Nous avons pu voir, à la suite d'un reportage dans The Observer, il y a quelques semaines, des images horribles d'enfants cousant des étiquettes de GAP sur des vêtements. La compagnie a reconnu immédiatement que cette pratique était intolérable et allait contre les normes de travail qu'elle a incluses dans son code de conduite. GAP s'est aussi engagée à prendre les moyens pour corriger cette situation et éviter que de telles situations se reproduisent. Mais quelle est la crédibilité de tels engagements? Que devrait faire une telle entreprise manufacturière vraiment motivée à ne pas exploiter ses travailleurs?
Il y a quelques années que GAP a adopté un code de conduite qui impose à tous ses fournisseurs de respecter les principes de base contenus dans la déclaration de l'Organisation internationale du travail, organisme rattaché à l'ONU recevant l'aval de la plupart des pays, des organisations patronales et syndicales. Ces normes sont assez minimales mais représentent une amélioration notable par rapport à la situation prévalant: interdiction du travail forcé, de la discrimination et du travail des enfants, et respect du droit à la syndicalisation. GAP a aussi mis sur pied des mécanismes de vérification indépendante des fournisseurs pour voir au respect de ses normes. Une telle politique est à la fine pointe des bonnes pratiques dans l'industrie et pourtant, force est d'admettre que la vérification est pour le moins défaillante.
Une faille majeure empêche l'efficacité d'un tel code de conduite: GAP ne produit pas dans ses propres usines. Le matériel est assemblé par de nombreux fournisseurs. La chaîne de production devient très complexe et la vérification, difficile à effectuer.
Si GAP veut vraiment regagner sa crédibilité en matière de respect de normes du travail, elle devra ramener sa production dans ses propres usines. Ainsi, elle pourra vraiment contrôler les conditions de travail offertes et protéger sa réputation.
Certains avanceront qu'une telle réorganisation ne serait pas rentable. Je n'en suis pas convaincu. Prenons, par exemple, l'entreprise montréalaise Gildan qui s'est hissée au premier rang mondial de la production de t-shirts. Elle s'est dotée d'un code de conduite et de mécanismes après avoir pris trop de temps à agir suite à la controverse. Contrairement à GAP, Gildan fabrique tous ses t-shirts dans ses propres usines. Ce qu'elle perd en souplesse, elle le gagne en contrôle de qualité. Quand on coordonne directement les travailleurs, on est en mesure de les former, de les évaluer et de les motiver. On évite aussi d'inutiles intermédiaires qui se prennent une cote souvent plus importante que le salaire effectivement versé aux travailleurs.
D'autres entreprises que Gildan ont aussi ramené la production dans leurs propres usines. C'est le cas notamment de Conran shop, une entreprise britannique qui fabrique des petits objets de cuivre en Inde. Traditionnellement, cette production se faisait par l'intermédiaire de sous-traitants qui, eux-mêmes, faisaient le lien avec des gens produisant de chez eux. Les images de cette production étaient horrifiantes: des enfants faisant chauffer le cuivre dans des fours de fortune, sans protection pour leur corps. L'entreprise a ramené la production dans sa propre usine, ouvert une école pour les enfants, offert de meilleurs salaires aux parents pour compenser le fait que les enfants ne travaillent plus. Voilà un exemple d'une bonne réorganisation.
Sans être toutes aussi efficaces, les initiatives de code de conduite ont donné des résultats. Un représentant de l'OIT me citait l'exemple des ballons de soccer pakistanais. Suite à la controverse survenue à la veille du Mondial de France, les entreprises du secteur (Nike, Adidas et autres) ont accepté d'adhérer à un programme particulier pour favoriser la scolarisation des enfants. Selon ce représentant, on a pu constater des progrès substantiels en matière d'éradication du travail des enfants depuis.
Certains soutiennent que ces codes ne sont que de la poudre aux yeux, et que la seule solution est la syndicalisation et l'adoption de lois locales plus fortes. Je réponds à ces gens que ces codes ne s'opposent pas à ces deux solutions. Au contraire, un code incluant le droit d'association facilite la syndicalisation. De plus, ces codes deviennent un bel argument pour un gouvernement du Sud qui voudrait vraiment renforcer sa législation du travail: Venez produire chez nous; ici, nous vous aiderons à faire respecter votre code de conduite.
Avant d'acheter un cadeau de Noël, vérifiez donc sur le site internet du fabricant s'il a un code de conduite incluant des normes du travail. C'est un petit geste de solidarité qui fait une différence!