le système public.  Ce qui est bien sûr fort compréhensible car le système public est à bout de souffle, débordé, à la limite de sa capacité à garder le cap.  Difficile alors d'en faire l'apologie...  Et, cela étant, le seul désengorgement possible se trouve du côté de la privatisation.  Ce qui, contrairement aux prétentions de madame Waridel, améliorerait les choses pour tout le monde.

J'ai plusieurs amis et connaissances médecins spécialistes.  De plus, voilà quatre ans, je suis passé à deux doigts de tirer ma révérence en raison d'un très grave cancer.  Des mois et des mois de traitements quotidiens (radiothérapie et chimiothérapie) pour finalement aboutir à une délicate opération de plus de quatorze heures suivie par deux semaines d'hospitalisation.  Le système public, je l'ai vu de près et sous diverses facettes.  Et, en conséquence, je sais que l'apport du privé serait d'un grand soulagement.

Parce qu'une partie du problème, c'est que beaucoup de spécialistes sont limités dans le nombre d'heures autorisées pour pratiquer des interventions.  Il y a des quotas à respecter, au public.  La disponibilité des salles d'opération et du personnel médical pour assister doit aussi être considérée.  Avec pour malheureux résultat que, trop souvent, des spécialistes en sont réduits à se tourner les pouces, malgré les longues listes d'attente.  Certains choisissent alors de quitter.  Pour les États-Unis ou ailleurs au Canada.  Et le problème s'aggrave d'un cran supplémentaire à chaque départ.

Par contre, avec l'ajout du privé, financé par des assurances privées ou autrement (là n'est pas ce qui importe), des spécialistes qui autrement auraient dû se tourner malgré eux les pouces ou qui se seraient au contraire exilés, ces spécialistes donc pourront enfin s'attaquer aux listes d'attente et réduire les délais pour tout le monde - y compris dans le système public.

Enfin, ce commentaire est déjà beaucoup trop long mais j'ai à peine effleuré la question, tellement il y a à dire.  Je termine en indiquant une mesure bien simple qui, à elle seule, permettrait de libérer des ressources dans les hôpitaux: l'instauration d'un petit ticket modérateur de 5$ ou 10$, par exemple.  C'est fou ce que cela ferait du bien aux urgences bondées de trop d'enrhumés et de oisifs à petit bobo.

# 01 janv. 2008, 14:04

Steve Boudrias a dit :

re: Santé!

Eh bien, je trouve le commentaire de monsieur Perrier très intéressant et, non, je ne le trouve pas trop long.

Lorsqu'on cherche à s'exprimer clairement et avec suffisament de nuances, il faut y mettre le nombre de lettres nécessaires à la compréhension.

Surtout, il faut savoir chronométré son intervention et non pas être intimidé par l'apparence visuelle du commentaire.

Cela étant dit, je relève trois critiques principales du discours de miss Waridel.

1) elle n'y critique pas le système public ;

2) elle soulève uniquement les dangers de la privatisation ;

3) elle n'y parle pas du ticket modérateur.

Premièrement, oui, c'est vrai qu'elle n'y critique pas le public en long et en large mais c'est un peu gonflé comme critique à lui faire ici.

Pourquoi ? pour la simple et bonne raison qu'on critique le système public de soins de Santé PARTOUT dans les médias et sur tous les tons, à l'année longue.

Deuxièmement, oui, c'est vrai que le refus dogmatique du privé dans le système de soins de santé n'est pas une avenue assez productive.  Diplomatiquement parlant, il faut envisager d'ouvrir la porte plus officiellement à la pratique privée des CLINIQUES dans le système.

Car, si je me fie à votre témoignage ainsi qu'à la sortie d'un regroupement de professionnels de la Santé dernièrement, ce n'est pas tant la compétence des intervenants que leur capacité d'intervenir plus librement et plus souvent en salle d'opération qui est remis en question par la GESTION actuelle du système de soins de santé au Québec.

Et l'exil des médecins que vous mentionnez, monsieur Perrier, est un obstacle majeur à toute forme d'amélioration ET aussi une forme d'injustice trop souvent passée sous silence lorsque l'on pense au soutien de l'État québécois suite à son rôle de soutien dans le financement des étudiants en médecine.  Ainsi, je trouve particulièrement injuste (disons-le à nouveau) et très peu logique d'un point de vue nationaliste (eh oui, nous sommes reconnu comme Nation, profitons-en !) le fait que des médecins formés ICI au Québec servent ensuite à améliorer de leurs compétences et de leurs connaissances acquises ICI à l'étranger ou dans d'autres provinces.  Et ce n'est pas parce que je n'aime pas les autres provinces du Canada ou les États-Unis !  Mais simplement parce que c'est le Québec, c'est-à-dire l'État, autrement dit les contribuable québécois qui assume le poids financier de la formation de ces médecins et qu'eux, curieusement, ne se pose aucune question éthique et foute le camps à l'extérieur des limites territoriales d'un État qui les a soutenu d'une manière inégalée en Amérique du Nord pour les VOIR ensuite soulager de leur présence une autre province ou un autre pays sans même avoir assisté qui que ce soit sur le territoire qui leur a facilité l'accès à l'université.  Un débat éthique et responsable s'impose sur cette question, c'est clair, dans ce domaine névralgique.  Et ce n'est pas en uniformisant les moyens de financement de l'Éducation que le Québec se sortira de la misère, au contraire !  Ce serait là laminer l'un de ses atouts majeurs en formation de la main-d'oeuvre en Santé !

D'autre part, concernant le même aspec critique des services publics, il faudrait une fois pour toute regarder de près la faillite des MOYENS alloués au CLSC (les Centre Locaux de Services Communautaires) mis sur pieds pour prévenir justement les engorgements inutiles ou évitables des salles d'urgence.  Un autre aspect de la question que vous soulevez avec pertinence, monsieur Perrier.

Toutefois, je ne vois rien là qui fasse pencher vers le domaine privé afin d'améliorer les choses pour le bien général de la MAJORITÉ de la population.  Il faut donc que vous remettiez un peu en question le dogme de l'intervention magique du privé dans tous les domaines de la société de consommation, monsieur Perrier.  Et ce, même si ça vous demande de vous alimenter à d'autres sources que des médias qui ont tout INTÉRÊT à vous faire croire que les assurances privés pourraient remplacer allègrement l'assurance-maladie canadienne, un fleuron en Amérique du Nord en matière d'accès au soins de santé !  Ne pas VOIR de vos yeux que cette avenue de la privatisation mène aux pires scénario pour des millions de gens qui seraient ainsi léser par le nouveau système, c'est ignore à quel point aux États-Unis, il s'agit d'un enjeu névragilque faisant partie intégrante de leurs réflexions de CHANGEMENT !  Nous n'avons pas à faire ce changement puisque nous avons l'avantage d'avoir fait le choix COLLECTIF de venir en aide au plus grand nombre.

Oui, le système n'est pas parfait MAIS il ne mérite pas qu'on le rabroue, qu'on le malmène avec un sans-gêne qui confine à l'aveuglement pécunier et qu'on le remette en question aussi dramatiquement sous prétexte qu'on nous offre jamais de le soigner d'une manière plus douce qu'en lui administrant un remède de cheval, monsieur Perrier.  Et je ne prétends pas que vous avez des intérêts financiers dans l'affaire.  J'ose vous dire que vous vous trompez de remède ET de cible ici.

Troisièmement, oui, il est vrai que nous devons envisager l'utilisation restreinte et responsable d'un ticket modérateur afin de soulager les urgences du Québec.  Mais cette initiative, si nous la voulons vraiment efficace, ne doit pas aller SANS une stratégie globale d'intervention dans le système de soins de santé.  Par exemple, il faut permettre de plus grandes heures d'ouverture des CLSC.  Il faut connecter ses Centres Locaux de Services Communautaires plus près des membres de la communauté qu'ils desservent en communiquant avec la population par le biais des écoles et aussi des médias.  Il faut également s'assurer de remettre à neuf le concept de médecine ambulatoire et VOIR en quoi cela pourrait aider ou dédoubler les services déjà offert à la population.  Il faut VOIR à ce que les Régie régionale de la Santé soit des acteurs majeurs impliqués dans un changement qui ne se fait pas du haut vers le bas mais de la base vers les hautes sphères décisionnelles étatiques.  De plus, il faut absolument étudier la question des aidants naturels et pallier au plus sacrant aux mutiples ravages causés par la désinstitutionalisation nécessaire mais bâclée à laquelle nous avons assisté au cours des dernières années et qui a fait exploser le nombre de sans abris PARTOUT dans la province.

Ce ne sera pas une mince tâche mais sommes-nous OUI ou NON la Belle Province capable de se souvenir que nous avons déjà été maître chez Nous d'une mannière du tonnerre tout en nous choisissant le MEILLEUR des bons gouvernements possibles il n'y a pas si longtemps ?

Ce qui me fait rire avec le "débat" sur les soins de santé au Québec, c'est de VOIR à quel point on fait preuve de malhonnêteté crasse et de manque de mémoire collective lorsque vient le temps de penser les soins de santé ou l'assurance-maladie.  À quel on méprise les hommes et les femmes qui, il y a très peu de temps, quatres décennies, tout au plus, ce sont sacrifiés et se sont battus afin que leurs enfants ne vivent pas la situation terrible qui existait AVANT leur PROVIDENTIELLE intervention dans le domaine public !

Oui, je l'avoue, je suis pour la préservation d'un État Providence renouvellé.  Je n'en ai pas honte.  Ce dont j'ai honte, ce dont je suis loin d'être fier, c'est de la manière cavalière et outrancière avec laquelle on attaque ce qui fait notre force tout en essayant de nous abuser sur notre faibllesse en tant que collectivité !  Ce que je trouve incroyable, dans une société qui se respecte et qui partage des valeurs autres que l'individualisme des années 80, c'est de VOIR à quel point la lucidité des uns (les moins nombreux et les mieux nantis à tous points de vue) passe par l'abdiquation du devoir de solidarité exigé avec raison, attendu avec espoir et désiré avec ardeur par la majorité de la population qui souffre de ce désengagement dommageable des meilleurs éléments de notre société envers les plus malheureux et les plus pauvres et les plus malades d'entre NOUS !

Oui, je vais jusqu'à utiliser la première personne du pluriel, monsieur Perrier pour vous confondre avec EUX et vous demandez avec force - malgré le fait que je ne VOUS croit pas fautif ni mal intentionné - si vous allez osé me dire que j'ai rêvé cet idéal qui est aussi peu lointain de MOI et de VOUS, c'est à dire de NOUS !

J'ose croire que NON.  Sinon, vous me voyez bien gêné de VOUS dire que je n'aurais de cesse de m'opposé à votre point de vue tout en le respectant, monsieur.  Mais je ne le ferai pas toujours de mon salon, soyez-en certain.  Et je ne serai pas le seul non plus !

***

petite parenthèse "Bons baiser de France", miss Waridel, je salue votre présence à l'émission du 3 janvier 2006 aux côtés d'une sommité en matière d'environnement au Québec... et je salue l'équipe de recherchistes qui a eu la brillante idée de monter cette émission de variétés qui redonne ces lettres de noblesses au show de chaise !  bravo !  un moment donné, si acheter, c'est voters, comme vous dites; voter ce n'est pas la seule façon de changer le monde... la politique est la voie de ce changement tout simplement parce qu'elle l'a déjà été QUOIQU'EN DISENT les cyniques !

Bon, il faut que j'aille travailler ...

# 04 janv. 2008, 08:37

Claude Perrier a dit :

re: Santé!

J'ai plus ou moins compris ce que monsieur Boudrias dit relativement à mon commentaire du Jour de l'An.  Par moment, j'ai l'impression qu'il est du même avis, et par la suite je ne sais plus trop...

Quoi qu'il en soit, mon commentaire n'a aucunes visées éthiques ou autres considérations du genre car ce n'était pas l'objet de mon propos.  D'ailleurs, j'ai pris la peine d'indiquer n'avoir qu'effleuré la question.

Essentiellement, tout ce que je voulais dire, c'est que l'apport du privé ne nuit pas au système public, bien au contraire.  Son ajout permet plutôt de soulager celui-ci en amenant la réduction des listes d'attentes.  Aussi, parce que certaines personnes assurables (note: j'ai été plus de 25 ans dans le domaine des assurances) pourraient choisir de souscrire une assurance pour défrayer des coûts médicaux importants (pas des rhumes ou des maux de tête...), cela déchargerait le système public et laisserait davantage de financement disponible pour tout le monde.

Parce qu' il me semble que chacun devrait avoir le droit de choisir comment il veut dépenser son argent.  Ainsi, un tel pourra opter pour se payer des vacances sur une île dans le Sud tandis que tel autre pourra préférer se payer une assurance privée au cas où...  Chacun ses priorités, non?

Personne, et certainement pas moi, n'envisage l'abolition du système public.  Sans le secours de celui-ci et du personnel surmené y oeuvrant, je ne serais plus de ce monde depuis quatre ans déjà.  Il est urgent de soulager le système public et l'apport du privé s'avère une avenue qui serait volontairement financée par ceux qui le voudraient, qui puiseraient dans leur bas de laine ou paieraient des primes d'assurance, peu importe.  Et le résultat serait de bonnes économies pour le système public et un certain désengorgement du côté des listes d'attente.

Cela me semble idéal pour tout le monde: un système public qui reprend un peu son souffle grâce à l'appui du privé.  En passant, en ce concerne le financement du privé par le biais des assurances, je n'y ai aucun intérêt car je suis bien malgré moi à la retraite depuis quelques années déjà en raison de ce cancer qui m'a passablement amoché.  Et les seuls intérêts que je désire défendre, ce sont ceux de tous, de l'accès le plus rapide possible aux meilleurs soins et aux meilleures conditions.  Et c'est ce que le privé permettrait en venant en renfort du système public, il me semble.

# 06 janv. 2008, 12:52

Marc Audet a dit :

re: Santé!

Nous les connaissons bien les tactiques qui visent à faire devenir notre système de santé publique encore pire qu'il est de manière à ce que les intéressés puissent présenter leur solution comme étant le remède.  Il suffit de le priver des fonds publics nécessaires pour qu'il puisse remplir sa mission.  

Ce remède, il consiste d'abord à ne pas fournir des horaires de travail raisonnables au personnel soignant du système public, en particulier aux infirmières. La fatigue aidant, il s'ensuit que la qualité du travail se dégrade.  En contrepartie, les inventeurs de la panacée de la santé offrent des horaires de travail raisonnables aux infirmières qui désertent le système public, le privant encore plus des ressources dont il manque déjà en raison de la pénurie d'infirmières.

Il y a ensuite les coupures de fonds qui font en sorte que les médecins sont incapables de faire toutes les interventions qu'ils jugent pourtant à propos de faire.  En conséquence, les listes d'attente pour des opérations s'allongent indûment et des salles d'opération demeurent inopérantes.  En contrepartie, des cliniques offrent leurs services qui en comparaison paraissent efficaces pourvu que l'on paie la facture et dont l'efficacité n'a rien à voir avec une quelconque logique idéologique qui ferait du privé la cause de cette qualité.  Pendant ce temps, des médecins désertent le système public pour ces cliniques, le privant encore une fois de ses ressources les plus précieuses.

Ces manœuvres qui consistent à priver le public pour le privé sont somme toute immorales du point de vue du citoyen.  Elles ne peuvent que lui apparaître comme un détournement de fonds, un délit d'initié, une attribution d'actions à vil prix lésant les petits détenteurs de parts qui eux ne peuvent contribuer qu'à au système public parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer pour deux systèmes, un public avec leurs taxes et un privé avec leurs assurances.

# 09 janv. 2008, 09:39

Philippe Rathé a dit :

re: Santé!

Le culte de la gratuité qu Québec déresponsabilise les citoyens. Comment, s'ils ne peuvent y mettre quelques dollars, pourraient-ils avoir le simple souhait d'un système plus efficace?

Il y a une marge entre le fait de payer 0$ et et de payer 100$ pour une visite chez le médecin.

De toute façon tout ça n'est que l'illusion d'une gratuitée. On paye 1$ pour un Pepsi, 1$ à la fille qui débouche notre bière et combien à l'infirmière qui nous ...?

# 11 avr. 2008, 14:50