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On a tous les moyens d'être mécènes!
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Le Rendez-vous novembre 2007 - Montréal, métropole culturelle fut une belle occasion de repenser la relation que nous entretenons à l'endroit de la culture. Et un des éléments-clés de cette relation est sans contredit la participation du «privé» - entreprises comme individus - à son financement.
Clairement, le secteur privé doit faire mieux en ce qui a trait à l'étendue et à l'importance de son appui à la culture. Mais je crois qu'au même titre que l'on déploie d'importants efforts pour démocratiser les arts et la culture, il faut rendre plus «accessible» l'appui aux artistes et aux organismes culturels. Soutenir les arts ne devrait pas être un geste exceptionnel - au sens d'exception. Autrement dit, la philanthropie ne devrait pas être perçue comme une contribution réservée uniquement aux grandes entreprises et aux grands mécènes, mais plutôt comme un geste à la portée de tous.
L'idée que je mets de l'avant n'est pas de donner au-delà de nos moyens, bien au contraire. Je crois plutôt que nous aurions avantage à développer nos «réflexes culturels»: une série de petits gestes susceptibles de donner, en définitive, un gros coup de pouce à nos artistes et à nos créateurs. Il y a tellement de manières d'y arriver; il suffit de chercher - avec audace et originalité - ce que nos moyens nous permettent de faire. Et parce que cette générosité peut s'exprimer de plusieurs façons, on a assurément tous les moyens d'être mécènes!
La culture du mécénat
Avoir des réflexes culturels, c'est premièrement adopter la culture du mécénat: inclure les arts dans nos habitudes philanthropiques. Faut-il être riche? Pas du tout! L'idée, c'est d'abord de participer et, par le fait même, de mobiliser son entourage afin de créer un effet d'entraînement.
J'ai en tête l'exemple d'un couple d'amis, des professionnels de la culture qui ne sont pas particulièrement fortunés, mais qui sont néanmoins des passionnés d'art. Arrivés dans la cinquantaine, ils ont créé un fonds de bourses pour les artistes émergents. En plus d'y verser un montant déterminé chaque mois, ils ont suggéré - fortement! - à leurs amis d'y contribuer. Depuis, chaque année, une bourse qui porte leur nom est attribuée à un jeune artiste.
Il n'y a jamais de don ou d'implication qui soit trop modeste et cela s'applique aussi à la culture. Je suis toujours épatée de voir ce que les artistes arrivent à faire avec de très petits budgets. À mon avis, cela démontre à quel point les petits gestes sont importants et à quel point, avec un peu plus d'argent, les miracles qu'ils réalisent pourraient être encore plus renversants!
Consommer de la culture
Un deuxième aspect des réflexes culturels - tout aussi important -, c'est le fait de consommer de la culture. Les artistes ont autant besoin de public que de philanthropes. Aussi, je crois que nous pouvons tous faire l'effort de découvrir de nouvelles formes d'art, notamment en encourageant la relève, et de nous adonner le plus souvent possible à des activités culturelles.
Tout cela n'est pas bien sorcier; il suffit de découvrir ses passions artistiques - et ce n'est pas le choix qui manque! - pour ensuite les partager avec nos proches. Une belle initiative qu'il m'arrive de proposer aux entrepreneurs, c'est d'intégrer la culture à leurs pratiques d'affaires. Par exemple, lorsque vient le temps de faire des cadeaux corporatifs, j'aime bien offrir des œuvres d'art d'ici. En plus d'encourager les créateurs de la Métropole, cela me permet de partager et de mettre en valeur mes «coups de cœur» montréalais. Pensons-y un instant: si les entreprises achètent souvent des billets sportifs, pourquoi n'achèteraient-elles pas aussi des billets pour des activités artistiques? Surtout quand on considère que ce type d'abonnement est entièrement déductible d'impôts...
Je crois qu'à l'instar de la santé et de l'éducation, la culture représente une préoccupation commune. Elle mérite de susciter notre pleine implication parce qu'elle contribue au mieux-être de la société en lui conférant quelque chose d'inestimable: une identité collective. Ainsi, je vous mets au défi, dès maintenant, «d'affûter» vos réflexes culturels et d'intégrer l'art dans votre vie; autant dans votre routine de consommateur que dans vos habitudes philanthropiques. Et vous savez quoi? Pour ce secteur, seulement et uniquement, donnons-nous le droit de surconsommer!
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Oser soigner nos poques
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Quiconque se regarde de près voit ses poques. On en a tous. Elles sont plus ou moins apparentes mais immanquablement présentes. Certaines nous viennent de l'enfance ou de l'adolescence. Elles peuvent être familiales autant que sociales, génétiques autant que politiques, économiques, religieuses ou culturelles. Les poques, c'est là où on a mal.
Dans notre société de performance et d'images, les poqués n'ont pas la cote. Alors, on cache nos poques. Certaines se voient plus que d'autres. Quand tu es décrocheur, immigrant, sans emploi, peu scolarisé, sans expérience professionnelle, en monoparentalité ou handicapé, c'est plus laborieux de se trouver un gagne-pain. Dans certains cas, le simple fait d'être une femme est une poque.
Heureusement, c'est de moins en moins le cas au Québec, mais le fait demeure un peu partout dans le monde. L'intégration au milieu du travail est un défi pour des centaines de milliers de personnes au Québec pour toutes sortes de raisons différentes.
Je me souviens d'une discussion avec Guy Rancourt, directeur général de Récupex, un organisme sans but lucratif qui se spécialise dans la récupération de vêtements tout en faisant de l'insertion à l'emploi en Estrie. Il me racontait qu'il y a quelques années, alors qu'il interviewait une immigrante bosniaque pour un stage de formation au salaire minimum, il lui avait demandé ce qu'elle faisait avant de venir ici. «J'étais juge à la Haute Cour», lui avait-elle répondu visiblement gênée. Elle avait besoin d'un travail. Elle était prête à trier des vêtements usagés ou à coudre de vieux tissus pour faire de nouveaux habits, pourvu qu'elle s'insère dans la société québécoise. Les entreprises d'insertion S'inspirant des valeurs de justice, d'équité, de solidarité et de démocratie, des entreprises d'insertion comme Récupex, le Chic Resto Pop, les Petites-Mains, Renaissance, SOS Vélo, Pro-Prêt et une quarantaine d'autres sont unies au sein du Collectif des entreprises d'insertion du Québec. Chacune dans leur secteur, mais unies dans l'effort, elles travaillent à la construction d'une économie respectueuse de ses rouages les plus importants: les gens. Étant conscientes qu'il s'agit là d'un projet de société, partout, elles cherchent des partenaires. Elles forment plus de 2700 personnes par année dans 12 régions du Québec, couvrant plus d'une soixantaine de domaines d'apprentissage.
Bien que je fréquente déjà plusieurs de ces entreprises à titre de consommatrice, j'ai utilisé le prétexte de cette chronique pour en découvrir une nouvelle dans mon quartier. À quelques rues de chez moi, je me suis rendue chez Imprime-Emploi.
Avec de grands joueurs qui commencent à faire imprimer leurs livres, leurs magazines et autres publications en Chine, je me suis dit que cette entreprise devait avoir la vie dure. Je m'attendais à arriver dans un lieu un peu miteux, comme le sont certaines imprimeries conventionnelles. Ce fut tout le contraire. Le lieu était accueillant, beau et lumineux. Une réceptionniste pleine d'attention m'a permis de rencontrer Michel Morin, directeur d'Imprime-Emploi. Il m'a vite fait comprendre qu'il s'agissait là d'une vraie entreprise, qui devait répondre aux vrais impératifs du marché en matière de qualité de produits, de délais de livraison, de prix, etc. À vrai dire, j'ai vite découvert que cette imprimerie est beaucoup plus qu'une «vraie» imprimerie. Elle est une école, un centre d'accueil au monde du travail et pour un grand nombre d'employés, un incubateur de dignité.
J'y ai rencontré Émilie et Vincent, deux jeunes qui fréquentent Imprime-Emploi. Elle a 21 ans, est arrivée du Ghana, il y a 6 ans. Quand je lui ai demandé ce qu'elle avait tiré de son expérience, elle m'a dit que ça l'avait «dégênée», que ça lui avait permis de s'ouvrir, que depuis, elle avait envie d'aller de l'avant, de retourner aux études. Elle dit avoir confiance qu'elle fera sa place. Peut-être réalisera-t-elle son rêve de devenir actrice au cinéma? Quant à Vincent, qui rêve de découvrir le monde en voyageant, c'est dans celui de l'imprimerie qu'il croit avoir trouvé son métier. Il a décidé de retourner à l'école pour terminer son secondaire 5 et obtenir un diplôme d'études professionnelles dans ce domaine.
Comme quoi, il y a moyen de soigner ses poques. Des poques qui appartiennent à toute la société et que nous avons tout intérêt à soigner collectivement. Merci à tous ceux et celles qui travaillent à la construction d'un système économique sans perdant. Pour en savoir plus sur les entreprises d'insertion: www.collectif.qc.ca, www.imprime-emploi.com, www.recupexinc.com.
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Lettre à Paul Desmarais
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Nous sommes de fiers actionnaires de Power Corporation bénéficiant habituellement, année après année, de l'excellente performance de l'entreprise que vous dirigez. Cependant, nous sommes moins fiers d'une partie des investissements de l'entreprise réalisée au sein de Total, la plus grande pétrolière française, qui a des intérêts importants dans le gazoduc Yadana en Birmanie, exploité en partenariat avec le gouvernement de Birmanie. Lors de la dernière assemblée d'actionnaires, Power détenait un peu moins de 4 % des actions de Total à travers une filiale, cet engagement étant bonifié par le fait que vous siégez au conseil d'administration de Total.
Selon les propos mêmes de Christophe de Margerie, PDG de Total, la junte birmane perçoit la moitié de ses ressources financières des deux gazoducs en fonction en Birmanie, dont l'un est cogéré par Total et Chevron. Les redevances annuelles payées au gouvernement birman par la filiale Total Myanmar Exploration and Production représentent un minimum de 200 millions de dollars. Dans ce contexte et en vertu de l'engagement que Power a pris sur son site Web de favoriser le respect des droits de la personne, vous serait-il possible de transmettre formellement et publiquement une lettre à la direction de Total à l'effet de cesser les opérations du gazoduc jusqu'à la chute du régime birman?
L'arrêt de ce projet pourrait avoir un effet à court terme sur les revenus de Total, et donc sur les revenus de Power, mais la continuation des opérations aurait des effets négatifs encore plus grands en prêtant le flanc à d'éventuels recours juridiques et à des boycotts de consommateurs et d'investisseurs qui pourraient entacher la réputation comme la valeur de Total et Power.
LE DROIT INTERNATIONAL
En effet, une certaine jurisprudence rend de plus en plus crédibles des accusations de complicité avec des États violant les droits humains, surtout dans le cas birman. Comme vous le savez, Unocal, maintenant propriété de Chevron, partenaire de Total dans le gazoduc de Yadana, a dû accepter de payer un montant significatif en guise de réparation dans le cadre d'une entente hors cour pour éviter un procès devant la cour américaine lors duquel elle aurait été accusée de bénéficier du travail forcé illégal en vertu du droit américain et international.
L'ONU définit la "complicité" comme étant minimalement un des deux états de fait suivants: ignorer sciemment une violation des droits humains ou fournir une assistance qui aura un effet substantiel pour perpétrer une violation des droits humains. Il faudrait se fermer les yeux pour ne pas voir dans la relation de Total avec le gouvernement birman un risque élevé de contrevenir à au moins un de ces principes.
LE BOYCOTT
De nombreux boycotts sont organisés par des groupes de consommateurs et d'investisseurs, même si certains soutiennent que le boycott a des effets négatifs sur la population. Dans le contexte où 50 % du budget du gouvernement birman va à son armée et que seulement 3 % va à l'éducation, la population a peu à perdre d'un tel boycott. Ce constat est renforcé par le fait que la leader du mouvement démocratique et Prix Nobel Aung San Suu Kyi a elle-même appelé au boycott. L'exemple de l'Afrique du Sud, où le boycott a eu raison de l'apartheid, reste à l'esprit de tous, même du président français Nicolas Sarkozy qui a demandé à Total de geler ses investissements.
Vous savez aussi qu'un grand nombre de vos actionnaires institutionnels ont maintenant des politiques très explicites qui vont dans le sens de notre demande. C'est le cas notamment de la Caisse de dépôt qui a signé les Principes pour l'investissement responsable développés par l'ONU qui l'engagent notamment "à être active et prendre en compte" ces questions sociales dans ses pratiques d'actionnaire.
Nous sommes convaincus que vous saurez apprécier l'intérêt de cette proposition constructive et espérons que vous assumerez votre rôle de leader pour protéger et renforcer la confiance des citoyens et des actionnaires envers cette merveilleuse et très rentable entreprise qu'est Power.
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Attirer, former et envoûter
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Alors que partout au Québec les projecteurs sont tournés vers des débats identitaires et que, de façon parfois malhabile, nous mettons en lumière nos différences, il me semble qu'il serait plus que pertinent d'équilibrer le débat et de rappeler l'apport inestimable de l'immigration à la société québécoise et tout particulièrement à Montréal. Les immigrants font bien plus que combler nos besoins directs de main-d'oeuvre; ils contribuent à nous enrichir d'une ressource précieuse et rare, la matière première de l'économie du savoir: le talent. Pour l'avenir de la métropole, je le répète souvent, le talent est en quelque sorte le nerf de la guerre. Une société talentueuse, c'est une société capable à la fois de stimuler la créativité, de générer son innovation et, ultimement, d'attirer les investissements. Adhérant à la théorie qui dit que le talent attire l'investissement, je crois fermement que nous devons relever le défi d'attirer, de multiplier et de faire fructifier les talents. Les statistiques et les prévisions nous le disent, d'ici quelques années à peine, 100 % de la croissance nette de la main-d'oeuvre sera attribuable à l'immigration. Ainsi, si notre performance à attirer le talent et à le garder ici n'est pas à la hauteur de nos besoins, la chose logique à faire n'est certainement pas de ne rien changer à nos pratiques... Bien au contraire, il faut innover. Voilà une question intéressante: comment innove-t-on en matière d'attraction des immigrants? Ma réponse: en développant la filière des étudiants internationaux. Nos institutions d'enseignement supérieur sont déjà reconnues mondialement pour leur grande qualité; leur réputation n'est plus à faire. En fait, je crois que leur pouvoir d'attraction est encore plus puissant que l'on pourrait le croire, et cela, pour une raison bien simple: même s'ils viennent d'abord à Montréal pour étudier, les étudiants internationaux se trouvent dans bien des cas envoûtés par les charmes de la vie montréalaise. Tant et si bien que, pour plusieurs, essayer Montréal, c'est souvent l'adopter! Plus précisément, nous savons déjà qu'un étudiant sur trois demeure à Montréal au terme de son diplôme, et cela, même s'il n'y a pratiquement aucune stratégie qui vise à accélérer son enracinement au Québec. Ceux qui décident de rester - malgré les obstacles administratifs - le font par amour pour la métropole: pour sa grande qualité de vie, sa diversité et son exceptionnel dynamisme culturel. Bref, nos établissements d'enseignement supérieur, en particulier nos universités, sont un levier idéal pour déclencher le "coup de foudre" pour Montréal. Ils permettent à des étudiants étrangers - curieux et, surtout, talentueux - d'expérimenter notre métropole. Pourquoi alors ne pas utiliser encore davantage ce puissant levier? Les avantages d'une telle démarche sont d'ailleurs très intéressants. On peut difficilement imaginer un meilleur environnement que les universités pour permettre aux nouveaux arrivants de développer un cercle social et un réseau de contacts forts. Qui plus est, c'est sans contredit le milieu idéal pour apprendre le français. La beauté de la filière des étudiants étrangers est que toutes les pièces du casse-tête existent déjà. Il ne nous reste qu'à les assembler. En toute logique, le premier geste à poser consiste à arrimer la promotion des études aux efforts d'attraction d'immigrants et à présenter Montréal comme une destination d'études et d'immigration. Le deuxième, tout aussi important, est d'encourager les étudiants à rester à Montréal après leurs études. Cela passe notamment par la simplification des démarches administratives pour l'obtention du statut de résident permanent de même que par la création de programmes d'intégration des étudiants étrangers au marché du travail, que ce soit à travers des échanges, des stages ou du maillage d'entreprise. En fin de compte, si on augmente l'offre de talents, la demande doit aussi être au rendez-vous. Les entreprises doivent être beaucoup plus présentes sur les campus, non pas pour y vendre des produits, mais bien pour se faire connaître et faire découvrir aux futurs diplômés les possibilités d'emploi. Au-delà de leurs besoins économiques premiers en matière de main-d'oeuvre, les entreprises ont également leur part de responsabilité dans l'arrimage social et culturel des nouveaux travailleurs à la société montréalaise. Car ne l'oublions pas, cet immense défi du talent est l'affaire de tous: sans talent, le savoir sera manquant et les investissements, absents!
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