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Antidote
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December 2007 - Messages
19 décembre 2007, 4:23
Santé!

La santé, on se la souhaite dans les cartes de Noël, au Nouvel An, en s'embrassant. On la veut toute l'année pour nos enfants, nos parents et tous ceux que l'on aime. La santé, c'est comme le bonheur: on la reconnaît et l'apprécie surtout quand elle s'en va. Et s'il en était de même de notre système de santé tout entier?

À force de se faire répéter que la solution aux listes d'attente et à tous les problèmes de notre système de santé est la privatisation, il y a de quoi se questionner. Un questionnement qui a cours un peu partout en Occident puisque les problèmes y sont relativement semblables. Comme l'explique le Dr André-Pierre Contandriopoulos, professeur titulaire au Département d'administration de la santé de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal: "Il est moralement inacceptable de ne pas réformer le système de santé." Chiffres à l'appui, il démontre cependant que la privatisation ne fait pas partie de la solution, mais du problème. En général, elle coûte plus cher et ne garantit pas une meilleure qualité de soins pour l'ensemble des citoyens, bien au contraire.

Pourquoi alors ouvrir la porte toujours plus grande au privé, avec la loi 33 et maintes autres mesures gouvernementales qui nous poussent toujours plus loin dans l'engrenage d'un système à deux vitesses? Sommes-nous collectivement sous anesthésie? Allons-nous nous réveiller avec des organes en moins en nous disant: On aurait donc dû ne pas se laisser endormir? Il est temps de revenir à la lucidité. Nous avons besoin d'un véritable débat public sur notre système de santé.

Il faut savoir que le lobby est fort en faveur de la privatisation. Disons les choses franchement: il y a de l'argent à faire avec les gens malades. C'est bon pour l'économie et donc pour la société, entonnent en chœur l'Institut économique de Montréal, l'Institut Fraser et autres chantres d'un système économique à courte vue qui ne tient pas compte des coûts sociaux et environnementaux qu'il génère. Big business... Parlez-en aux Américains! Un employé d'Alcoa, aux États-Unis, paie en moyenne 16 000$/an en assurance santé pour lui et sa famille. Cela équivaut à 8 $ de moins sur chaque heure de travail rémunérée. Les Américains dépensent en moyenne deux fois plus que nous pour leurs services de santé. Super: ils font croître leur PIB! Quant à la qualité des services qu'ils reçoivent... tout dépend de leur compte en banque et donc des assurances qu'ils ont les moyens de se payer. Voilà qui contribue à expliquer que le taux de mortalité infantile y est plus élevé que partout ailleurs en Occident et même qu'à Cuba.

Alors oui, à en croire leur PIB, les États-Unis sont riches. Mais de quelle richesse parlons-nous? Selon le rapport sur le développement humain des Nations-Unies, un Américain a deux fois plus de risques de se trouver sous la ligne de la pauvreté qu'un Canadien. "La première menace à la santé, c'est la pauvreté", affirme l'Organisation mondiale de la santé, chiffres à l'appui. Les pauvres meurent avant les riches.

Et si l'on reconnaissait que notre premier système de santé est notre environnement, tant social qu'écologique? Pour paraphraser David Suzuki: nous sommes la nourriture que nous mangeons, l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons. En contaminant les écosystèmes, nous nous contaminons nous-mêmes. Alors que l'Institut Curie estime qu'une personne sur deux sera atteinte d'un cancer au cours de sa vie, il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'une nouvelle étude établisse un lien entre les facteurs environnementaux et cette nouvelle épidémie. Il en est de même pour les allergies, l'asthme, l'infertilité, etc.

Pratiquement toutes les études (non financées par l'industrie pharmaceutique et médicale) le démontrent: mieux vaut prévenir que guérir. Pour cela, il faut travailler sur les facteurs déterminants de la santé, soit la qualité de vie des citoyens. Traduction? S'attaquer à la pauvreté; améliorer l'alimentation, la qualité de l'environnement et l'éducation; augmenter l'activité physique; réduire le stress; renforcer les liens dans la communauté; etc. Il s'agit là d'un véritable projet de société qui doit se refléter dans nos choix collectifs et individuels.

Certes, notre système de santé fait face à des défis complexes. Voilà pourquoi il est temps de mettre notre intelligence et nos énergies en commun afin de les surmonter. "À problèmes publics, solutions publiques", soutiennent les signataires de l'Appel pour un système de santé public, rédigé par l'infirmière-chercheuse-militante Lorraine Guay. Un "Appel" qui contribuera à faire tourner le vent si nous sommes assez nombreux à le signer et à passer à l'action: www.santesansprofit.org.


12 décembre 2007, 5:31
Besoin de leadership
Nous sommes plus de 10 000 participants à avoir convergé vers Bali en Indonésie, à la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Bien que j'aie participé à plus d'une douzaine de ces conférences au cours de la dernière décennie, je suis toujours fasciné par l'ébullition d'activités qu'on y trouve.

Parallèlement à toutes les séances entourant le processus de négociation, qui revêt une importance capitale à Bali (j'y reviendrai), il y a plus d'une centaine de conférences et d'ateliers organisés sur un vaste éventail de sujets, allant des énergies renouvelables à des projets de démonstration mis en œuvre un peu partout à travers le monde, sur le transport en commun, les carburants alternatifs, l'agroforesterie communautaire et l'adaptation aux changements climatiques.

On trouve également sur place plus d'une centaine de kiosques tenus par des organisations aussi différentes que Greenpeace, Oxfam, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (le GIEC), le Programme des Nations Unies pour le développement, etc.

Il y a dix ans, lorsque j'ai commencé à suivre les négociations entourant les changements climatiques, la plupart des participants se demandaient encore si le problème était réel. Peu de médias s'y intéressaient et la population ne connaissait à peu près rien de cet enjeu.

Aujourd'hui, c'est toute la communauté internationale, la société civile et un nombre croissant de gouvernements qui sont mobilisés face aux changements climatiques. La rencontre de Bali doit mener à une entente entre tous les pays réunis sur un mandat de négociation de deux ans afin de préparer la deuxième période d'engagement du Protocole de Kyoto, après 2012.

Les enjeux de Bali sont de taille. Depuis le temps où le Protocole de Kyoto a été adopté, le 11 décembre 1997, beaucoup de choses ont changé. Notre compréhension du problème des changements climatiques s'est approfondie et nous savons aujourd'hui que les changements se produisent beaucoup plus rapidement que ce que nous croyions en 1997. Nous savons aussi qu'afin de prévenir des changements climatiques catastrophiques, il faut maintenir l'augmentation des températures globales sous la barre des 2 oC. Cette augmentation aura déjà des impacts majeurs sur plusieurs régions de la planète, dont le Canada, mais même cet objectif sera difficile à atteindre tant nous avons attendu avant d'agir.

Le processus de négociation en cours doit tenir compte de ces éléments fondamentaux. La rencontre de Bali doit donc déboucher sur un certain nombre de décisions importantes comme celle d'obliger les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'ordre de 25 à 40 % d'ici 2020. Certains leaders, comme l'Union européenne, la Norvège, l'Islande et la Nouvelle-Zélande, se sont d'ailleurs engagés à le faire. Nous devons également considérer les économies émergentes comme la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud et le Brésil, puisqu'elles représentent aujourd'hui 60 % des émissions globales de GES, et obtenir qu'elles s'engagent à faire plus que les engagements pris sous le Protocole de Kyoto. Nous devons aussi bâtir des mécanismes de transfert et de financement de technologies du Nord vers le Sud si nous voulons que ces pays ne reproduisent pas notre modèle polluant de développement. Il faudra enfin mettre sur pied des fonds importants afin d'aider les pays pauvres à s'adapter aux impacts des changements climatiques.

Ce qui me frappe le plus depuis mon arrivée, c'est de voir à quel point un nombre croissant de pays font preuve de beaucoup d'ouverture face à ces enjeux. Pour la première fois dans l'histoire des négociations, la Chine, dans une intervention publique la semaine dernière, a ouvert la porte à ce que les pays en voie de développement prennent des engagements supplémentaires. L'Afrique du Sud et le Brésil ont également fait des interventions en ce sens, une véritable preuve de leadership de la part de ces pays.

Hélas, certains pays refusent toujours de prendre leurs responsabilités et dans ce groupe, le Canada est imbattable... Non seulement nous avons tourné le dos à Kyoto - et nous n'atteindrons probablement jamais nos objectifs de Kyoto -, mais le Canada est arrivé à Bali en exigeant des engagements légalement contraignants de la part des pays en voie de développement tout en demandant d'être exempté de réduire ses propres émissions de GES... Parce que nous produisons trop de pétrole!

Le premier ministre Harper, bien assis dans son VUS blindé carburant au pétrole des sables bitumineux, pointe du doigt une nation de cyclistes en lui demandant d'en faire plus pendant que nous, sous prétexte de croissance économique, devrions en faire moins... Je ne suis pas certain que ce soit le genre de leadership dont nous avons besoin.


5 décembre 2007, 5:28
Les normes de travail de GAP: de la frime?

Nous avons pu voir, à la suite d'un reportage dans The Observer, il y a quelques semaines, des images horribles d'enfants cousant des étiquettes de GAP sur des vêtements. La compagnie a reconnu immédiatement que cette pratique était intolérable et allait contre les normes de travail qu'elle a incluses dans son code de conduite. GAP s'est aussi engagée à prendre les moyens pour corriger cette situation et éviter que de telles situations se reproduisent. Mais quelle est la crédibilité de tels engagements? Que devrait faire une telle entreprise manufacturière vraiment motivée à ne pas exploiter ses travailleurs?

Il y a quelques années que GAP a adopté un code de conduite qui impose à tous ses fournisseurs de respecter les principes de base contenus dans la déclaration de l'Organisation internationale du travail, organisme rattaché à l'ONU recevant l'aval de la plupart des pays, des organisations patronales et syndicales. Ces normes sont assez minimales mais représentent une amélioration notable par rapport à la situation prévalant: interdiction du travail forcé, de la discrimination et du travail des enfants, et respect du droit à la syndicalisation. GAP a aussi mis sur pied des mécanismes de vérification indépendante des fournisseurs pour voir au respect de ses normes. Une telle politique est à la fine pointe des bonnes pratiques dans l'industrie et pourtant, force est d'admettre que la vérification est pour le moins défaillante.

Une faille majeure empêche l'efficacité d'un tel code de conduite: GAP ne produit pas dans ses propres usines. Le matériel est assemblé par de nombreux fournisseurs. La chaîne de production devient très complexe et la vérification, difficile à effectuer.

Si GAP veut vraiment regagner sa crédibilité en matière de respect de normes du travail, elle devra ramener sa production dans ses propres usines. Ainsi, elle pourra vraiment contrôler les conditions de travail offertes et protéger sa réputation.

Certains avanceront qu'une telle réorganisation ne serait pas rentable. Je n'en suis pas convaincu. Prenons, par exemple, l'entreprise montréalaise Gildan qui s'est hissée au premier rang mondial de la production de t-shirts. Elle s'est dotée d'un code de conduite et de mécanismes après avoir pris trop de temps à agir suite à la controverse. Contrairement à GAP, Gildan fabrique tous ses t-shirts dans ses propres usines. Ce qu'elle perd en souplesse, elle le gagne en contrôle de qualité. Quand on coordonne directement les travailleurs, on est en mesure de les former, de les évaluer et de les motiver. On évite aussi d'inutiles intermédiaires qui se prennent une cote souvent plus importante que le salaire effectivement versé aux travailleurs.

D'autres entreprises que Gildan ont aussi ramené la production dans leurs propres usines. C'est le cas notamment de Conran shop, une entreprise britannique qui fabrique des petits objets de cuivre en Inde. Traditionnellement, cette production se faisait par l'intermédiaire de sous-traitants qui, eux-mêmes, faisaient le lien avec des gens produisant de chez eux. Les images de cette production étaient horrifiantes: des enfants faisant chauffer le cuivre dans des fours de fortune, sans protection pour leur corps. L'entreprise a ramené la production dans sa propre usine, ouvert une école pour les enfants, offert de meilleurs salaires aux parents pour compenser le fait que les enfants ne travaillent plus. Voilà un exemple d'une bonne réorganisation.

Sans être toutes aussi efficaces, les initiatives de code de conduite ont donné des résultats. Un représentant de l'OIT me citait l'exemple des ballons de soccer pakistanais. Suite à la controverse survenue à la veille du Mondial de France, les entreprises du secteur (Nike, Adidas et autres) ont accepté d'adhérer à un programme particulier pour favoriser la scolarisation des enfants. Selon ce représentant, on a pu constater des progrès substantiels en matière d'éradication du travail des enfants depuis.

Certains soutiennent que ces codes ne sont que de la poudre aux yeux, et que la seule solution est la syndicalisation et l'adoption de lois locales plus fortes. Je réponds à ces gens que ces codes ne s'opposent pas à ces deux solutions. Au contraire, un code incluant le droit d'association facilite la syndicalisation. De plus, ces codes deviennent un bel argument pour un gouvernement du Sud qui voudrait vraiment renforcer sa législation du travail: Venez produire chez nous; ici, nous vous aiderons à faire respecter votre code de conduite.

Avant d'acheter un cadeau de Noël, vérifiez donc sur le site internet du fabricant s'il a un code de conduite incluant des normes du travail. C'est un petit geste de solidarité qui fait une différence!