La santé, on se la souhaite dans les cartes de Noël, au Nouvel An, en s'embrassant. On la veut toute l'année pour nos enfants, nos parents et tous ceux que l'on aime. La santé, c'est comme le bonheur: on la reconnaît et l'apprécie surtout quand elle s'en va. Et s'il en était de même de notre système de santé tout entier?
À force de se faire répéter que la solution aux listes d'attente et à tous les problèmes de notre système de santé est la privatisation, il y a de quoi se questionner. Un questionnement qui a cours un peu partout en Occident puisque les problèmes y sont relativement semblables. Comme l'explique le Dr André-Pierre Contandriopoulos, professeur titulaire au Département d'administration de la santé de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal: "Il est moralement inacceptable de ne pas réformer le système de santé." Chiffres à l'appui, il démontre cependant que la privatisation ne fait pas partie de la solution, mais du problème. En général, elle coûte plus cher et ne garantit pas une meilleure qualité de soins pour l'ensemble des citoyens, bien au contraire.
Pourquoi alors ouvrir la porte toujours plus grande au privé, avec la loi 33 et maintes autres mesures gouvernementales qui nous poussent toujours plus loin dans l'engrenage d'un système à deux vitesses? Sommes-nous collectivement sous anesthésie? Allons-nous nous réveiller avec des organes en moins en nous disant: On aurait donc dû ne pas se laisser endormir? Il est temps de revenir à la lucidité. Nous avons besoin d'un véritable débat public sur notre système de santé.
Il faut savoir que le lobby est fort en faveur de la privatisation. Disons les choses franchement: il y a de l'argent à faire avec les gens malades. C'est bon pour l'économie et donc pour la société, entonnent en chœur l'Institut économique de Montréal, l'Institut Fraser et autres chantres d'un système économique à courte vue qui ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux qu'il génère. Big business... Parlez-en aux Américains! Un employé d'Alcoa, aux États-Unis, paie en moyenne 16 000$/an en assurance santé pour lui et sa famille. Cela équivaut à 8 $ de moins sur chaque heure de travail rémunérée. Les Américains dépensent en moyenne deux fois plus que nous pour leurs services de santé. Super: ils font croître leur PIB! Quant à la qualité des services qu'ils reçoivent... tout dépend de leur compte en banque et donc des assurances qu'ils ont les moyens de se payer. Voilà qui contribue à expliquer que le taux de mortalité infantile y est plus élevé que partout ailleurs en Occident et même qu'à Cuba.
Alors oui, à en croire leur PIB, les États-Unis sont riches. Mais de quelle richesse parlons-nous? Selon le rapport sur le développement humain des Nations-Unies, un Américain a deux fois plus de risques de se trouver sous la ligne de la pauvreté qu'un Canadien. "La première menace à la santé, c'est la pauvreté", affirme l'Organisation mondiale de la santé, chiffres à l'appui. Les pauvres meurent avant les riches.
Et si l'on reconnaissait que notre premier système de santé est notre environnement, tant social qu'écologique? Pour paraphraser David Suzuki: nous sommes la nourriture que nous mangeons, l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons. En contaminant les écosystèmes, nous nous contaminons nous-mêmes. Alors que l'Institut Curie estime qu'une personne sur deux sera atteinte d'un cancer au cours de sa vie, il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'une nouvelle étude établisse un lien entre les facteurs environnementaux et cette nouvelle épidémie. Il en est de même pour les allergies, l'asthme, l'infertilité, etc.
Pratiquement toutes les études (non financées par l'industrie pharmaceutique et médicale) le démontrent: mieux vaut prévenir que guérir. Pour cela, il faut travailler sur les facteurs déterminants de la santé, soit la qualité de vie des citoyens. Traduction? S'attaquer à la pauvreté; améliorer l'alimentation, la qualité de l'environnement et l'éducation; augmenter l'activité physique; réduire le stress; renforcer les liens dans la communauté; etc. Il s'agit là d'un véritable projet de société qui doit se refléter dans nos choix collectifs et individuels.
Certes, notre système de santé fait face à des défis complexes. Voilà pourquoi il est temps de mettre notre intelligence et nos énergies en commun afin de les surmonter. "À problèmes publics, solutions publiques", soutiennent les signataires de l'Appel pour un système de santé public, rédigé par l'infirmière-chercheuse-militante Lorraine Guay. Un "Appel" qui contribuera à faire tourner le vent si nous sommes assez nombreux à le signer et à passer à l'action: www.santesansprofit.org.