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Antidote
21 novembre 2007, 4:36

Oser soigner nos poques

Quiconque se regarde de près voit ses poques. On en a tous. Elles sont plus ou moins apparentes mais immanquablement présentes. Certaines nous viennent de l'enfance ou de l'adolescence. Elles peuvent être familiales autant que sociales, génétiques autant que politiques, économiques, religieuses ou culturelles. Les poques, c'est là où on a mal.

Dans notre société de performance et d'images, les poqués n'ont pas la cote. Alors, on cache nos poques. Certaines se voient plus que d'autres. Quand tu es décrocheur, immigrant, sans emploi, peu scolarisé, sans expérience professionnelle, en monoparentalité ou handicapé, c'est plus laborieux de se trouver un gagne-pain. Dans certains cas, le simple fait d'être une femme est une poque.

Heureusement, c'est de moins en moins le cas au Québec, mais le fait demeure un peu partout dans le monde. L'intégration au milieu du travail est un défi pour des centaines de milliers de personnes au Québec pour toutes sortes de raisons différentes.

Je me souviens d'une discussion avec Guy Rancourt, directeur général de Récupex, un organisme sans but lucratif qui se spécialise dans la récupération de vêtements tout en faisant de l'insertion à l'emploi en Estrie. Il me racontait qu'il y a quelques années, alors qu'il interviewait une immigrante bosniaque pour un stage de formation au salaire minimum, il lui avait demandé ce qu'elle faisait avant de venir ici. «J'étais juge à la Haute Cour», lui avait-elle répondu visiblement gênée. Elle avait besoin d'un travail. Elle était prête à trier des vêtements usagés ou à coudre de vieux tissus pour faire de nouveaux habits, pourvu qu'elle s'insère dans la société québécoise.
 
Les entreprises d'insertion
S'inspirant des valeurs de justice, d'équité, de solidarité et de démocratie, des entreprises d'insertion comme Récupex, le Chic Resto Pop, les Petites-Mains, Renaissance, SOS Vélo, Pro-Prêt et une quarantaine d'autres sont unies au sein du Collectif des entreprises d'insertion du Québec. Chacune dans leur secteur, mais unies dans l'effort, elles travaillent à la construction d'une économie respectueuse de ses rouages les plus importants: les gens. Étant conscientes qu'il s'agit là d'un projet de société, partout, elles cherchent des partenaires. Elles forment plus de 2700 personnes par année dans 12 régions du Québec, couvrant plus d'une soixantaine de domaines d'apprentissage.

Bien que je fréquente déjà plusieurs de ces entreprises à titre de consommatrice, j'ai utilisé le prétexte de cette chronique pour en découvrir une nouvelle dans mon quartier. À quelques rues de chez moi, je me suis rendue chez Imprime-Emploi.

Avec de grands joueurs qui commencent à faire imprimer leurs livres, leurs magazines et autres publications en Chine, je me suis dit que cette entreprise devait avoir la vie dure. Je m'attendais à arriver dans un lieu un peu miteux, comme le sont certaines imprimeries conventionnelles. Ce fut tout le contraire. Le lieu était accueillant, beau et lumineux. Une réceptionniste pleine d'attention m'a permis de rencontrer Michel Morin, directeur d'Imprime-Emploi. Il m'a vite fait comprendre qu'il s'agissait là d'une vraie entreprise, qui devait répondre aux vrais impératifs du marché en matière de qualité de produits, de délais de livraison, de prix, etc. À vrai dire, j'ai vite découvert que cette imprimerie est beaucoup plus qu'une «vraie» imprimerie. Elle est une école, un centre d'accueil au monde du travail et pour un grand nombre d'employés, un incubateur de dignité.

J'y ai rencontré Émilie et Vincent, deux jeunes qui fréquentent Imprime-Emploi. Elle a 21 ans, est arrivée du Ghana, il y a 6 ans. Quand je lui ai demandé ce qu'elle avait tiré de son expérience, elle m'a dit que ça l'avait «dégênée», que ça lui avait permis de s'ouvrir, que depuis, elle avait envie d'aller de l'avant, de retourner aux études. Elle dit avoir confiance qu'elle fera sa place. Peut-être réalisera-t-elle son rêve de devenir actrice au cinéma? Quant à Vincent, qui rêve de découvrir le monde en voyageant, c'est dans celui de l'imprimerie qu'il croit avoir trouvé son métier. Il a décidé de retourner à l'école pour terminer son secondaire 5 et obtenir un diplôme d'études professionnelles dans ce domaine.

Comme quoi, il y a moyen de soigner ses poques. Des poques qui appartiennent à toute la société et que nous avons tout intérêt à soigner collectivement. Merci à tous ceux et celles qui travaillent à la construction d'un système économique sans perdant.
 
Pour en savoir plus sur les entreprises d'insertion: www.collectif.qc.ca, www.imprime-emploi.com, www.recupexinc.com.

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Serge Lefrançois a dit :

re: Oser soigner nos poques

La première pierre...

Personne n’est parfait.  Certains ont plus de chance que d’autres dans la vie, malgré qu’on puisse la faire très souvent.  Certaines tares reposent aussi pour certains, qui méritent toute notre empathie.  Et socialement, permettre le travail aux gens qui en manifestent le désir, ne peut qu’améliorer le climat social et éviter que des énergies ne deviennent perdues et mal placées.

Les problèmes de santé mentale apparaissent également de plus en plus fréquents, dans cette vie où le stress bat son plein.  Et cette fragilité nous menace tous, puisqu’une personne sur cinq devient touchée par ce problème dans sa vie.  Quand la tête flanche, l’horizon s’assombrit et l’aide devient parfois nécessaire, afin de se sortir de ce pétrin.

Heureux d’apprendre, que des organismes se dévouent pour supporter ceux qui en manifestent le besoin.  Le travail se veut porteur d’une plus grande structure de vie, d’une source de valorisation et favorise de meilleures conditions de vie.  Tous méritent d’y avoir accès et, leur participation à la vie en société bénéficiera à tous finalement.

# 26 nov. 2007, 13:29

David Bellemare a dit :

re: Oser soigner nos poques

Tu peux être décrocheur, immigrant, sans emploi, peu scolarisé, sans expérience professionnelle, en monoparentalité ou handicapé, y a pas de problèmes à condition d’avoir un emploi et de le conserver.

Ce qui n’est pas accepté dans la société, c’est l’échec. Tu peux avoir les problèmes que tu veux, les difficultés que tu veux, les poques que tu veux, mais ne manque pas ton «quart de travail» et ne manque surtout pas d’argent…

L’échec est malheureusement associé à l’irresponsabilité. Je dois dire que si c’est parfois vrai, mais ce n’est pas toujours le cas. C’est un peu le même principe pour la maladie ou la dépression, on dit souvent à une personne de se prendre en main alors que ce n’est pas nécessairement une question de bonne ou de mauvaise volonté.

La société ne pardonne pas aux perdants, les gens ont de la difficulté à donner une chance aux perdants, surtout aux perdants perpétuels !!! Aide toi et le ciel t’aidera, ça vous dis quelque chose ???

L’intégration au milieu du travail est un défi majeur, mais gagner un salaire qui permet de faire autre chose que de survivre, ça c’est un défi difficile à relever…

J’ai mangé au Chic Resto Pop, il y a 16 ans. Pas besoin de venir de loin, du Ghana ou de la Bosnie…

Euh.. À bien y penser, je reviens de loin…

Mes poques me font toujours aussi mal, parce qu’il y a des poques qui vont partir en même temps que moi. Quand ce sera ma fin ce sera la fin de mes poques et ce sera tant mieux ! Pour l'heure, je ne lâche pas, je continue la lutte pour ma survie, ma rédemption.

# 27 nov. 2007, 12:20