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5 décembre 2007, 5:28

Les normes de travail de GAP: de la frime?

Nous avons pu voir, à la suite d'un reportage dans The Observer, il y a quelques semaines, des images horribles d'enfants cousant des étiquettes de GAP sur des vêtements. La compagnie a reconnu immédiatement que cette pratique était intolérable et allait contre les normes de travail qu'elle a incluses dans son code de conduite. GAP s'est aussi engagée à prendre les moyens pour corriger cette situation et éviter que de telles situations se reproduisent. Mais quelle est la crédibilité de tels engagements? Que devrait faire une telle entreprise manufacturière vraiment motivée à ne pas exploiter ses travailleurs?

Il y a quelques années que GAP a adopté un code de conduite qui impose à tous ses fournisseurs de respecter les principes de base contenus dans la déclaration de l'Organisation internationale du travail, organisme rattaché à l'ONU recevant l'aval de la plupart des pays, des organisations patronales et syndicales. Ces normes sont assez minimales mais représentent une amélioration notable par rapport à la situation prévalant: interdiction du travail forcé, de la discrimination et du travail des enfants, et respect du droit à la syndicalisation. GAP a aussi mis sur pied des mécanismes de vérification indépendante des fournisseurs pour voir au respect de ses normes. Une telle politique est à la fine pointe des bonnes pratiques dans l'industrie et pourtant, force est d'admettre que la vérification est pour le moins défaillante.

Une faille majeure empêche l'efficacité d'un tel code de conduite: GAP ne produit pas dans ses propres usines. Le matériel est assemblé par de nombreux fournisseurs. La chaîne de production devient très complexe et la vérification, difficile à effectuer.

Si GAP veut vraiment regagner sa crédibilité en matière de respect de normes du travail, elle devra ramener sa production dans ses propres usines. Ainsi, elle pourra vraiment contrôler les conditions de travail offertes et protéger sa réputation.

Certains avanceront qu'une telle réorganisation ne serait pas rentable. Je n'en suis pas convaincu. Prenons, par exemple, l'entreprise montréalaise Gildan qui s'est hissée au premier rang mondial de la production de t-shirts. Elle s'est dotée d'un code de conduite et de mécanismes après avoir pris trop de temps à agir suite à la controverse. Contrairement à GAP, Gildan fabrique tous ses t-shirts dans ses propres usines. Ce qu'elle perd en souplesse, elle le gagne en contrôle de qualité. Quand on coordonne directement les travailleurs, on est en mesure de les former, de les évaluer et de les motiver. On évite aussi d'inutiles intermédiaires qui se prennent une cote souvent plus importante que le salaire effectivement versé aux travailleurs.

D'autres entreprises que Gildan ont aussi ramené la production dans leurs propres usines. C'est le cas notamment de Conran shop, une entreprise britannique qui fabrique des petits objets de cuivre en Inde. Traditionnellement, cette production se faisait par l'intermédiaire de sous-traitants qui, eux-mêmes, faisaient le lien avec des gens produisant de chez eux. Les images de cette production étaient horrifiantes: des enfants faisant chauffer le cuivre dans des fours de fortune, sans protection pour leur corps. L'entreprise a ramené la production dans sa propre usine, ouvert une école pour les enfants, offert de meilleurs salaires aux parents pour compenser le fait que les enfants ne travaillent plus. Voilà un exemple d'une bonne réorganisation.

Sans être toutes aussi efficaces, les initiatives de code de conduite ont donné des résultats. Un représentant de l'OIT me citait l'exemple des ballons de soccer pakistanais. Suite à la controverse survenue à la veille du Mondial de France, les entreprises du secteur (Nike, Adidas et autres) ont accepté d'adhérer à un programme particulier pour favoriser la scolarisation des enfants. Selon ce représentant, on a pu constater des progrès substantiels en matière d'éradication du travail des enfants depuis.

Certains soutiennent que ces codes ne sont que de la poudre aux yeux, et que la seule solution est la syndicalisation et l'adoption de lois locales plus fortes. Je réponds à ces gens que ces codes ne s'opposent pas à ces deux solutions. Au contraire, un code incluant le droit d'association facilite la syndicalisation. De plus, ces codes deviennent un bel argument pour un gouvernement du Sud qui voudrait vraiment renforcer sa législation du travail: Venez produire chez nous; ici, nous vous aiderons à faire respecter votre code de conduite.

Avant d'acheter un cadeau de Noël, vérifiez donc sur le site internet du fabricant s'il a un code de conduite incluant des normes du travail. C'est un petit geste de solidarité qui fait une différence!

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Steve Boudrias a dit :

re: Les normes de travail de GAP: de la frime?

Merci de l'information !

Je me suis acheté une chemise made in vietnam et un appareil cellulaire made in good old Taîwan (le pays qui tape sur les nerfs de la Chine autant que le Tibet) et j'étais presque au bord des larmes... ;-)

Comme dirait Laure Varidel... "acheter, c'est voter"... à un parlement qui n'a pas encore été créé. Mais qu'il faut s'assurer un par un ou une par une à constituer par une attitude consommatrice plus citoyenne du monde.

Bref, prenons soin de notre village.

Et comme disait Benneton un jour : "toutes couleurs unies".

D'ailleurs, je crois qu'il va falloir que quelqu'un s'amuse à détouner les slogans de leurs objectifs initiaux.

Je ne parle pas de faire dans le adbuster.

Non, par exemple, quand je vais a une manifestation, je porte du NIKE.

À première vue, c'est choquant et contradictoire.  Mais au bout de cinq minute, je me fais apostrophé par un militant et le fun commence :

- Nike, t'as pas honte ?

- Ben non, j'ai vu une publicité de Nike l'autre jour, ça disait "Just do it"... pendant que j'écoutais un documentaire sur la révolution de 1917 en Russie.  Alors, je me suis levé de mon divan... mais au lieu d'aller pisser, m'acheter des chips, me commander une pizza ou appeler une ligne 1-976, j'ai fait un don pour un organisme sans but lucratif DIRECTEMENT à l'ATSA afin d'aider le Bon Dieu dans la Rue.

- Ah ouin ?

- Ben oui, monsieur Smith n'est peut-être pas aussi charismatique que l'abbé Pierre... mais sa Cause est juste et légitime et mérite d'être défendue.

- Ouin mais c'est quoi le rapport avec GAP et Gildan ?

- C'est simple.  Sous mon Gildan au couleur de la police de Montréal, il y a un gros pullover de Nike.  Donc, camouflage de la marque mais bénéfice de la technologie de monsieur Knight.  Ensuite, camouflage envers les autorités policières.  Imagine les nouvelles : des policiers en train d'arrêter un homme qui porte les couleurs de la police de Montréal ! lol  De plus, GAP, qu'est-ce que ça veut dire et qu'est-ce que ça suggère exactement ?  Gap veut dire en français : fossé.  Donc, les gens qui portent du GAP veulent mettre un fossé entre eux, les branchés, et les autres... les branchés sur la réalité des affaires courantes : la paupérisation de la population au sein des pays riches qui s'effectuent simultanément avec la précarisation des conditions de travail des enfants, des femmes et des ouvriers contribuant à rentabiliser la stratégie de la délocalisation.

Finalement, l'heure est à la subversion subtile et à la manipulation des symboles commerciaux.

Car un slogan n'est pas infaillible.  Il s'alimente d'un désir inconscient que le cerveau a naturellement de vouloir compléter l'information manquante.

Essayez pour voir.  La prochaine fois que vous voyez un message publicitaires, jouez les imbéciles, vous allez VOIR ce que ça donne.  Par exemple, Telus, la compagnie qui me fournit en services cellulaires, elle me dit : le futur est amical, the future is friendly.

Et moi je réponds :  à la fin de mon contrat, dans trois ans, dans le futur, je vais encore plus être amical, je vais abandonner le téléphone cellulaire.  La plupart des gens qui ont réussi dans la vie comprennent que d'avoir une secrétaire est beaucoup plus efficace que d'être rejoignable en tous temps partout du premier coup.

# 05 déc. 2007, 18:43

Serge Lefrançois a dit :

re: Les normes de travail de GAP: de la frime?

L'IMAGE DE MARQUE

GAP possède une forte visibilité mondialement et cette entreprise multinationale n’échappe pas aux loupes du marché, lorsqu’il s’agit de trouver une faille à sa façade enviable, permettant l’occasion de perdre des plumes au détriment d’une autre compagnie toute aussi puissante.  Gardant tout de même une image positive de ce géant étasunien, sans pour autant lui accorder carte blanche totalement.

Une de leurs approches de marketing me fait cependant beaucoup sourire.  À 5’10¨ et 160 livres, j’habille extra petit à ce magasin.  Il semble que pour faire paraître plus minime sa clientèle, on a décalé les pointures, afin de nous faire paraître plus petit, un désir qui serait présent chez plusieurs personnes de plus fortes dimensions, devenues une partie imposante de la population américaine.

En revenant aux enfants, en sachant qu’une entreprise abuse des marmots en les obligeant à travailler, il va de soi d’une baisse de crédibilité et d’un mouvement de la population à l’encontre de ces actions inhumaines.  Mais les pays pauvres deviennent évidemment enclins à n’importe lesquelles des solutions leur assurant la survie.  À choisir entre la prostitution pour ces enfants et le travail, la meilleure solution leur permettant de vivre serait la meilleure.  Il paraît même qu’en Inde, on mutile des enfants avant de les déposer sur la rue, afin de mendier, ce qui leur permettrait de récolter plus d’argent, vu leur handicap.  Pas facile la vie en ce monde absurde, aux excès illimités, aux pratiques douteuses et parfois horribles.

# 06 déc. 2007, 14:17

Marc Audet a dit :

re: Les normes de travail de GAP: de la frime?

L'organisation sociale du travail, ce n'est pas seulement un organisme rattaché à l'ONU, mais d'abord et avant tout, une hiérarchisation des travailleurs de partout sur la planète, avec comme logique l'objectif de confier des tâches à ceux qui prennent les rémunérations les plus faibles.  Il n'y a pas vraiment d’obstacles à cette logique et si certaines barrières formelles existent en raison des législations ou des codes formels, elles sont vite franchies par les pratiques de ceux qui ne veulent pas s'y conformer.  Il n'y alors plus pour eux qu'à faire semblant de les respecter, en demandant aux travailleurs qui sont protégés par des organisations syndicales de faire comme si leur organisation ne les protégeaient pas et de réduire leur rémunération ou de délocaliser les entreprises vers des régions du monde où de telles barrières sont à toute fins utiles inopérantes ou inexistantes.  

Cette arrogance des fabricants a d'ailleurs de quoi se conforter.  Ils savent pertinemment que nous sommes prêts à fermer les yeux sur les manières dont sont produits les biens que nous consommons, quitte à ce que nous entrouvririons de temps à autre un œil, celui qui regarde su côté des enfants.  Il  nous sera alors permis de fermer l'autre, celui qui aurait pu apercevoir que le travail des parents des enfants sera réduit d'autant plus que la main-d’œuvre chez des enfants se fera moins nombreuse ou qu'il leur faudra que les parents travaillent encore plus pour le même salaire.  

Ces pratiques qui nous font fermer le bon œil nous donneront d'autant plus bonne grâce qu'elles seront relayées par des slogans définis comme étant des plus démocratiques et qui disent que consommer, c'est voter, ce qui serait le geste suprême de la liberté.  Si cela est voter, c'est aussi voter de la même manière que nous le faisons, c'est-à-dire avec un seul œil.    

# 11 déc. 2007, 08:54

Steve Boudrias a dit :

re: Les normes de travail de GAP: de la frime?

En question complémentaire, monsieur le président.

Si on ne croit pas au slogan qui dit :

ACHETER, C'EST VOTER, avant même de l'avoir essayer vraiment...

alors, en quoi est-ce qu'on croit, au juste ?

Ah oui, c'est vrai, on croit à :

a) au Grand Soir ;

b) à la révolution Cubaine de Castro ou au cauchemar bolivarien de Chavez ;

c) à l'anarchie déconstructive de Bakounine ;

d) au communautarisme de Proudhon ;

e) ou, mieux encore, au déréglement de tous les sens de Rimbaud comme manière de mieux vivre ne société.

Bien entendu, lâchez-moé avec les deux premières options.  L'Histoire avec une grand Hache qui radote, c'est pas mon trip.  Me faire assasiner au Mexique parce que je porte les lunettes de Lénine pour mieux VOIR la Russie retomber sous la houlette de Vlad le Terrible, très peu pour moi.  Je passe mon tour, merci.

Pouce qui est des option c) et d) c'est décidé : l'anarchie - le pouvoir sans l'autorité ou le pouvoir légitime dans toutes les facettes de la société - je vais y croire quand les athées vont me parler des vertus de la vie de Jésus, ok ?  Allez donc lire les derniers ouvrages de l'anarcho-christianiste Tolstoi ou l'Idiot de Dostoievsky avant de me contredire en public.  Sinon, tapez-vous donc la biographie du co-auteur du Manifeste du Parti Communiste, ça va vous édifier concernant la maladie mentale de Karl Marx et sa fameuse "dicatature" du prolétariat et son fameux opium du peuple.  D'ailleurs, parlant d'opium, les Soviétiques, malgré leur athéisme, n'ont jamais réussi à éradiquer les DEUX opiums du peuple dans ce coin-là.  Alors, quand on me parle d'opium, je préfère lire Cocteau ou bien Beaudelaire.  Encore merci !

Finalement, puisque Rimbaud a écrit un texte merveilleux sur les fonctionnaires de l'État (les assis), un autre sur la démocratie (la démocratie) et un autre sur les chercheurs de poux dans la têtes (les chercheuses de poux) ; j'ai bien hâte de VOIR comment on va - du jour au lendemain - avec une population à moitié analphabète fonctionnelle arriver à sauver la planète SANS préserver le système de consommation démocratique actuel ?

Avec la science infuse des philosophes, j'imagine...

# 11 déc. 2007, 17:43